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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Complaintes d'esclave - Un poème de Massillon Coicou

Publié par siel sur 16 Janvier 2015, 10:49am

Catégories : #CULTURE

Complaintes d'esclave - Un poème de Massillon Coicou

« Complaintes d'esclave »

 

Pourquoi donc suis-je nègre? Oh! Pourquoi suis-je noir?

Lorsque Dieu m'eut jeté dans le sein de ma mère

Pourquoi la mort jalouse et si prompte au devoir

N'accourut-elle pas l'enlever de la terre?

 

Je n'aurais pas connu tous ces tourments affreux

Mon cœur n'aurait pas bu tant de fiel goutte à goutte

Au fond de mon néant, oh! je serais sans doute

Moins plaintif, plus heureux

Mais Dieu m'a condamné

Le sort doit me poursuivre

De mon sang, de mes pleurs

Il faut que tout s'enivre.

 

Pourquoi donc suis-je nègre? Oh! Pourquoi suis-je noir?

Lorsque Dieu m'eut jeté dans le sein de ma mère

Pourquoi la mort jalouse et si prompte au devoir

N'accourut-elle pas l'enlever de la terre?

 

Car libre l'oiseau vole et redit ses concerts

Car libre le vent souffle au gré de son caprice

Libre l'onde limpide, harmonieuse, glisse

Entre les gazons verts.

Esclave, il n'est pour moi nul bonheur, nulle fête

Et je n'ai pas de place où reposer ma tête

 

Quand la voix du colon prend son lugubre accent

Quand siffle sur mon front sa flexible rouchine

Si j'ose tressaillir en lui tendant l'échine

Il me bat jusqu'au sang

Et si quand le fouet plonge

En ma chair qu'il déchire

J'invoque sa pitié: j'entends le maître rire !...

 

Cette nuit cependant, j'ai vu la Liberté !...

L'esclave ne dort pas mais un labeur sans trêve

M'ayant brisé les os, j'ai joui de ce rêve

Que l'on m'a tant vanté

J'étais libre, j'errais comme le maître allègre

Ayant l'espace à moi

Mais non Dieu m'a fait nègre

 

Où donc es-tu toi-même? On m'a dit que d'en bas

Lorsqu'une âme qui prie est souffrante et sincère

Vers toi, grand Dieu, peut monter sa prière

Et tu ne m'entends pas !

La prière du nègre a-t-elle moins de charmes?

Ou n'est-ce pas à toi que s'adressent ses larmes?

 

Ah! Si tu m'entends bien, tu dois aussi me voir

Et si je blasphème, hélas ! tu vois bien que je pleure

Tu sais, toi qui sais tout, que je souffre à toute heure

Parce que je suis noir !

Et bien oui, trop longtemps j'ai souffert sans mot dire

Seigneur, pardonne-moi si j'apprends à maudire

----------

Massillon Coicou

1867-1908

 

Commenter cet article

M
le mot "jouné" n'existe pas. c'est "jounen".<br /> ça s'écrit "kreyòl" (pas d'accent sur le "e" et un accent sur "o".<br /> et c'est "entènasyonal"... il n'y a pas 2 "n". ni de "r".
Répondre
S
Bonjour et merci pour les corrections.
M
J'aime bien cette histoire
Répondre

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