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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Quand le journal Le National fait dans le voyeurisme ... (mis à jour)

Publié par siel sur 22 Août 2015, 12:05pm

Catégories : #CULTURE

 Enfants de rue à Manille, capitale des Philippines. Sources : http://www.experience-philippines.com/developpement-ngo/a-manille-la-fondation-tnk-vient-en-aide-aux-enfants-de-la-nuit. C'est un problème récurrent dans les pays du Sud, symptomatique de l'incapacité de ces états de prendre en charge les enfants abandonnés à la rue de leurs pays. Les comportements de ces enfants qui répètent plus ou moins ceux des adultes ne sont guère différents d'un pays à l'autre.

Enfants de rue à Manille, capitale des Philippines. Sources : http://www.experience-philippines.com/developpement-ngo/a-manille-la-fondation-tnk-vient-en-aide-aux-enfants-de-la-nuit. C'est un problème récurrent dans les pays du Sud, symptomatique de l'incapacité de ces états de prendre en charge les enfants abandonnés à la rue de leurs pays. Les comportements de ces enfants qui répètent plus ou moins ceux des adultes ne sont guère différents d'un pays à l'autre.

Ils vont vous dire dire : c'est la réalité. En tant que journalistes notre devoir est de la décrire telle quelle.

Eh bien. Pas du tout. Ce n'est pas la réalité. C'en est la devanture. La vitrine.

Après, il faut aller voir derrière. Et c'est ça le journalisme. Ne pas se contenter de ce qui est donné à voir.

Le journalisme ne consiste pas en une description de faits divers ni de diffusion de zen.

Si cela était nous serions tous journalistes. Celui qui prend sa caméra pour filmer telle ou telle scène, par exemple, de policiers en train de  tuer un homme désarmé aux USA, ne peut pas être considéré comme un journaliste, du fait qu'il rend compte d'une chose vue.

Le tel quel en journalisme n'existe pas. De même qu'au cinéma ou au théâtre existent l'avant scène, l'arrière-scène, les plans, gros, moyens, les angles de vue, les séquences, un découpage permettant de raconter une histoire en allant plus loin que ce qui se présente devant  les yeux comme la réalité.

En gommant du réel sa complexité, on le réduit à une anecdote. Laquelle tend à produire une histoire en Noir et Blanc. Aussi simple que ça !  (courtoisie V. Numa de Vision 2000) qui aurait tendance à induire une transformation des victimes en coupables - comme s'appliquent à le faire présentement, les autorités de la RD avec la dénationalisation des descendants d'Haïtiens auxquels, selon eux, ils auraient depuis 1929 offert un traitement d'hôtel 5 étoiles. 

 

Cette anecdote relatée par un journaliste met en évidence deux points

- que celui qui a assisté à cette séquence n'a pas joué son rôle d'adulte en n'intervenant pas pour faire cesser ce qu'il qualifie  lui-même de "supplice" de cette petite fille.

- que la relater, sans avoir interroger ceux qu'il  appelle des kokorat, mais qui sont avant tout des enfants, est un manquement à l'éthique du journalisme qui implique le respect - même quand il s'agirait de criminels- des personnes impliquées dans une action.

Les informations qu'attendent un lecteur face à cette histoire, c'est :  qui sont ces enfants, cette petite fille que fait-ellle dans la rue, depuis quand elle y est, comment et de quoi vivent ces jeunes à la rue ?

Bref, donner la parole aux acteurs de ce "supplice", à cette enfant, aux spectateurs indifférents, de manière à ce que, moi, lectrice, je puisse appréhender le comment et le pourquoi de cette mise en scène publique de l'intronisation d'une petite fille dans une bande d'enfants de la rue.

Et non pas tout bonnement m'exclamer : c'est dégeulasse !

Et me donner bonne conscience en stigmatisant les jeunes, victimes d'une société qui les maltraite en faisant l'impasse de réfléchir sur le fonctionnement de cette société.

 

Ce qui nous est donné ici, c'est la relation de quelqu'un, qui pourrait être vous ou moi, témoin d'une scène choquante et qui, de retour à la maison, la raconterait à ces proches.

Le choc ne fait pas le journalisme. C'est la pensée, la réflexion et l'analyse qui permettent d'aller au delà du fait brut pour en dégager le sens.

Sinon, on bascule dans la facilité du récit genre Voici (magazine people français) . Et, dieu seul sait qu'à Port-au-Prince ce ne sont pas les scènes choquantes qui manquent.

Le journalisme requiert de la distance avec le sujet traité. Et la distance demande de la culture.

Les enfants de rue de Manille, de Bogota, ou de Port-au-Prince, ont des vies similaires. Se débrouiller pour survivre et imiter les codes des adultes avec leurs chefs, leurs droits de cuissage, de sorte qu'ils s'adaptent, avec leurs moyens, à leur environnement.

Il n'y a qu'à lire ce fait divers sordide, agrémenté de questions tout autant sordides de M. Fleury : " S'agit-il de sacrifices liés à la borlette se demande-t-on ?" et d'affirmations gratuites: " A bien considérer il y a des cas de viols qui s'apparentent à des sacrifices" ( Non, ne croyez pas que M. Fleury  travaille pdu chapeau. Il est journaliste au journal Le Nouvelliste)

Donc ,il suffit de lire des écrits comme celui de M. Fleury, par exemple, pour saisir que ces enfants laissés à eux-mêmes reproduisent les comportements d'adultes.

N'oublions pas que ces enfants des rues sont des grands observateurs des moeurs haïtiennes. S'ils savaient écrire, qu'est-ce qu'ils ne nous donneraient pas à lire ... De nombreux masques, de précheurs, de donneurs de leçons, tomberaient... 

 

Quand le seul commentaire à cet article dit : Haïti pays de merde, on se rend compte compte combien il est facile avec un tel traitement de l'information de provoquer une réaction purement épidermique, au lieu d'inviter à dépasser le dégoût pour  conduire vers une réflexion posée sur ces enfants et la société dont ils sont les "produits".

En réalité, ce petit reportage met en exergue, l'irresponsabilité souvent dénoncée d'individus appartenant aux classes moyennes haïtiennes, qui semblent n'avoir pas conscience que l'état  affligeant dans lequel se trouve ces enfants est un miroir de ce qu'ils sont eux-mêmes.

Miroir qui leur renvoie leur incapacité en tant que lettrés et save pou youn, d'aller plus loin que le sensationalisme, de s'atteler à faire un reportage en profondeur, à partir d'une scène vue, de la réalité de ces enfants de rue. De deux, de se remettre en question.

Faisons le parallèle avec ce que produit une journaliste étrangère sur la condition des descendants d'Haïtiens et d'Haïtiens dans les batey.

Ya pas photo ! -comme disent les Africains pour signifier qu'il n'y a pas de comparaison possible.

 

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