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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ayiti-Exit - la nécessité d’arrêter la Caravane du Faire Semblant (8 de 9) Une réflexion passionnante de Alin Louis Hall

Publié par siel sur 24 Juin 2020, 13:36pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #CULTURE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

Sur les premiers pas du nouvel Etat en formation, deux écoles de pensée continuent d’alimenter la réalité discursive. La première affirme que le contexte géopolitique dicta le retour vers le modèle économique de la plantation. Parmi les mesures et dispositions concrètes adoptées, on pourrait citer l’étatisation des moyens de production, la remobilisation de la main d’œuvre et le recensement de la population. Les objectifs du premier gouvernement haïtien ambitionnaient la construction d’un Etat riche, fort et puissant. Cet état d’esprit dominait déjà, l’ordonnance du 9 avril 1804 commissionnant l’érection des dix-huit ouvrages fortifiés. Les pères fondateurs étaient extrêmement préoccupés par le regroupement des débris de l’armée napoléonienne de l’autre côté de la frontière. La proximité de la Jamaïque britannique, des Etats-Unis esclavagistes, des possessions espagnoles dont Cuba et Porto-Rico inquiétait aussi les esprits.

Pour ces motifs, le premier investissement de l’État haïtien a été dans la défense. Aussi, le dirigisme dessalinien déplaça-t-ilstratégiquement vers l’intérieurla nouvelle capitale. Admirablement protégé par la construction de sept forts dont Innocent, Décidé, Culbuté, Docau, Fin du Monde, Nadal et Diamant, Marchand était devenu quasiment inexpugnable. Dessalines se devait lui-même de graver l’intuition de l’année 1791 dans la maçonnerie de la Fin du Monde : « vivre libre ou mourir ». Pour protéger l’indépendance, le militarisme devînt la doctrine officielle de l’Etat. De ce fait, l’organisation intraétatique s’appuya sur l’ancienne ossature militaro-administrative française et la primauté martiale ordonnançait les rapports sociaux. Pour cette génération, l'armée se devait d’être la matrice conceptuelle de la société. On s’explique la réflexion militariste innovante à l’origine de l’édification du système défensif national. L'envergure de la mise en œuvre et la qualité des travaux reflétaient la dimension des enjeux et des défis à relever pour l’époque. Les chantiers tenaient la population sur ses gardes en cas d’un retour éventuel des colons.

Les dix-huit ouvrages fortifiés remplissaient aussi parmi d’autres une fonction sociale importante. Les forts devinrent des monuments funéraires dédiés à la mémoire des généraux divisionnaires. L’infatigable général Christophe dort dans La Citadelle Henri. Le général Magloire Ambroise est enterré dans le Fort Ogé à Jacmel. Le général Laurent Férou a été inhumé au Fort Marfranc à Jérémie. La Citadelle des Platons surplombant la Plaine-du-Fond des Cayes est le lieu desépulture du général Nicolas Geffrard. Au risque de nous répéter, l'Etat militaire créa deux catégories d’Haïtiens et plaça l'homme d'armes hors de portée du droit commun. Ainsi, la disproportion des forces et avantages en faveur de l'armée allait fixer la prépondérance du militaire sur le citoyen. Toutefois, il importe ici de faire un détour pour soulignerque le général Georges Washington avait refusé de devenir le roi que la majorité des Américains réclamaient de lui. Etrange tout de même cette colère que Dessalines piqua pour le titre de capitaine-général que l’amiral Duckworth avait utilisé dans une correspondance au moment même où il venait d’être sacré empereur au même titre que Napoléon[1].

En Haïti, la pédagogie coloniale a fait du pouvoir l’essence de la vie. Lisons ce passage de Beaubrun Ardouin relatif au 1er anniversaire de l’indépendance :

« Au moment de l’arrivée de l’empereur sur la place d’armes et près de l’autel de la patrie où il allait monter, Christophe commanda aux troupes de s’agenouiller pour lui présenter les armes ; ce fut désormais une règle établie, pour toute occasion où l’empereur paraîtrait devant un corps quelconque[2] ».

Dans une ambiance pareille, on s’explique que l’investissement en capital humain ait été négligé. Aussi, devient-il aiser de comprendre pourquoi les recommandations établissant la suprématie du pouvoir civil sur le militaire aient été rejetées d’un revers de main. Sténio Vincent rapporta dans son ouvrage « En posant les jalons » que Dessalines troqua son titre de gouverneur général pour celui d'Empereur en septembre 1804 ; de nombreux affranchis se mirent alors en tête qu'une noblesse allait être créée. Ils se voyaient déjà princes, ducs, comtes, marquis, etc.  Informé des prétentions des « grandes familles », l’empereur affirma : « Je suis le seul noble en Haïti. » 

SUITE dans le lien.

 

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