Armando Boito, professeur titulaire de Sciences politiques à l’Université publique de Campinas (Unicamp) et éditeur de la revue critique marxiste, pense que Bolsonaro devra faire face à une année difficile: deuxième vague de coronavirus, des records de chômage et le départ de Trump.
Les récentes élections locales ont été un revers pour le président Jair Bolsonaro?
Jair Bolsonaro est sorti de cette élection diminué mais ceux qui ont obtenu le plus grand nombre de préfectures, ceux qui ont recueilli le plus grand nombre de votes, ce sont les partis de la droite traditionnelle et de la droite néo-libérale. Alors, le président est apparu affaibli car dans les principales villes où il a appuyé des candidats , la majeure partie d’entre eux a subi un échec. Mais celle qui sort victorieuse de cette élection, c’est bien la droite. La gauche stagne d’après le résultat d’ensemble; en effet, le PC du Brésil (PCdoB) a perdu la moitié de ses voix, le PSOL a progressé et le PT a un peu baissé.
Comment évaluer la position du gouvernement de Bolsonaro à l’heure actuelle?
La position actuelle de Bolsonaro est stable. C’est à dire, entre avril et mai, il a fait face à une offensive pour le renverser, avec des manifestations qui demandaient la fermeture du Congrès National et du Tribunal Suprême. Mais, de façon surprenante, le président de la Chambre des députés, même dans ces circonstances, n’en est pas arrivé à ouvrir un processus d’impeachment contre Bolsonaro. Alors, celui-ci a choisi une offensive forte mais il s’est vu obligé à reculer du fait de la résistance dans les rangs-mêmes de la droite traditionnelle, la néo-libérale, la physiologique, les professionnels de la politique de la bourgeoisie et des institutions de l’Etat.
Bolsonaro a reculé en pactisant avec la droite traditionnelle et il a amélioré sa popularité grâce à l’aide d’urgence qui a été apportée aux travailleurs durant la pandémie, aide qui a effectivement été importante et touchait près de 63 millions de Brésiliens; elle correspondait à plus d’un demi salaire minimum par mois. Aujourd’hui, il se trouve dans une situation relativement stable. Mais la perspective pour son gouvernement est très sombre, car nous traversons la deuxième vague de la pandémie, et elle est très grave; quant au chômage, il atteint un record dans l’histoire du capitalisme brésilien.
Comment évaluer le panorama politique de la gauche, de Lula et du PT en ce moment?
La gauche a stagné dans les élections municipales mais pour les présidentielles, tout peut changer. La gauche et le centre gauche du Brésil sont très forts lors des élections présidentielles, ceci est si vrai que sur les cinq dernières élections, le PT en a gagné quatre. En revanche, lors des élections municipales et législatives la gauche est électoralement très faible. Durant les quatre gouvernements du PT, ce fut en 2002 que le PT eut le plus grand nombre de députés, il a obtenu 91 sièges de députés, ce fut son score record, sur les 513 députés. Cela n’est rien… Et aux élections municipales, le même phénomène se reproduit. Le centre gauche brésilien représenté par le PT peut arriver en 2022 avec un candidat compétitif et gagner. En particulier, parce qu’ici, la situation va beaucoup s’aggraver durant 2021.
Trump a été un allié important pour des leaders tel que Bolsonaro. Le changement à la Maison Blanche aura-t-il des répercussions au Brésil?
L’échec de Trump aura comme conséquence que Bolsonaro perdra une arrière-garde très importante. Depuis que Bolsonaro a assumé le gouvernement, lui et son fils (président de la commission des relations extérieures à la chambre des députés), tout comme les idéologues fascistes alliés à son gouvernement, ont été interpellés sur le fait que le gouvernement de Bolsonaro était en train de négocier avec la Chine et des pays du Moyen Orient. Celui-ci a répondu que cette critique était justifiée par le fait qu’à l’échelle du monde, les relations étaient en train de changer. Cela voulait simplement dire qu’ils voulaient continuer à développer ses relations extérieures. Mais, avec l’échec de Trump, même la possibilité de mener ce type de politiques se voit restreinte. De plus, Biden a déclaré qu’il exercera des pressions contre le gouvernement de Bolsonaro du fait qu’il permet une plus grande déforestation en Amazonie, de telle sorte que de fortes pressions s’annoncent. Ceci constitue un autre facteur qui montre que, pour 2021, la perspective pour le gouvernement de Bolsonaro est assez sombre.
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