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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ferguson se réclame de l'héritage de Martin Luther King : la justice contre la violence

Publié par siel sur 16 Octobre 2014, 11:26am

Catégories : #REFLEXIONS perso

Un autre truc que je note depuis que je tiens ce blog, c'est-à-dire presque 8 ans, c'est l'absence d'intérêt des Haïtiens pour ce qui se passe dans le monde.

La RD, le proche voisin n'intéresse que quand il s'y passe un événement lié à Haïti. Et encore ! Les mouvements sociaux, la politique du gouvernement Medina, on n'en parle jamais dans aucun journal haïtien. Pourtant, ce pays est le deuxième partenaire économique d'Haïti et en toute logique devrait l'intéresser tout particulièrement. Mais non.

Du pareil au même pour l'A. Latine. C'est pratiquement una terra incognita. Vous ne lirez dans aucun journal haïtien ou dans les discussions sur internet, vous n'entendrez sur aucune radio parler des élections au Brésil, en Bolivie, en Uruguay qui ont eu lieu ou auront lieu prochainement.

Pourtant, ces 3 pays ont un contingent de troupes dans la Minustah. Et les Haïtiens font présentement la queue devant l'ambassade du Brésil pour y obtenir un visa.

De même, par rapport aux USA, où se trouve une forte communauté haïtienne. Les incidents de Ferguson, l'assassinat d'un jeune Noir par la police et la répression des manifestations contre cet acte odieux par les forces de police ont fait la Une de tous les journaux du monde. Sauf en Haïti.

A croire que le racisme contre les jeunes hommes afro-américains et ses conséquences tragiques ne sont pas l'affaire des Américains d'origine haïtienne. Comme si, ces Noirs d'origine haïtienne penseraient avoir droit à un régime d'exception aux USA.

Or, la réalité est autre. Les Noirs d'origine haïtienne et ceux que les Américains nomment les Latinos sont sujets aux mêmes abus.

Alors, qu'est-ce qui explique cette fermeture à triple tour de l'intelligentsia haïtienne et des média sur leurs voisins ?

il doit y avoir dans cette censure une influence directe de l'ambassade US- avec intimidations sur fond de refus de visa.

Et aussi, une des conséquences du faire noir duvaliériste, qui provoque une absence de curiosité, un enfermement propice au maintien du statu quo.

Ce n'est pas tant le bâton de l'ambassade américaine en Haïti mais l'allégeance - en grande partie inconsciente- de l'intelligentsia haïtienne à une norme à l'origine de cette forme d'autisme.

Je crois que c'est l'écrivain et essayiste Roland Paret qui notait, justement, que nous vivons - à moins d'avoir fait le travail de nous en distancier- avec les idées de nos parents. C'est-à-dire que le présent que nous avons l'illusion de vivre en toute indépendance est dominé par les références au passé.

Si, par exemple, un journaliste comme Daly Valet fait une proposition de sortie de crise, c'est sur la France qu'il prendra exemple et non pas sur les pays voisins dont l'histoire ( dictatures et sortie du régime dictatorial) est plus proche de celle d'Haïti.

L'histoire actuelle de l'A. du Sud est en plein mouvement. Celle d'Haïti, non seulement stagne, mais se retourne vers le passé comme un gant qu'on mettrait à l'envers.

Et pourquoi M. Valet choisit comme référence la France plutôt que l'Uruguay, la Colombie, le Brésil, le Costa-Rica ?

Par paresse intellectuelle ?

Par ignorance et incompréhension de ces pays ?

Par subordination à un schéma indépassable de pensée - qui se nourrit de son enfance à Jérémie, de ses études au Canada, de ses stages aux USA, de ses visites en France- mais qui ignore totalement l'espace voisin de l'A du Sud et de la Caraïbe ?

Non seulement les Haïtiens lettrés en général, Daly Valet n'étant qu'un exemple, ne tiennent pas compte dans leurs réflexions des politiques menées en A. du Sud, mais de plus, dans la sphère occidentale, ils ne s'intéressent absolument pas aux analyses de penseurs hors de la doxa dominante.

Or, un pays maltraité comme Haïti de l'extérieur comme de l'intérieur, pour se sortir de cette maltraitance institutionalisée, mériterait que ses élites progressistes aient le courage de regarder du côté des pays qui ont plus ou moins connus le même sort, afin d'en tirer des enseignements.

Une telle démarche demanderait, d'une part que cette élite appréhende son histoire - je ne parle pas ici de l'histoire événementielle- et que, d'autre part, elle s'extirpe du déni pour appréhender le temps présent.

Nous en sommes très loin. Pour l'instant, elle est dans l'incapacité de réfléchir sur ce qui se passe à sa frontière, allez voir pour faire un lien entre Ferguson, la condition des Afro-Américains et celle de la majorité Noire de la population haïtienne.

L'impasse dans laquelle ce pays se trouve vient du fait qu'il n'existe pas de relève.

Absence de chercheurs, absence d'universités, absence de laboratoires, absence de syndicats, absence de citoyens engagés, absence de créativité, absence d'artistes. Un manque causé par l'hémorragie duvaliérienne, laquelle a laissé sur place un résidu d' improvisateurs de bonne foi et d' imposteurs en grand nombre.

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