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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Archives 2014. Haïti : Gouvernance et développement économique (5 de 5) - Par Leslie Péan

Publié par Leslie Péan sur 2 Septembre 2017, 09:52am

Catégories : #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-corruption-cet-eternel-poison-188525

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-corruption-cet-eternel-poison-188525

Au moment où la question de la corruption fait la Une avec cette affaire de kit scolaires sur-facturés, il est bon de revenir sur le travail pointu fait par Leslie Péan sur la corruption et ses conséquences sur le pays.

Les recherches, analyses, réflexions pertinentes et documentés de Leslie Péan permettent de comprendre au-delà de l'exclusion d'Haïti dès ont indépendance - ce qui ne peut pas être nié - le rôle de la corruption dans la stagnation et même la régression socuio/culturelle/économique du pays.

 

Les beaux jours du banditisme légal

Le pouvoir ne recule devant rien. Même quand Denis O’Brien, patron de la Digicel, déclare le 7 janvier 2012 dans le New York Times [9] qu’il faut faire un audit du FNE pour déterminer où sont passés 26 millions de dollars qui se sont volatilisés de cette institution. Les aiguilles des pendules sont bloquées sur la corruption dans la gestion du FNE. Le Directeur Général adjoint de la Natcom, Yves Armand, déclare : « Nous sommes pour le FNE, pour l’introduction de la taxe de 5 centimes US par minute sur les appels internationaux entrants, mais nous sommes contre les prix planchers [...] nous sommes pour la libre concurrence, contre la fixation des prix [10]. » On est dans la pénombre. D’une part, le pouvoir joue sur les mots et déclare qu’il ne s’agit pas d’une taxe mais d’un surplus tarifaire. D’autre part, le CONATEL dit qu’il ne s’agit pas d’une taxe de 5 centimes par minute mais de 5 centimes par appel.

Dans tous les cas, rien n’est fait pour décrisper la situation car les chiffres déclarés par le CONATEL ne correspondent pas à un multiple de 5 centimes dans tous les cas de figure [11]. Les comptes du Fonds National d’Éducation sont l’objet de controverses [12]. La Commission du Sénat en 2012 évoque même un cas d’espèce d’escroquerie en ces termes : « Aujourd’hui, devant l’évidence que ces fonds ont été utilisés de manière impropre et en dehors des normes, un audit des dépenses effectuées sur les deux comptes affectés aux dits fonds s’impose [13]. » Jusqu’à présent l’audit demandé autant par Denis O’Brien de la Digicel que par les Sénateurs, n’a pas encore été publié à la mi-2014. On risque d’y trouver exposée la « conscience aigue » du banditisme légal qui règne et de prouver que les cordonniers du pouvoir sont bien chaussés.

C’est donc comme par enchantement que le président de la république déclare faillite à la mi-avril 2014 après avoir bombardé 43 ministres et secrétaires d’État, le plus grand nombre d’individus qu’un cabinet ministériel n’ait jamais connu. Les programmes et projets lancés sans aucune planification dans le but unique de se faire des prébendes économiques et politiques ont abouti à mi-parcours à des difficultés de trésorerie. L’entreprise Haïti coule à pic après la dilapidation par le gouvernement néo-duvaliériste de l’aide massive reçue du pouvoir de gauche du Venezuela. On ne saurait demander à Martelly d’être compétent dans le domaine de la liquidité ou dans aucun autre domaine qui demande des études poussées. Mais par contre, il est légitime de demander à ses supporters locaux et étrangers pourquoi ils veulent appliquer le principe du « trop gros pour faire faillite » ( too big to fail ) à des lilliputiens qui refusent la moindre gouvernance.

C’est encourager le mal à la racine alors qu’il faut justement le détruire au pas de charge. Le temps est venu de décrisper la situation en mettant fin à l’immunité des assassins. La gouvernance autoritaire n’est pas en symbiose avec le reste de la société. Elle y est organique seulement pour un petit groupe, une minorité qui veut maintenir les rapports sociaux décadents de l’État marron. Pour avoir des commissions et se faire de l’argent, le gouvernement s’est embarqué dans un programme de destruction des logements au centre ville sous prétexte de rénovation urbaine. Cela revient à mettre la charrue avant les bœufs que de vouloir construire un centre administratif au bas de la ville quand le travail de curage et d’assainissement en amont n’est pas fait. Se lave men suye a tè. À la moindre averse comme ce fut le cas le 13 mai 2014, le bas de la ville est complètement inondé. Les eaux de pluie venant de Pétion-Ville ont créé l’équivalent d’une rivière devant les locaux de l’ambassade américaine à Tabarre. Les priorités ne sont pas établies et les projets sont entrepris uniquement en fonction des pourcentages de commissions dont bénéficient les bandits au pouvoir. C’est tout simplement du gaspillage. Un travail de longue haleine est nécessaire pour changer les choses et implanter une autre culture en Haïti. Cela passe par l’instauration d’une société de justice et de responsabilité. Avec une prise de conscience que les choses doivent changer au sommet de la société.

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