Gad on peyi mezanmi !
Moun mouri pou dan ri
Okenn respè pou lavi
Moun mouri pou dan ri
Anba bal move zangui
Oubyen beton k mal konstwi
Oubyen vye aksidan chofè k pa konn kondui
Oswa nan operasyon doktè bliye on zouti
Woy
Gad on peyi o !
Gad on peyi o !
Ti Mari genyen tranche
Difikilte pou l akouche
Fo l demele l mande prete
Pou l ale nan yon sant sante
Byen konte mal kalkile
Mari mouri anvanl rive
Te gen fouy Lapolis
Yon kanpay kandida
Te gen yon anteman
Tout lari bloke
« Gad on peyi o ! », Tamara Suffren
Scènes de la vie quotidienne prises au hasard
1. Un Président qui, tout sourire, satisfait et flanqué de tous les membres de son gouvernement vient annoncer à la population l’arrivée d’une pandémie sur le territoire ;
2. Un maitre explicateur qui, médecin, illustre scientifique haïtien aux multiples récompenses internationales, dans le feu de l’action, annonce sans états d’âme à la population une hécatombe qu’il considère, d’ores et déjà, inévitable au regard du délabrement du système de santé ;
3. Un homme d’Etat satisfait qui annonce à la population avoir pris les dispositions pour enterrer plus d’un millier de cadavres d’Haïtiennes et d’Haïtiens par jour ; puis un autre qui donne un ultimatum de 72 heures à la population civile d’une zone pour que celle-ci vide ses lieux d’habitation [1] ;
4. Des groupes armés, sous contrôle du pouvoir, qui s’affrontent en plein cœur de la capitale – terrorisent la population – et exposent avec satisfaction les corps éventrés, démembrés de leurs victimes à la face du monde ;
5. Une ancienne puissance impériale, pays ami obsédé du double sens et des malentendus, qui en plein contexte de pandémie mondiale renfloue le compte de malades et de criminels [2].
Ce sont là quelques faits, des scènes, de la vie politique et quotidienne haïtienne pris au hasard des jours, le temps de la pandémie de Covid-19. On pourrait continuer à les égrener tel l’Inventaire de Jacques Prévert et, chemin faisant, avoir recours à un certain usage philosophique de la langue de bois. Cependant telle ne sera pas notre démarche. Ces faits sont pris au hasard mais ils sont là puisque tout raisonnement doit partir du fait. Le projet consiste alors à se demander 1) Qu’est-ce qui lie entre eux ces faits ? 2) Qu’est-ce qui lie ces faits à l’extrait de Tamara Suffren mis en exergue ici ?
Mise au point conceptuelle et notionnelle
Dans un texte publié à la mi-avril sur son blog, notre ami le philosophe Edelyn Dorismond [3], partant du « constat que la gestion du nouveau coronavirus par le gouvernement haïtien actuel laisse entrevoir sa vision de la vie et le sens de la place qu’il attribue au système sanitaire dans l’économie générale de ses politiques publiques » a testé l’hypothèse que la politique haïtienne n’a jamais pensé la vie humaine en tant que "vie bonne" pour le grand nombre. Le projet de l’auteur est de montrer que la politique (haïtienne) est loin d’être une biopolitique dans le sens foucaldien de « gouvernement du vivant ou des vivants, qui s’occupe à certains égards de la vie bonne et qui se donne une certaine éthique ». Pour répondre à la question « Qu’est-ce qu’une vie humaine en Haïti ? », l’amenant à penser le sens du « système sanitaire et médical haïtien », notre philosophe déploie un arsenal conceptuel foucaldien sur le sens de la vie dans la société postesclavagiste haïtienne (…).
Au moment où, à la faveur de l’épidémie de Covid-19, la mort – plus que la vie – est devenue un thème prioritaire de société poussant à la réflexion intellectuelle, le texte de Dorismond a de quoi accrocher. Il aborde effectivement un certain nombre de questions essentielles pouvant contribuer à éclairer la capacité de penser ce qui se passe en Haïti. Il invite à séparer la politique haïtienne de la politique de la vie (aussi bien dans le sens du zoé que du bios).
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Haïti : Dans le rétroviseur des fossoyeurs !
Par James Darbouze* Soumis à AlterPresse le 10 mai 2020 Gad on peyi mezanmi ! Moun mouri pou dan ri Okenn respè pou lavi Moun mouri pou dan ri Anba bal move zangui Oubyen beton k mal konstwi Oubyen
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