Le mal politique ne se confond pas avec les crimes politiques. De façon plus générale, il n'est pas le mal théorisé dans les critiques du pouvoir et de l'État [3]. N'est pas désigné ce que Machiavel nomme de l'ancienne expression romaine de virtu [4] c'est-à-dire l'obligation pour le dirigeant de ne pas se laisser emporter par le désir de se faire aimer mais au contraire d'utiliser la force et la ruse. Le mal politique est radical. Il se rapporte à la déshumanisation de masse. Hannah Arendt [5] - cette grande philosophe politique à laquelle on empruntera quelques concepts importants mais qu'on ne suit néanmoins pas sur tous les points [6] — emploie le terme de désolation. La désolation est l'annihilation de toute vie personnelle. Pour elle, la désolation est la conséquence d'un régime politique. Le totalitarisme détruit non seulement le domaine public de la vie (la liberté de s'exprimer et d'agir) mais la sphère de la vie privée et les « possibilités d'expériences, d'invention et de pensée » pour soi-même [7]. Une dictature anéantit la vie publique et ferme l'espace politique. Elle peut laisser intacte la sphère de la vie privée. Le totalitarisme détruit la vie publique et la vie privée. Dans la désolation [8] l'être humain est déraciné, est privé de sol et est mis à l'écart de la société humaine. Il est déshumanisé.

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