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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Archives 2019.Haïti/Les racines historiques de l’État duvalierien de Michel-Rolphe Trouillot : une prescription pour ceux que la crise pourrait faire broyer du noir

Publié par Guy Marcel Craan* sur 19 Mars 2021, 21:27pm

Catégories : #AYITI EXTREME DROITE, #AYITI ROSE RAKET, #AYITI ECONOMIE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

Archives 2019.Haïti/Les racines historiques de l’État duvalierien de Michel-Rolphe Trouillot : une prescription pour ceux que la crise pourrait faire broyer du noir

Soumis à AlterPresse le 14 septembre 2019

Sans repère fiable, l’exacerbation de la crise séculaire que nous vivons pourrait nous plonger dans la déprime. Le mécontentement général de la population que l’opposition n’arrive pas à capitaliser, l’incapacité des opérateurs du système à produire le moindre résultat probant, le cynisme des soi-disant États Amis d’Haïti. Ce cocktail mortifère peut vous désorienter ou vous pousser vers des raccourcis dangereux comme aller hurler avec les loups ou laisser le champ libre aux néo-esclavagistes, aux néo-colonialistes ou à leurs versions actualisées « deux-point-zéro ».

La machine idéologique de ce système inique, mobilise une horde de propagandistes qui relaient les messages d’aliénation et de résignation indispensables à sa survie (évangéliste, éditorialiste, mikroman, exégètes, animateurs de talk-show etc.). Ceux qui sont exposés à ce matraquage peuvent facilement sombrer dans le désespoir, abandonner la lutte initiée par les esclaves, les marrons et les paysans qui jusqu’à aujourd’hui n’a pas abouti à la société de liberté et d’égalité dont ils rêvaient.

Lire ou relire « les racines historiques de l’état duvalierien » peut vous être salutaire. Maurice Sixto aurait dit « pour l’hygiène mentale ». Michel Rolph Trouillot nous offre une grille d’analyse pour comprendre le passé, le présent et même le futur. Oui ! Le futur, quand il écrivait en 1986 que la chute de Duvalier était notre jour de chance, 30 ans après ses hypothèses ont été vérifiées et nous n’avions pas saisi cette chance.

A tort, les duvalieristes n’ont pas eu le courage de lire cet essai, craignant de se voir vilain dans ce miroir. Ceux qui combattaient Duvalier en lisant entre les lignes ont cru déceler leur profil. De plus, en convoquant Gramsci dans le cadre conceptuel, les petits bourgeois ont vu rouge. Alors on comprend pourquoi ce livre n’a pas été un best-seller en librairie. Les partis politiques ne l’ont pas utilisé comme bréviaire pour former les militants. Malgré l’agitation de la jeunesse universitaire dans les années 1986-1994, il n’y a pas eu de débat sur cet essai. Notre forte tradition de l’oralité n’a pas colporté les hypothèses soutenues par Michel-Rolph Trouillot.

Le problème, pour employer un jargon adoré par les dictateurs et leurs suppôts, Michel-Rolph Trouillot est un subversif, il a livré les codes pour décrypter les régimes politiques haïtiens. En plus du squelette des politiques (s’ils en ont, évidemment), il permet de visualiser leurs viscères et même ce qu’ils contiennent.

Parmi les codes livrés par Trouillot, il y a cette mise en garde face à « la tendance de nos historiens à grossir démesurément le rôle de la politique dans la marche de la Nation. Ils marquent les étapes de notre évolution de peuple avec des changements de régime, au point de masquer les continuités plus profondes ». Ce constat dérange nos politiciens, il permet au lecteur de voir qu’un régime ou un leader peut-être plus brutal qu’un autre mais le système de production de pauvreté et d’inégalité demeure. Trouillot poursuit en identifiant les acteurs du système, les enjeux, leurs stratégies, leurs modes opératoires, tout est scruté.

En ce qui a trait aux acteurs, il attire notre attention sur la question de doublure qui de nos jours est plus que jamais d’actualité. La doublure est doublée, dit-il. Ainsi, il ne faut pas voir Sam, Ariane, Benjamin, Gamal, Leonidas ou Sedye mais plutôt, de quels pays amis, ils importent leurs marchandises. (il ne faut pas oublier que la criminalité transnationale est aussi une puissance sans pavillon). Certes, ils ne pourront plus faire appel à leurs donneurs d’ordre pour faire entrer leurs bateaux de guerre dans la rade de Port-au-Prince. Les temps ont changé les moyens de dissuasion sont plus subtiles : les droits de l’homme, l’accès aux emprunts, l’embargo, les tarifs douaniers et en dernier lieu article de 7 de la charte de Nations Unies. Dans le jeu des acteurs, il y a aussi la posture nationaliste. Les discours qui ne sont que des appels du pied ou de simples cris de ralliement des partisans.

Les stratégies sont aussi révélées : L’État contre la Nation, Plantation/Jardin, Production nationale/Importation, Impôt indirect versus impôt direct, tous ces antagonismes bien illustrés avec les faits historiques pertinents. 
« Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis à titre d’illustration, il nous signale « en 1972, L’État haïtien tirait 8% de ses revenus (soit 22 millions de gourdes par an) des taxes indirectes sur la farine et le sucre et 9,6% des impôts caféiers (soit 26,7 millions de gourdes). A la même époque, pourtant, l’État tirait seulement 15,6 millions de gourdes de toutes les compagnies industrielles, commerciales et agricoles opérant dans le pays (5,6%) »
Que dire aujourd’hui des franchises et de la tendance à multiplier les zones franches.

Suite dans le lien.

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