Bogota, correspondance. C’est arrivé le 25 mars, dans le centre de Bogota. L’avocat Carlos Arturo Toro commence à peine sa journée de travail quand un numéro inconnu appelle son téléphone portable. Au bout de la ligne, une voix au fort accent paisa, comme on appelle ici les habitants de Medellin. « Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. On sait où tu habites, ce que font ta femme et tes enfants. Ne va pas à Medellin ou on t’explose la cervelle. »
L’avocat reprend ses esprits. Son seul client à Medellin est l’un des principaux témoins contre Alvaro Uribe : le chef paramilitaire Pablo Hernan Sierra. Il accuse l’ex-président colombien d’être l’un des fondateurs de ces escadrons de la mort, responsables de dizaines de milliers d’assassinats et de disparitions de civils. L’avocat doit justement se rendre le lendemain à Medellin pour une audience : Alvaro Uribe a attaqué son client en diffamation. L’avocat a déjà traité bien des cas délicats. Mais une heure plus tard, son fils est bousculé en pleine rue. Exhibant le revolver qu’il porte à la ceinture, un inconnu lui répète que son père ne devrait pas aller à Medellin.
Carlos Arturo Toro n’a alors aucune protection. Il a vu trop de collègues assassinés pour avoir bravé des menaces de mort. Il rédige aussitôt sa lettre de démission et alerte quelques journalistes. L'événement est tellement banal en Colombie que nul n’y prête attention. Mais c’est bien l’ex-président Alvaro Uribe qui est directement mis en cause dans cette affaire. En Colombie, il est adulé ou détesté. Pour ses liens présumés avec la mafia et les milices paramilitaires, il inspire la peur chez nombre de Colombiens.
Ci-dessous, vidéo dans laquelle le chef paramilitaire Pablo Hernan Sierra accuse Alvaro Uribe d'avoir créé et encouragé les groupes paramilitaires :
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