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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Livres à offrir pour étrennes à venir (4)

Publié par siel sur 27 Novembre 2014, 15:09pm

Catégories : #REFLEXIONS perso

Jean-Yves Mollier

La mise au pas des écrivains

L’abbé Bethléem est surtout connu pour avoir publié en 1904 un brûlot, Romans à lire et romans à proscrire, futur best-seller. Mais la force de frappe de son magazine culturel, la Revue des Lectures, qui parvint à s’imposer dans le paysage culturel de l’entre-deux guerres, l’est beaucoup moins. Ce grand intellectuel catholique, soutenu par le Saint-Siège, fut la bête noire des surréalistes qui refusaient ses oukases, et il n’hésita pas non plus à s’attaquer à Gide ou à Mauriac. Après sa mort, il inspira la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse qui tenta d’empêcher les jeunes éditeurs Pauvert, Losfeld ou Tchou, de publier Sade et les auteurs maintenus dans l’Enfer de la Bibliothèque Nationale.
Jean-Yves Mollier raconte avec brio l’histoire de cet abbé chargé de mettre au pas les écrivains –y compris catholiques– au XXe siècle, et de les contraindre à respecter les lois relatives aux bonnes mœurs. Menacée dans ses certitudes et ses croyances à l’époque de l’Encyclopédie, l’Église souhaitait reconquérir les âmes perdues et traquer le Mal partout où il sévissait. L’abbé Bethléem s’attaqua au roman, au théâtre, à l’opéra, à la bande dessinée, à l’annonce publicitaire et enfin au maillot de bain féminin, pourtant bien loin du sulfureux bikini de l’après-Seconde Guerre mondiale. Fondé sur un important dépouillement d’archives et de journaux, cet ouvrage édifiant montre que la censure, présente encore au XXIe siècle, et refuge de tous les extrémismes, doit beaucoup à l’abbé Bethléem, et au-delà de sa forte personnalité, à l’Église catholique et à sa difficulté à laisser l’individu déterminer librement sa destinée.

Spécialiste de l’histoire des livres et des médias, auteur de nombreux ouvrages, Jean-Yves Mollier a publié notamment Pierre Larousse et son temps (avec Pascal Ory, Larousse, 1995), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d’un empire (Fayard, 1999) et Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).

L'abbé Bethléem fustigea ainsi les classiques : Rousseau et Voltaire, responsables, comme l'Encyclopédie et l'imprimerie en général, de la Révolution française, mère de tous les maux, ou encore Molière, rangé parmi les ennemis « les plus mortels et les destructeurs les plus impies de la famille chrétienne ». Il enchaîna sur George Sand, « prêtresse de l'esprit laïque », « communiste » qu'il sauva tout de même pour ses « romans humanitaires » comme La Mare au diable ou La Petite Fadette. Eugène Sue et Emile Zola ne bénéficièrent pas de cette bienveillance, le deuxième, coupable de dreyfusisme, étant notamment l'auteur de « la rhétorique de l'égout et de l'esthétique de la sentine ». Il va de soi que les écrivains naturalistes écopèrent des mêmes jugements. Sans parler de Proust ou de Gide, expédiés directement dans les flammes de l'enfer.

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