Les « classes moyennes » libanaises sont, enfin, particulièrement touchées, et une partie est déjà en train de basculer dans la pauvreté. La Banque mondiale a en effet estimé en novembre qu’un niveau d’inflation de 25 % ferait grimper le taux de pauvreté dans le pays à 50 %, contre 30 % avant la crise.
Leur situation était déjà fragile. « En réalité, le pays n’a pas vraiment de classe moyenne, tant la structure de la société est inégalitaire. Ainsi, les 40 % de la population aux revenus médians ne gagnent en moyenne que 11 500 euros par an, contre 81 500 euros pour le top 10 % », explique Lydia Assouad, auteure de la seule étude récente sur les inégalités dans le pays. Mais depuis la crise, leurs conditions de vie tendent à se dégrader avec « relativement plus d’intensité et de rapidité que chez les plus pauvres, déjà coupés du système bancaire », explique Adib Nehmé.
L’éducation est également un secteur sous tension. Environ 40 000 élèves ont dû quitter en cours d’année l’enseignement privé payant pour l’école publique gratuite, selon le magazine économique libanais Le Commerce du Levant. Une pression supplémentaire sur un système public considéré comme de piètre qualité et déjà en surcapacité, qui fait craindre une déscolarisation des plus vulnérables.
Face à la détresse sociale, les moyens disponibles sont insuffisants. Les ONG, qui ont historiquement remplacé l’État, en l’absence de mécanismes de protection sociale, sont elles-mêmes touchées de plein fouet par la crise. Entre les arriérés de paiement des subventions publiques, le tarissement des sponsors locaux et la baisse des fonds internationaux, notamment accordés au Liban depuis 2011 pour faire face à l’afflux sur son territoire d’environ 1,5 million de réfugiés syriens, les ONG manquent de moyens. Ainsi, alors même que la demande augmente, la plupart n’ont d’autre choix que de baisser leurs activités, voire, pour certaines, de les arrêter complètement. « Nous allons devoir fermer nos centres éducatifs et médicaux si les fonds de l’État que nous attendons depuis un an et deux mois ne sont pas versés bientôt », s’inquiète Nasr Maamari, qui dirige une ONG à Tripoli. De nombreux professionnels du secteur redoutent également une montée des tensions avec les réfugiés syriens. « Si les programmes d’aide ne sont pas adaptés pour répondre à la fois à la nouvelle crise libanaise et à la crise humanitaire syrienne, il existe un vrai risque sécuritaire, explique Yasmina el-Assi. Les Syriens pourraient être désignés comme boucs émissaires. »
Dans ce contexte, beaucoup de Libanais redoutent les conséquences sociales des mesures d’austérité qui pourraient accompagner la mise en œuvre d’un plan du Fonds monétaire internationale (FMI). « Famine, misère, injustice… FMI ne touche pas à mon peuple », pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants qui défilent chaque samedi dans les rues de la capitale.
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