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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La gauche bolivienne a-t-elle enfanté ses fossoyeurs ? Un excellent reportage de Maëlle Mariette

Publié par siel sur 16 Novembre 2019, 16:46pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA, #ECONOMIE, #PEUPLE sans mémoire...

Victime d’un coup d’État, le président bolivien Evo Morales a accepté la proposition de protection du Mexique, qui vient de l’accueillir. Au pouvoir depuis 2006, cette figure de la gauche latino-américaine avait gagné l’élection présidentielle en octobre dernier. La marge avec laquelle il l’avait emporté — dix points d’avance, selon le décompte officiel, lui garantissant une réélection dès le premier tour — a fait l’objet de suspicions de fraude, déclenchant des manifestations de l’opposition, dont certaines franges avaient déjà cherché à le renverser sans succès en 2008. À l’époque, Morales avait pu compter sur une puissante mobilisation populaire (lire aussi « En Amérique latine, l’ère des coups d’Etat en douce »).

En 2019, lâché par la Centrale ouvrière bolivienne, il a finalement accepté l’idée d’un nouveau scrutin, avant que les forces de sécurité ne le renversent. En septembre dernier, notre envoyée spéciale Maëlle Mariette s’intéressait à l’effritement de la base sociale de Morales, sous l’effet de sa propre politique.

La politique d’Evo Morales a créé une classe moyenne florissante

La gauche bolivienne a-t-elle enfanté ses fossoyeurs ?

 

 

EXTRAITS

Selon MM. Arce Catacora et Álvaro García Linera, toute redistribution doit être précédée d’une phase de production, laquelle requiert, d’une part, un niveau minimum de paix sociale et, de l’autre, un marché intérieur dynamique.

Côté paix sociale, les choses n’étaient pas gagnées. Deux ans après son élection, M. Morales essuyait une tentative de coup d’État fomentée par l’oligarchie foncière de la région de Santa Cruz (2). Le pouvoir doit donc composer avec une opposition que les principes démocratiques ne préoccupent pas outre mesure, et trouver le moyen de parvenir à ses fins sans trop froisser. Un exemple. Plutôt que de s’opposer directement au secteur puissant de l’agro-industrie pour venir en aide aux petits producteurs, le pouvoir a créé en 2007 l’Entreprise d’aide à la production d’aliments (Emapa). L’institution rachète aux petits exploitants leur riz, leur blé, leur soja ou leur maïs à des prix supérieurs à ceux du marché quand ils sont trop bas. L’agro-industrie se trouve alors contrainte d’aligner ses prix sur ceux d’Emapa, voire de surenchérir. « Le marché n’est que pure spéculation, résume M. Jorge Guillén, qui dirige Emapa pour la région de Santa Cruz. La fonction d’Emapa consiste à le réguler, même en n’achetant que 15 % de la production totale. » « Le rôle d’Emapa, c’est de contribuer à empêcher l’agro-industrie de fixer seule les prix, complète le vice-président Álvaro García Linera. Bref, à renforcer la position des petits producteurs. L’intervention de l’État équilibre une lutte inégale entre deux secteurs très inégaux économiquement. »

Une logique gagnant-gagnant que l’on retrouve dans les mesures prises pour stimuler le marché intérieur. Dans les rues des centres-villes, les yeux du promeneur sont attirés par de petits panneaux indiquant « Esfuerzo por Bolivia » (Effort pour la Bolivie). Ils signalent les échoppes qui participent à un programme inauguré en 2018 (et reposant sur une loi de 2013) pour favoriser la production locale : lorsque la croissance du produit intérieur brut (PIB) dépasse 4,5 %, les employeurs de personnes dont le revenu est inférieur à un seuil fixé par la loi (15 000 bolivianos par mois en 2018, environ 2 000 euros, soit plus de sept fois le salaire minimum) doivent leur verser un doble aguinaldo, ou double treizième mois. Pour la première fois cette année, les fonctionnaires perçoivent 15 % de la somme à travers une application mobile qui en limite l’utilisation aux produits fabriqués en Bolivie et au règlement d’artisans locaux préalablement enregistrés.

Alors que la mesure avait initialement provoqué l’ire des petits commerçants, qui allaient devoir payer un mois de salaire supplémentaire à leurs employés, les voilà désormais convaincus : « Marchands de chaussures, de ponchos, de glaces… Tout le monde est allé s’enregistrer, nous explique une cliente d’un stand de la rue Max Paredes, l’une des principales artères commerçantes de La Paz. L’application est bien faite : tu peux entrer le nom du produit que tu cherches, et Google Maps t’indique les endroits où tu peux le trouver. Ensuite, tu donnes un code au vendeur pour payer avec son application. L’opération rencontre un tel succès que les petits entrepreneurs racontent n’avoir jamais gagné autant. »

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