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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir »Entretien avec l’Ambassadeur de Suisse en Haïti - Par Youri Hanne

Publié par Youri Hanne sur 27 Décembre 2015, 18:07pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Quelques extraits de l'entretien pour provoquer votre curiosité et vous conduire à la lire.

L'ambassadeur de Suisse semble ne pas craindre les foudres de l'empire et  de subir le même sort que Seitenfus. C'est-à-dire être viré.

Parce qu'effectivement Jean-Luc Virchaux, l'ambassadeur de Suisse tient un langage diffférent de celui de la CI.

Peut-être, qu'après tout  la Suisse, ne fait pas partie de ce qu'on nomme  la Communauté internationale, n'appartenant ni  au Core Group, ni au Club de Madrid, à l'OEA et à l'UE.

Le constat de l'ambassadeur sur la situation du pays post-séisme est généralement  sombre.

Il rejoint les analyses faites sur ce blog.

Sauf que, bien entendu, en tant qu'ambassadeur M. Jan -Luc Vichaux ne peut pas se permettre d'aller jusqu'à "tell the facts name the names" dire les faits tels qu'ils sont , nommer les personnes.

 

C'est tout à fait pénible et même humiliant que ce soit un étranger qui ait à rappeler aux Haïtiens qu' "« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». C'est quand même un b-a-ba qu'une nation qui s'est extirpée par le feu et le sang de l'esclavage aurait due constamment avoir...en mémoire.

Sauf que les barons des media et les zentellectuels s'appliquent férocement à éduquer la popualtion à l'oubli, à la soumisssion et à la zombification.

"Trop de passé" clament les zentellectuels primés et surprimés, alors qu'ils seront les premiers à s'extasier devant la culture française, le siècle des Lumières et tout ça...

 " Pour savoir où tu vas, il faut savoir d'où tu viens."

Ce qui, en d'autre termes, signifie que pour construire ton futur sur des bases solides, il faut connaître et analyser les erreurs passées.

Ce qui  devrait conduire à trouver une réponse à une question simple : quelle société les Haïtiens, après des siècles d'esclavage et quelques 200 ans et plus  d'indépendance sous surveillance,  veulent-ils constuire ?

L'essentiel du débat politique se trouve dans cette question.

Remercions  cet ambassadeur pour avoir accepté d'aborder des points délicats,  pour s'être exprimé sans paternalisme et condescendance et d'avoir placé face à leurs responsabilités respectives, étrangers et Haïtiens.

Et d'être parmi les trop rares diplomates "indépendants"c'est-à-dire  à ne pas suivre comme un toutou la politique imposée par" le roi et la reine d'Haïti."

 

Dans un pays comme Haïti où l’État est quasi inexistant, il faut miser autant que possible sur la responsabilité des acteurs politiques, sociaux, comme les organisations régionales, paysannes, les associations de femmes. Ces acteurs ont une légitimité politique. Nous ne sommes pas là pour penser à leur place les solutions à leurs problèmes, mais pour les aider à mettre en place les conditions de rêver à un changement. Les conditions pour agir en sachant ce que les actes impliquent concrètement. Malheureusement, tout l’appareil de l’aide internationale traîne derrière lui un monde d’expertise. C’est un véritable business. L’expertise finit par retirer des capacités de solutions locales

L’agriculture en Haïti est un domaine qui nous amène à revoir notre vision des choses. On parle rarement des paysans comme étant des acteurs. Ils ne sont pas pris en considération comme les autres travailleurs. C’est le pays « en dehors ». Nous ne sommes pas en phase avec ce milieu. Il n’existe ni reconnaissance du statut de paysan, ni de la propriété foncière. La paysannerie n’est pas prise en compte dans la capacité productrice du pays. Elle représente pourtant la moitié de la population et de la production nationale. Sans la prise en compte de ses aspirations, il sera difficile d’élaborer des politiques agricoles qui devraient à terme changer les systèmes de production de l’agriculture familiale paysanne. Ceci ne remet pas en cause la place de l’agrobusiness ni les évolutions vers davantage de logique entrepreneuriale. Notre coopération cherchera à l’avenir à relever ce défi avec les autorités.

Comme le dit l’adage, c’est la République de Port-au-Prince. Cette centralisation extrême empêche de construire un État local et, du coup, le sentiment de citoyenneté. L’État central ne met pas la priorité sur le niveau local afin d’y développer les compétences nécessaires pour garantir un service public minimum : eau, électricité, services sociaux et d’état civil. Mais construire des institutions légitimes ne peut pas se faire uniquement par le haut. Malgré deux siècles d’indépendance, Haïti n’a pas produit de réflexion sur la rupture avec le système dominant, celui de la métropole. On est confronté à un État centralisé et assisté depuis longtemps.

Pour l’essentiel, les élites sont totalement déconnectées de la réalité du peuple, essentiellement paysan. Elles envoient leurs enfants dans des écoles privées américaines ou françaises et se projettent sur Miami, Montréal ou Paris. Leur ambition n’est jamais le village haïtien. Elle n’est pas de transformer le village d’où elles sont issues en un lieu qui a accès aux services publics, au savoir, à l’éducation. Or, on est dans l’incapacité de poser ce problème sur la table dans un dialogue politique.

Le peuple haïtien s’est battu de manière exemplaire pour ses droits. Cependant, si vous demandez à un jeune haïtien ce qui s’est passé sous Papa Doc (François Duvalier, père de Jean-Claude, NdA), il aura les plus grandes difficultés à vous répondre. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». À côté des initiatives citoyennes, il faut une volonté politique pour capitaliser sur la mémoire, malheureusement ce n’est pas toujours une priorité. Pourquoi n’y a-t-il pas par exemple de volonté politique de travailler sur le système d’alphabétisation créole ? C’est à se demander si les élites ne veulent pas maintenir le peuple dans un état d’ignorance.

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