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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


A propos du 3ème texte de Alin Louis Hall sur le syndrome du chien couchant

Publié par siel sur 29 Juin 2016, 13:54pm

Catégories : #REFLEXIONS perso

Spectacle de lynchage aux USA

Spectacle de lynchage aux USA

Ce texte devrait être lu par le plus grand nombre.

A commencer par la nouvelle génération d'étudiants haïtiens.

Espérons qu'ils ne vont pas le zapper, dans la mesure où il est difficile - voire traumatisant - de regarder la réalité en face, comme souligné dans ce texte, et plus facile de faire appel à la transe, aux zen et à la culpabilisation de la population pauvre et illettrée.

Le cas de ce Kina est remarquable et il n'est pas différent de celui de ses héritiers.

Je me suis permise de mettre en gras le passage sur les récompenses , médailles, uniformes , souliers, monnaie, données aux Nègres soumis tant il est d'actualité.

« Pendant les années 1795-98, des milliers de noirs dominguois allaient devenir des défenseurs armés et loyaux du régime esclavagiste. Ce n’est pas un phénomène rare dans les sociétés coloniales. L’argent, l’estomac plein et le prestige de l’uniforme jusqu’à un certain point constituaient des attraits irrésistibles motivant pour recruter des soldats. Cependant, pour des esclaves au bas de la hiérarchie de la plantation, l’appel était significativement plus attrayant : 300 grammes de viande chaque jour, fraîche parfois, la ration d’un soldat, représentaient une amélioration substantielle du commun, et des gages de 6 pence, plus tard de 8 pence étaient une richesse relative en plus. L’uniforme aussi, pour des hommes qui normalement allaient nus six jours sur sept, et qui en outre s’endimanchaient le septième, devait avoir un attrait singulier. Bien plus, le passage des pieds nus aux chaussures était lui-même chargé de symbolisme. Car, avant tout, le service militaire signifiait la liberté, une libération immédiate de la plantation, et éventuellement au bout le statut d’homme libre. Et bien mieux, tout cela était garanti non par les autorités balbutiantes et obscures de la Révolution, mais par un roi et des planteurs. Etant les sources traditionnelles du pouvoir dans le monde colonial, ils donnaient l’image d’une certaine sécurité alliée à une idéologie de la légitimité et de la hiérarchie fort compréhensibles qui s’exprimait comme d’habitude au travers des médailles, des cérémonies et des drapeaux. Par la remise de médailles à leurs esclaves, les planteurs montraient depuis 1792 une générosité peu habituelle, et la tunique écarlate n’était pas bien sûr uniquement un vêtement flamboyant, mais aussi l’habit du roi. » (10)

Il n'y a pas mieux pour comprendre l'origine de l"'insoutenable" attraction de nos zentellectuels pour les médailles et prix littéraires. De même que celle de la classe moyenne - fils de paysans arrivés, Mulâtre et Noirs - pour le décorum, les dîners en blanc/dïner de cons, les tôles rouges, les bracelets roses, les per diem, les voitures blindées, les cérémonies en veux-tu, en voila dans les hôtels (je n'ai jamais vu des gens aimer autant les hôtels  que ces parvenus) ; tout un tas de conneries auxquelles ils sont pathologiquement attachés et qui leur paraissent bien plus importantes que de s'intéresser à construire leur pays et de le rendre vivable pour la majorité de la pouplation.

Cependant, un bémol.

On ne peut pas ne pas être d'accord sur l'intériorisation du discours des esclavagistes, tant c'est évident.

Mais, on ne peut pas expliquer le phénomène du "chien couchant" uniquement à partir de cet héritage dont les effets sur les mentalités ont été bien démontrés par Fanon.

Tout simplement, parce qu'un jeune homme, un blan fransè : M. de la Boétie, a montré dans son Discours sur la Servitude volontaire, qu'il s'agissait d'une réalité qui dépasse la question de l'esclavage, du racisme;  mais ancré dans les rapports de classes.

En Haïti, parler de rapport de classes, bizarrement est quasiment tabou. On peut parler de caca et de bounda toute la journée sur toutes les radio, mais de rapports de classe, c'est un péché.

Aucune idée si M. Alin Louis Hall compte dans ses prochains texte aborder cette question.

En tous les cas, tout ce que l'on a vu pendant les 5 années du gouvernement Martelly/Lamothe/Evans Paul renvoie à ce syndrome de la servitude volontaire, tel que décrit par Etienne de la Boétie - dont je vous avais mis le texte in extenso sur ce blog.

Pendant 5 ans, les élites et la population haïtienne ont accepté qu'un groupe  de personnes s'appelant eux-mêmes " bandi legal", leur vende ( courtoisie V. Numa de Vision 2000) les pires saloperies : 2 carnavals par an dont l'un à la date de l'occupation US du pays, absence d'élections : nomination d'agents intérimaires à la place de maires,  absence de justice : relaxe de présumés criminels avec un " si c'est vrai que vous avez fait ce qui vous est reproché, ne recommencez pas",; corruption : fils et femme du président  sans qualifications aucunes, à la tête de budgets sans être passé par la voie du Parlement; un Sénat qui conclue que le juge Joseph a bien rencontré le président et son Premier ministre et qui ferme sa gueule;  un président qui traite une femme de putain et des media qui lui trouvent des circonstances atténuantes,  un Premier ministre qui achète des armes de guerre en Israel. 

Bon j'arrête-là. Il suffit de vous référer à la chronique sur ce blog intitulé Ayiti/Roz/Rakèt pour constater l'ampleur de cette servitude de la  confronter aux abus, dysfonctionnements et vols des Tèt Kale en l'espace de cinq ans.

Cette servitude volontaire qui apparaît quasiment surréaliste, est comme je l'ai dit le produit d'un deal entre deux groupes : les enfants de paysans arrivés, des sortes de Kina, que l'on retrouve dans des positions dominantes dans tous les domaines : culture, éducation, agriculture, petits et moyens commerces...etc. Sauf dans l'économie, domaine réservé  de l'oligarchie et des entreprises de la CI. 

Il y a donc - au delà de l'intériorisation du complexe d'infériorité hérité de l'esclavage et de l'arrogance stupide  et bornée qui va avec - une alliance entre deux groupes, deux classes, qui fonctionne pour maintenir la majorité de la population dans la servitude volontaire, les gouyades, l'illetrisme et la misère.

Selon moi, se prêter à expliquer la fabrication de cerveaux lents et chiens couchants par uniquement l'intériorisation des valeurs des esclavagistes - ou encore pire par une histoire d'ADN-  occulte la dimension économique et  risque d'évacuer la question des rapports de classe qui, déjà avant l'indépendance, a déterminé l'ordre social.

 

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