– Maintenant que tu me le dis, je me souviens effectivement d’avoir vu une affiche sur un mur à Anse d’Hainaut, qui représentait un avion larguant des beaux cochons blancs et grassouillets en parachute sur une île ayant la forme d’Haïti avec des gens noirs levant les bras en l’air comme heureux de les recevoir ! Le slogan inscrit était, si je m’en souviens bien: « Lè fini, ya mennen bèl kochon nèf pou tout moun ki vle fè elvaj… » (Lorsque ce sera fini, on apportera de beaux porcs tout neufs pour tous ceux qui veulent faire de l’élevage). Ainsi, est-ce que c’était çà la vision des américains de reconstituer un élevage porcin par l’importation d’une autre race ? N’est-il pas utopiste dans les conditions économiques actuelles du pays ?
EXTRAIT.
La journée s’annonçait belle et j’étais content de réaliser ce nouveau périple avec Vincent. J’entamais la conversation en commençant la descente sur Port-au-Prince. Vincent m’avait déjà évoqué le travail de rédaction sur son rapport. Je lui posai donc la question :
– Alors ! Où en es-tu dans tes recherches ?
– C’est un peu fou ! Imagine qu’il y avait plus d’un million de porcs avant la peste porcine africaine en 1978. Je suis tombé sur un rapport récupéré par mon prédécesseur. Il a été fait par l’Institut Interaméricain de coopération agricole et recommandait pour Haïti l’éradication complète du cheptel. Cela a été fait entre 1978 et 1982. Quand on sait l’importance du cochon pour le paysan d’ici, le porc créole étant l’un des élevages les plus productifs !
– Et cela a été réalisé partout !
– C’est sûr ! Avec la complicité des tontons macoutes. Toutes les régions ont été déclarées « atteintes à cent pour cent », alors que seulement une demi-douzaine de bêtes avait été testée. Mais les Américains y voyaient deux intérêts : se protéger contre des importations clandestines de viande et installer un nouveau système d’élevage qui les arrangerait. Cela a été un véritable massacre car il y en avait partout et la caractéristique de cet élevage, c’était son extrême dissémination géographique aussi bien dans les vallées que dans les montagnes. Chaque petit propriétaire paysan en avait au moins un. Il était assez difficile de mettre en évidence les circuits d’échange de la viande de porc, mais le commerce devait se faire certainement jusque dans les plus petites localités du pays. C’est ce qui a dû effrayer les Américains qui ont mis en place en Haïti, en accord avec le pouvoir : le PEPPADEP .
– C’est vrai qu’il échappait à tout monopole de commercialisation et résistait mieux que les autres à la spéculation. Mais c’est quoi le PEPPA … comme tu dis ?
– Cela veut dire Projet d’Eradication de la Peste Porcine Africaine et le développement de l’Elevage Porcin en Haïti. L’objectif déclaré dans les documents officiels était d’éliminer la peste porcine africaine en HaÏti et de pouvoir ainsi développer une industrie porcine au service des petits fermiers du pays.
– Et qu’est-ce qu’ils entendaient par « industrie porcine » ?
– Ce qu’en j’ai lu, cela passait par : l’amélioration génétique, la construction de porcheries permanentes, le développement d’une industrie d’aliments pour porc et une usine de transformation de produits de porcs. En résumé : Est-ce que c’est le paysan qui devait s’adapter au porc ou le porc au paysan ?
– Maintenant que tu me le dis, je me souviens effectivement d’avoir vu une affiche sur un mur à Anse d’Hainaut, qui représentait un avion larguant des beaux cochons blancs et grassouillets en parachute sur une île ayant la forme d’Haïti avec des gens noirs levant les bras en l’air comme heureux de les recevoir ! Le slogan inscrit était, si je m’en souviens bien: « Lè fini, ya mennen bèl kochon nèf pou tout moun ki vle fè elvaj… » (Lorsque ce sera fini, on apportera de beaux porcs tout neufs pour tous ceux qui veulent faire de l’élevage). Ainsi, est-ce que c’était çà la vision des américains de reconstituer un élevage porcin par l’importation d’une autre race ? N’est-il pas utopiste dans les conditions économiques actuelles du pays ?
– Les Américains ont effectivement proposé qu’Haïti importe des cochons nord-américains. Sauf qu’évidemment ces porcs-là n’avaient pas l’habitude du milieu tropical, et, surtout des conditions de nourriture locale comme la mangue et l’avocat… Ils avaient besoin de tourteaux de soja et de son… qu’il fallait importer également des USA. En tout cas l’abattage systématique de tous les porcs créoles du pays a été un véritable désastre. D’après la Banque Mondiale, dans un rapport de 1982, la dépendance alimentaire de la nation haïtienne vis-à-vis de l’étranger n’a cessé d’augmenter, les importations d’aliments se chiffraient à plus de 50 millions de $ en 1980 contre trois fois moins 6 ans auparavant.
– Et effectivement le gouvernement Duvalier s’en est mis plein dans les poches, au passage, d’après ce que l’on m’a raconté. Le paysan n’a rien a eu !
– Tu as raison, j’ai lu dans le rapport que cet élevage était le fait du petit producteur pour l’essentiel, rien à voir aux élevages communautaires que veulent mettre en place les Américains. Et ceci pour trois raisons: La première, c’est qu’il ne nécessitait qu’un faible investissement en capital. Il n’y avait pas besoin de porcherie et le prix d’achat du porcelet était faible, bien adapté à une société rurale peu monétarisée à cause de la productivité médiocre de ses cultures. La deuxième : c’est que l’alimentation et les soins apportés au porc étaient complémentaires des besoins humains au sein de l’économie agricole. En effet, le porc créole était un bon valorisateur des déchets de certaines cultures, un vrai nettoyeur. Il était en plus comme l’Haïtien, mangeant beaucoup quand il y avait de la nourriture abondante et faisant disette quand celle-ci se faisait rare…
– En fait, si je comprends, le porc créole était en étroite symbiose avec les agro systèmes haïtiens, résultat d’une sélection naturelle de plusieurs siècles !
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Toute la vérité sur le massacre du cochon créole
Le cochon créole est mort de sa belle mort. S'il ne l'était pas en 1984 ou plus tard, économiquement le quatuor mondialisation, Nations Unies, MINUSTHA et l'Environnement aurait raison de lui comme
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