« L’homme qui répare les femmes », le nouveau documentaire consacré au gynécologue congolais, Denis Mukwege, est frappé d’interdiction en RDC. Son auteur, Thierry Michel, rencontré à Paris lors de la grande première, reste perplexe face à la mesure des autorités congolaises qui, selon ses propres dires, l’avaient pourtant laissé travailler en toute quiétude.
Par Léon KHAROMON. « C’est le film pour lequel j’ai rencontré le moins d’ennuis avec le pouvoir congolais », reconnaît-il. Mais, pourquoi, alors pourquoi cette interdiction en aval, pour un film qui a remporté plusieurs prix prestigieux à l’international et qui était particulièrement attendu en RDC, notamment par les populations de l’Est de ce pays, meurtries par 20 ans d’une guerre d’agression et de prédation aux visages multiples ?
Cet article est tiré de « L'œil de l'exilé » : http://www.loeildelexile.org/lhomme-qui-repare-les-femmes-le-film-qui-derange-kinshasa/
Prix Sakharov 2014, le Docteur Mukwege est devenu l’une des personnalités congolaises les plus respectées au monde. Sa carrure dépasse largement le seul secteur de Panzi dans le Sud-Kivu où il mène le combat inlassable consistant à soigner des femmes victimes de viol.
Après en avoir soigné plus de 30.000 depuis 1997, cet homme, pourtant humble et affable, a décidé de rompre le silence pour interpeller la communauté internationale sur une guerre absurde où le viol, utilisé comme arme de guerre, fait des femmes et des enfants, les principales victimes. Ce, au moment où des multinationales financent des rébellions téléguidées du Rwanda et de l’Ouganda, parfois en complicité avec certaines autorités congolaises qui trouvent leur compte dans cette économie de guerre.
Avec cette campagne de sensibilisation et de dénonciation, le gynéco congolais ne se fait pas que des amis. Il a échappé in extremis à un attentat devant sa résidence à Bukavu puis il est parti en exil en Belgique, en octobre 2012. Mais, dans le Sud-Kivu où il représente plus qu’un simple médecin, les femmes venues de contrées les plus lointaines se sont mobilisées comme jamais. Elles ont proposé de vendre les produits de leurs maigres récoltes pour payer au docteur un billet d’avion retour dans son pays. Touché par tant de sollicitudes, le médecin ne put résister et se résolut à mettre fin à son en exil. Il fut accueilli en messie par une population en liesse et en larmes. Des femmes venues de très loin pour lui faire un triomphe. Mais, à 61 ans, ce « médecin-courage » vit désormais flanqué de gardes du corps en permanence. Dans le Kivu, la paix reste fragile en dépit du fait que les M23 et les ADF Nalu, principaux mouvement rebelles d’obédience respectivement rwandaise et ougandaise ont été chassés. Les viols des femmes et des enfants demeurent préoccupants.
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30 SEPTEMBRE 2015 | PAR MAISON DES JOURNALISTES
Le Dr Denis Mukwege, saluant ses patientes à l’hôpital de Panzi (photo tiré de : Le Soir.be)
Cliquez ci-dessous pour écouter l’interview audio de Thierry Michel sur le film :
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