Bien sûr, comme dirait un de mes amis qui commence ainsi toutes ses phrases, le créole utilisé par Sweet Micky pour chauffer son public était relativement limité mais, quand même, il devrait être reconnaissant à cette langue qui lui aura permis de se retrouver sur scène et de faire des dola vèt $. Parce que en tant qu'artiste, à l'inverse d'un Wiclef Jean, le public de Sweet Micky se cantonnait à l'espace créolophone.
Une anecdote illustre ce fait, quand W. Jean a présenté sa candidature à la présidence, le monde entier en a parlé. La nouvelle a fait la Une des média internationaux. Par contre, pour M. Martelly aka Sweet Micky l'info a suscité de l'intérêt uniquement en Haïti, dans la diaspora et dans les Antilles françaises et Guyane où il était connu.
Martelly devrait reconnaissance au créole également parce que les 700 000 personnes qui ont voté pour lui, l'ont écouté leur parler en créole.
Martelly, comme le font les élites politiques et économiques, utilise le créole pour engranger et le français pour réprimer.
Quand Hollande lui a déclaré que le français faisait l'identité d'Haïti, Martelly aurait pu lui répondre : "Mon chè si m te fè diskou mwen yo an fransè; moun yo pa tap komprann anyen de ryen- mwen menm tou m pa tap a lèz di tou- . Epi se pa 700 000 vwa mwen tap genyen, 50 000 tap maximum la, wi"
Ceci dit; cette déclaration farfelue de Hollande est assez révélatrice de la politique de la France, de sa lutte pour maintenir coûte que coûte le français dans ses anciennes colonies. Lequel français serait, sans cet apport, aussi marginal que ... disons l'italien.
Cette imposition du français a donné des résultats totalement catastrophiques dans l'ensemble des ex-colonies françaises et même dans leurs départements d'outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion) où le niveau de maîtrise de la langue par des locuteurs en majorité créolophones est assez bas.
Le premier constat est que si l’Afrique dans son ensemble apparaît bien en queue de peloton du point de vue de la couverture scolaire, des écarts très grands existent entre les régions du continent. Les pays anglophones (notés « AFANG » sur le graphique) ont réalisé un gain d’efficience substantiel et leur situation actuelle est proche de celle rencontrée, en moyenne, dans les pays d’Asie.
L’Afrique francophone (« AFFRAN » sur le graphique), et plus particulièrement
les pays du Sahel, ont d’une part réduit la part des dépenses d’éducation, et d’autre part augmenté leur couverture scolaire, mais les résultats quantitatifs se situent à un niveau encore inacceptable.
D’autres chiffres pourraient être bien sûr mobilisés pour continuer à dresser ce tableau peu reluisant de l’Afrique francophone : un taux brut de scolarisation inférieur à 60% pour la sous- région (guère plus de 30% au Niger), un taux d’alphabétisation des adultes de 45%6 (moins de
20% au Burkina Faso)...
A lire ce constat ( vous pouvez sur internet trouver les chiffres actuels du niveau de scolarisation en Afrique francophone) on comprend que, d'une part l'imposition du français en Haïti favorise les inégalités dans les domaines du savoir et de l'économie (les pa ka pa la restent vissés à leurs sièges) et que, d'autre part, elle ne sert que les intérêts de l'ex-puissance coloniale en lui offrant la possibilité de maintenir sa domination culturelle et économique sur ces pauvres pays abandonnés des dieux et des hommes.
D'ailleurs, sans vouloir "shooter" sur la nouvelle secrétaire générale de la Francophonie, qui a bien du mérite d'avoir réussi à s'imposer, son job, tel qu'elle même l'a annoncé, serait de renforcer la présence économique française - qui se trouve sérieusement en concurrence avec les pays dits émergents, les Brics ( Brésil, Russie, Inde, Chine, South Africa) et les USA.
Tout ça pour dire que Martelly est bien embarrassé par cette académie créole, après avoir fait le voyage en France pour demander que des enseignants retraités viennent apprendre le français aux Haïtiens, et que Mme Jean ait été élue au poste de patronne de la francophonie internationale.
L'ensemble ( académie française, francophonie) relève d'une stratégie politique que les élites haïtiennes prennent volontiers pour de la confiture.
Ce n'est pas Napoléon Bonaparte qui disait :" Il faut toujours mettre autour des actions une confiture de paroles"
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