A quoi pense ce petit garçon au regard incendiaire ? Et à quoi pense le soldat de la Minustah qui le regarde ?
Penser ne s'apprend certes pas, c'est la chose au monde la mieux partagée, la plus spontanée, la plus organique. Mais celle dont on est le plus détourné. Penser peut se désapprendre. Tout y concourt. S'adonner à la pensée demande même de l'audace alors que tout s'y oppose, et d'abord souvent soi ! S'y engager réclame quelque exercice, comme d'oublier les épithètes qui la donnent pour austère, ardue, rebutante, inerte, élitaire, paralysante et d'un ennui sans bornes. Comme de déjouer les ruses qui font croire au clivage de l'intellect et du viscéral, de la pensée et de l'émotion. Y parvient-on, cela ressemble diablement au salut ! Et cela peut permettre à chacun de devenir, pour le meilleur et pour le pire, un habitant de plein droit, autonome quel que soit son statut. Que cela ne soit guère encouragé ne saurait surprendre.
Comme vous le savez, les députés ont voté pressé/pressé, une loi -juste avant que le parlement ne soit fermé par ordre de la CI- afin de créer de nouveaux départements.
Les journalistes haïtiens (V. Numa de Vision 2000 conforme à lui-même) ont prétendu et fait accroire à leurs auditeurs que cette loi qui, conséquemment, augmentait le nombre des députés, était un acte purement de convoitise.
Aussi simple que ça ! ( courtoisie V. Numa de Vision 2000)
Attention, V. Numa, si j'en parle c'est parce qu'il occupe une place importante dans la diffusion de l'information. Mais bien entendu, ce courant qu'il représente à l'antenne est tout aussi présent chez les commerçants, écrivains - vous savez de qui je parle : les primés, imprimés, surprimés, déprimés.
Dunque, le mode d'emploi de Numa est toujours le même.
Je l'ai à plusieurs reprises décrit ici. Il s'agit de focaliser l'auditeur sur l'anecdote, le zen et renforcer sa perception à tous moments que les acteurs haïtiens -qui ne sont pas les décideurs- seraient uniquement animés par la voracité et l'octroi de privilèges.
Même si c'était le cas, l'important n'est pas là.
Ce qui importe c'est de comprendre pourquoi cette loi a été votée in extremis par des députés tèt kale, juste avant leur départ et pourquoi , je le répète, dans cette loi est stipulée que l'un de ses objectifs est d'empêcher les Haïtiens de franchir les frontières intérieures.
V. Numa a lu le contenu de cette loi à l'antenne, de A à Z. Un exercice fastidieux à la radio.
Pas une seconde, il ne lui serait venu à l'idée de s'arrêter sur cette notion de "frontières intérieures".
Par exemple, les Palestiniens ont vu leur pays découpé en morceaux avec frontières intérieures, check points et toutes les atteintes aux droits de l'Homme qui vont avec ces mesures de restriction des déplacements et de surveillance des individus.
Par exemple l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid controlait la circulation des Noirs. Certaines zones habitées par des Blancs leurs étaient interdites.
Pourtant, en Haïti, il n'existe qu'un seul peuple...A moins que...
Evidemment, il n'est pas question de demander au Monsieur de scier la branche sur laquelle il se trouve.
On ne lui demande pas de faire des analyses qui seraient contraires à celles de ses employeurs.
Ce serait stupide. Il a une famille, des ambitions pour son futur. Et tant mieux.
Il n'est guère besoin de héros ni de messies. Le vase est plein.
Simplement on souhaiterait avoir des personnes qui ne contribuent pas à faire des Haïtiens des étrangers chez eux.
Non. Le peu qu'on aurait attendu de V. Numa, c'est qu'il pose les questions suivantes à l'antenne :
- C'est quoi des "frontières intérieures" ?
- Et pourquoi vouloir empêcher des Haïtiens de circuler dans leur propre pays ?
- A quelle fin ?
Ce sont quand même les principales questions posées par l'adoption de cette loi, dans la mesure où elles visent directement la liberté de circulation des Haïtiens sur leur propre territoire.
L'auditeur, une fois les questions posées aurait l'opportunité d'aller, comme un grand, à la quête de possibles réponses.
V. Numa, à l'inverse, s'est complu, dans ce qu'il appelle du journalisme, une espèce de salmigondis, fait de passages du coq à l'âne, de récits sur sa vie privée, son hôtel, de coups de gueule pour faire de l'audimat, de fausses confidences : "Gen an zotobre byen plase ki di mwen...", toutes sortes de platitudes sur des sujets non maîtrisés, présentées comme des réflexions philosophiques...
Ce galimatias est une recette bien rodée dont le but est d'empêcher ceux qui l'écoutent de penser, tout en croyant, les pauvres, que le professeur les conduit messianiquement sur les chemins de la pensée - ou à apprendre à "bien voter" : ça dépend des saisons.
L'horreur économique est un livre dont je vous recommande la lecture - mais il faut s'accrocher parce que le propos n'est ni gai, ni rose. Le livre de Viviane Forrester est paru en 1996, et, bien qu'elle ne soit ni mambo, ni voyante, ce qu'elle prévoyait nous le vivons aujourd'hui.
A propos donc du laminage des cerveaux et de ce que Leslie Péan déplore, à savoir la pénurie intellectuelle actuelle en Haïti- qui, par ailleurs, est une entreprise à l'échelle de la planète, Viviane Forrester émet une opinion.
Ceci dit, n'en déplaise à Leslie Péan, ça fait un bon moment que la pénurie est manifeste, avec toutes les insanités pondues par les zentellectuels entre 2001 et 2004 - du genre : Aristide c'est pire que Duvalier -on pouvait se douter qu'on aurait droit à un billet vers le retour au temps paradisiaque de Mme Max Adolphe. Et, ça n'a pas raté avec sa progéniture nommée au poste de ministre de la Jeunesse et du Sport. Beau symbole.
Etaient présents, dès ce moment, les signes - signifiants- précurseurs de l'abyme dans lequel le peyi d'Ayiti, un si magnifique pays, peuplé de tant de gens honnêtes, dynamiques, intelligents et beaux, s'est retrouvé sous la gouvernance des agents exécutifs intérimaires de la CI.
Des tèt kale roses, héritiers des mortifères duvaliéristes qui invitent la population à péter pour eux, parce qu'arrivés à un tel niveau d'obésité - et d'obscénité- ils se trouvent dans l'incapacité d'évacuer leurs propres vents -vantardises, vanités, voracité, vacuité. En somme une accumulation de pèts nauséabonds.
Donc, Viviane Forrester, dont je vous ai mis une citation au début du texte sur le pouvoir de la pensée, ajoute ceci à propos de la pensée que je vous invite à méditer, en ce dimanche jour du Seigneur - saigneur ?- pour certains :
Car rien n'est plus mobilisateur que la pensée. Loin de figurer une morne démission, elle est l'acte en sa quintessence même. Il n'est d'activité plus subversive qu'elle. Plus redoutée . Plus diffamée aussi, et ce n'est pas un hasard, ce n'est pas anodin : la pensée est politique. Et pas seulement la pensée politique. De loin pas ! Le seul fait de penser est politique. D'où la lutte insidieuse, d'autant plus efficace, menée de nos jours, comme jamais, contre la pensée. Contre la capacité de penser.
Laquelle, pourtant, représente et représentera notre seul recours;
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