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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


A propos de l'article de Anne Fuller sur le massacre en 1964 de 45 membres de la famille de Zeïla Madombe à Mapou

Publié par siel sur 2 Mars 2019, 22:12pm

Catégories : #reflexions perso, #Duvalier, #peuple sans mémoire, #international

Zeïla Madombé à la commémoration du 20 février 2016, montrant une photo du député André Simon qui a dirigé le massacre de sa famille (Photo de Dominique Franck Simon).

Zeïla Madombé à la commémoration du 20 février 2016, montrant une photo du député André Simon qui a dirigé le massacre de sa famille (Photo de Dominique Franck Simon).

La lecture de l'article, le récit de Zeïla, m'ont remplie d'un immense chagrin. Douleurs au ventre immédiates. En fermant les yeux, j'ai vu ces scènes d'horreur se répéter dans tous les coins du pays. Dans le silence et la peur.

Et en dépit de son audace, Zeïla n'osa jamais dénoncer l'extermination de sa famille. Pour elle et pour les paysans de Mapou et de la région du sud-est en 1964, il n'y avait pas d'autre option que d'accepter les exécutions sommaires de centaines de personnes. J'ai pu confirmer les noms de 216 personnes tuées par les forces gouvernementales cet été-là, mais leur nombre réel est surement plus élevé. Un groupe haïtien de défense des droits humains estime qu'il y a eu 600 victimes cet été-là tandis que les habitants de la région évaluent leur nombre à 1.000.

Personne n'a jamais été accusé pour ces crimes, et l'État n'a jamais reconnu non plus sa responsabilité. Il n'y pas eu de vrai jugement après la chute de la dictature en 1986, ni non plus n'a été créée une commission de vérité. Le député Simon et le lieutenant Louis Joseph sont morts dans leur lit. Les gens de la région se sont blâmés eux-mêmes ou ont blâmé des voisins pour un cataclysme qui avait duré plusieurs mois. Ceux qui ne pouvaient fuir étaient restés dans leur localité après que la violence s'était calmée, vivant dans le voisinage de gens qui avaient dénoncé les membres de leur famille aux assassins.

Et puis, la tristesse s'est transformée en colère. J'ai dans les oreilles le ton arrogant avec lequel ce journaliste, Luko Désir,  affirmait à la radio que  ce n'était pas la PEUR mais le RESPECT  pour  Duvalier François qui habitaient les Haïtiens.

Un mensonge, un déni de réalité affirmé avec l'audace que l'on reconnaît à cette catégorie d'individus.

Qu'un journaliste puisse cracher sans complexes sur la mémoire des quelques 50 000 victimes connues de ce régime et les nombreux anonymes, est tragique. L'auteure, Anne Fuller raconte comment sa propre quête a commencé par la recherche des membres de la famille de son mari, disparus sans laisser de traces.

Mon mari Louis perdit un oncle et cinq cousins sous le régime de terreur de François Duvalier. Leurs noms n'étaient inscrits nulle part jusqu'à ce que nous ayons fait un voyage dans l'arrière-pays, au fond des campagnes, pour rencontrer des membres de la famille encore vivants et d'autres témoins de l'époque. C’est-à-dire, avant que nous n'avions écrit un article et produit un documentaire radiophonique sur ce qui leur était arrivé. Cette expérience m'a fait comprendre qu'il devait y avoir beaucoup d'histoires occultées de la dictature, et que les victimes anonymes se comptaient peut-être par milliers. D'autant qu'il est à peine fait mention dans les programmes scolaires haïtiens du petit nombre de faits connus sur les 29 années de dictature des Duvalier.

J'avais lu dans une thèse d'un jeune Haïtien, maintenant professeur d'Université en France, le récit de la déstructuration de la société rurale opérée par les Duvalier. Il prenait pour exemple, le comportement abusif  de jeunes macoutes par rapport aux ainés, allant jusqu'à souffleter des vieillards respectés dans leur communauté. Il mentionnait le refus de certains paysans de cultiver leurs terres pour ne pas être obligés de " donner" leurs récoltes aux macoutes.

Le monde paysan a énormément souffert sous la dictature mais jusqu'à présent peu de gens - on peut les compter sur les doigts d'une main- se sont intéressés à leur histoire.

Bon nombre de ceux qu'on appelle les marchands de micro sont issus de la paysannerie : Bob C., V. Numa, G. Henry, L. Désir, entre autres. Ce qui fait qu'on se demande si leurs prises de position, foncièrement réactionnaires et pro-dictature viennent du fait qu'ils auraient eu des pères macoutes. Et qu'ils voudraient les blanchir en présentant la dictature comme un monde de progrès, de paix, de prospérité et de respect.

Cette hypothèse est réaliste parce qu'il est impossible de penser que ces types ne peuvent pas ne pas être informés de la violence exercée sur les Haïtiens et de la misère "légale" instituée par la dictature

Une autre hypothèse plus prosaïque, plus terre à terre serait qu'ils sont payés pour " vendre" les Duvalier et le blanchiment de leur fils et petit-fils.

Payés par qui ?

Par la CIA, par l'ambassade US, par la France qui ont tous eu des amitiés particulières avec les 2 Duvalier ?

Par les duvaliéristes rouges, genre Gonzague Day, Théano, et cie, pour promouvoir la candidature de l'enfant des sanguinaires ?

Par des gens du secteur privé qui se sont enrichis sous ce régime : Acra, Boulos, Apaid et autres ?

En tous les cas, ce qui est sûr et certain, c'est que les Bob C, les Duval du Nouvelliste, les G. Pierre Paul Charles, les G. Henri, les V. Numa, les L. Désir, les Exantus et autres marchands de micro,  travaillent tous dans une même direction : blanchir les crimes des Duvalier, blanchir les crimes de leurs héritiers tèt kale, soumettre la population aux mensonges, abus, mauvais traitements. Et bien sûr au respect du chef qui tue ta famille.

La question demeure : pour qui travaillent ces marchands de micro ?

 

es charniers anonymes de juillet 1964 se trouvent dans trois bourgades du sud-est d'Haïti. À Belle Anse, il y en a un sous la place publique, un autre dans les bois à proximité d'une nouvelle école, et deux au village de Mapou ; à Grand Gosier, il y en a un dans un sous-bois dénommé Terre Fine et un autre près de l'école secondaire dans le village de Marre-Joffrey; enfin à Thiotte, il y en a un tout juste en-dessous du poste de police où était en 1964 le quartier général de l'armée pour la région, et un autre dans l'actuel cimetière du bourg.

Qui étaient ces personnes enterrées dans ces charniers ? Pour la plupart des paysans cultivateurs et petits commerçants, aux trois-quarts des hommes. Certains étaient de la parenté de supposés rebelles, tels les Fandal de Grand Gosier dont 18 furent exécutés.

Certains avaient été attrapés alors qu'ils traversaient la frontière. J'ai appris d'un communiqué de l'armée haïtienne de 1964, que le jour même où Papa Doc avait été informé de l'invasion des rebelles, le 30 juin, le commandant en chef de l'armée avait transmis cet ordre : "Soyez en alerte. Exterminez tous les

Il semblerait que,  pour ajouter de l'humiliation à de l'humiliation, du mépris au mépris; pour enfoncer Haïti plus profondément dans le shithole, qu'après le bandi legal et voleur de ciment Martelly, après l'Homme Banane inculpé pour blanchiment, la CI pense imposer un nouvel épisode de honte à Haïti avec le petit-fils qui vante l'humanisme de son grand-père Duvalier François qui déclarait " J'aime la sauvagerie de mes macoutes".

J'aperçois avec horreur les grands titres des journaux : "Les Haïtiens ont choisi pour président le petit -fils du dictateur sanguinaire "

J'aperçois les mines réjouies des journalistes occidentaux rappelant que les citoyens du premier pays à avoir combattu victorieusement le système esclavagiste, font choix pour président du fils et petit-fils d'un dictateur, un type inconnu, sans compétences connues, connu uniquement pour ses liens de famille avec la dictature.

Je les vois se gaussant de ces nègres qui ont pris leur indépendance trop tôt, incapables d'avoir du plomb dans la tête,  toujours accrochés au système colonial, anciens esclaves toujours à la recherche d'un maître violent, d'une caricature de liberté.

Je vois la machine de guerre psychologique contre les Haïtiens se mettre en marche et prendre sa visière de croisière.

Et les bananés, les dindons de la farce, les canards sauvages,  les paria des  Amériques qui   devront se confronter à la misère  et au come back des tontons macoutes soutenus par la CI.

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