C.J. Polychroniou : La politique étrangère américaine menée par Joe Biden se distingue à peine de celle de Trump, comme vous l’avez souligné quelques mois seulement après l’entrée en fonction de Biden. En effet, en tant que candidat à la présidence, Biden avait qualifié l’Arabie saoudite d’État « paria » après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, mais devenu président, il se rapproche de son dirigeant de facto et meurtrier Mohammed ben Salman (MBS). À votre avis, quel est l’objectif de sa visite en Arabie saoudite ?
Noam Chomsky : C’est sûrement une erreur de procéder à l’assassinat sadique d’un journaliste du Washington Post, tout particulièrement quand celui-ci a été applaudi en 2018 comme étant « un gardien de la vérité » alors qu’il était choisi comme personnalité de l’année par le Time Magazine.
Ce n’est certainement pas la chose à faire, surtout quand c’est fait de manière négligente et mal dissimulée.
Les relations des États-Unis avec le royaume familial appelé Arabie saoudite se sont toujours déroulées sur un mode amical, sans être affectées par ses effroyables violations des droits humains, qui perdurent. Ce n’est guère surprenant quand il s’agit d’« une source exceptionnelle de potentiel stratégique et l’un des plus grands butins matériels dans l’histoire du monde… probablement le plus riche trophée économique au monde dans le domaine des investissements étrangers », comme le décrivait le département d’État au milieu des années 1940, lorsque les États-Unis l’ont arraché à la Grande-Bretagne lors d’une mini guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus généralement, on considérait à un haut niveau que le Moyen-Orient était la « région la plus importante du monde sur le plan stratégique », comme l’a dit le président Eisenhower. Si ces évaluations ont varié au cours des 80 dernières années, leur essence subsiste.
Il en va de même à l’égard des pays qui ne s’élèvent pas à ce niveau impressionnant. Les États-Unis ont régulièrement apporté un soutien appuyé à des tyrans meurtriers lorsque cela les arrangeait, souvent jusqu’à la dernière minute de leur règne : Marcos, Duvalier, Ceausescu, Suharto, et une longue série d’autres scélérats, y compris Saddam Hussein jusqu’à ce qu’il viole (ou peut-être comprenne mal) les ordres et envahisse le Koweït. Et bien sûr, les États-Unis ne font que suivre la voie de leurs prédécesseurs impériaux. Rien de nouveau, pas même la rhétorique présentant les intentions comme bienveillantes.
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Noam Chomsky : " Le voyage de Biden au Moyen-Orient rappelle la politique de Trump "
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