Qui donc ira jeter des fleurs
au pont Rouge
à Vertières
au Champ de Mars
Les offrandes coulées dans la honte
blessent
Les yeux ne portent pas le printemps
si la nuit n'annonce
l'aurore prévue
Tant de bruits arrimés sur nos têtes
le ciel se rétrécit
tant de jeux sévères dans nos rues
les enfants vieillissent
Moi je maudis le manège qui sabre
qui sourit qui bénit
et qui tue
Qui donc l'opprobe au front
ose jeter des fleurs à Vertières au Pont Rouge
Les dieux habitent des vertiges
où n'entrent pas les flétrissures
In "Caraïbe "de René Philoctète paru aux Editions Mémoire en novembre 1995.
"Editer "Caraïbe" de l'écrivain et poète René Philoctète quelque quatre mois après sa mort est une manière de lutter contre le silence qui pèse sur cette oeuvre, l'une des grandes aventures de l'écriture du XXIème siècle. L'oeuvre abandonnée à la parole facile des procurateurs, n'a pas trouvé la " germinaison" dont rêvait le poète. Mis à l'écart des festins et prix littéraires, cette oeuvre a porté le ferment de la solitude : la difficulté de l'écrivain haïtien, rejeté des hauts-lieux de la francophonie et des plans éditoriaux nationaux(!) "
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