La Cour des Comptes expertise le fonctionnement du Fonds National pour l'Education.
Vaut mieux tard que jamais, comme on dit.
Mais généralement quand l'intervention arrive après que les cabris lachés dans la nature aient tout dévoré, l'impuissance est au rendez-vous.
Un président, frâichement élu, qui n'y connaît strictement rien aux problèmes de l'éducationt décide comme ça tout seul, sans consultations avec les professionnels, sans programmation, de créer un fonds pour l'éducation et de le financer à partir des taxes prélevées sur les appels téléphoniques et les transferts d'argent des Haïtiens vivant à l'étranger.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Sans en passer par le Parlement comme le veut la Constitution, les prélèvements se font.
Comment ça se fait que cet acte de quasi banditisme en regard de la loi, ait pu s'effectuer 3 ans durant sans aucun contrôle ?
J'avais montré la manière dont procédait ce gouvernement à partir de réflexions incluant le monde de l'éducation et les associations de la diaspora.
Pas un seul instant, il n'avait été question pour ce gouvernement d'une pratique autoritaire. Il s'agissait d'élaborer un programme avec un budget bien défini pour tous les postes : formation de profs, création d'écoles professionnelles, construction de centre sportifs, salaires des professeurs, achat de matériel, subventions aux familles dévavorisées, etc.
Programmes et budgets devant être discutés avec les ministres et soumis au parlement.
Evidemment, il s'agissait d'un processus long puisque étudié, discuté et rectifié par différents secteurs afin de déboucher sur un consensus.
C'est ce qu'on appelle un processus démocratique devant permettre aux personnes compétentes et au premier chef concernées - diaspora, familles- de comprendre le mécanisme, d'y participer et de s'y retrouver.
Mettre la charrue devant les boeufs n'est pas, en principe, la meilleure manière d'aller de l'avant.
C'est pourtant ce qu'on fait Lamothe/Martelly et consorts avec l'approbation de la société civile, mais pire encore des professionnels de l'éducation.
Il semblerait, qu'une fois de plus, l'appât du gain a eu raison des têtes pensantes. On a vu que certains directeurs d'école se sont faits de l'argent, sans pour autant observer les règles - il faut dire à leur décharge suffisamment floues pour être ignorées- de ce Fonds pour l'éducation.
Ailleurs, dans une autre galaxie, ce programme aurait été publié de manière à ce que chacun en prenne connaissance et ait la possibilité d'en discuter. Après tout Lamothe et Martelly l'annonçait comme une cause nationale. Et qui dit cause nationale, dit projet qui implique l'ensemble des forces vives de la nation.
Personnellement, je n'ai jamais entendu parler dans aucun pays au monde, en dehors des dictatures, d'un programme d'éducation qui n'ait été d'abord formulé par le Ministre en charge et ses collaborateurs et qui n'ait été, ensuite, discuté avec les représentants des enseignants, des directeurs d'école, des parents et parfois même des représentants d'élèves et d'étudiants.
L'inertie du corps social haïtien, du haut en bas de l'échelle s'explique non seulement par ce que Leslie Péan dénonce avec constance : la pénurie intellectuelle régnante, mais aussi par cette restauration du macoutisme, à savoir d'une gestion des affaires publiques anti-démocratiques qui autorise le chef - et quel chef !- à faire ce que bon lui semble.
C'est-à-dire à considérer le bien collectif - ici il s'agit des maigres sous de la section la plus pauvre de la diaspora- comme sien. Bien sûr, tout en prétendant, discours démagogique et fanfaronnades à l'appui, oeuvrer pour la nation.
La Cour des Comptes se réveille presque 4 ans plus tard. Le mal est déjà fait. Ce que l'on est en droit d'attendre c'est - même pas que les acteurs de la gabegie rendent des comptes- que ce type de gestion aberrante n'aura pas sa place dans une nouvelle administration.
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