Le possessif de Benoît Aubin
(voir journal de Montréal du 4 mars 2008)
J'ai un peu de la peine à digérer l'article de Benoît Aubin intitulé « Nos Nègres québécois ». Que cela soit dit en passant, je suis fière d'être Noire et africaine, mais aussi fière d'être Québécoise. Par ailleurs, Monsieur Aubin, malgré sa bonne foi, n'a pas pu se rendre compte du sens péjoratif de l' adjectif possessif «Nos »et du nom commun «Nègre » composant son syntagme nominal « Nos Nègres québécois ». Allons - nous expliquer à Benoît Aubin, journaliste de son état, que le nom commun français «nègre» dérivé du portugais negro et désignant un homme noir, est devenu un terme péjoratif suite au trafic le plus odieux de l'histoire de l'humanité et que sa sémantique devient obscure lorsqu'il est déterminé par un possessif du genre «nos»?
C'est vrai, les adjectifs possessifs sont ceux qui déterminent le nom en indiquant en général une idée d'appartenance. Nénmoins, quand il faut éviter l'équivoque, le possessif devra être remplacé par l'article défini, surtout lorsqu'il s'agit du mot désignant une race. L'équivocité est remarquable dans ce cas précis: Les Nègres appartiennent-ils aux Québécois ou sont-ils québécois? Dans le syntagme nominal « Nos nègres québécois », l'adjectif possessif a pris une valeur expressive qui marquerait, bon gré, mal gré, soit le mépris, soit l'ironie de la personne qui écrit.
Cependant, le possessif de Monsieur Aubin marquerait, non pas strictement l'appartenance comme qui dirait «Mon Nègre ou mon Africain à l'instar de mon chien ou mon chat, mais plutôt divers rapports. Dans ce cas-ci , l'article défini est réquis: Les Nègres québécois.
Comme le possessif de Monsieur Aubin a une valeur expressive qui marque relativement à l'être «homme noir ou femme noire», et non à la chose «nègre» l'intérêt et l'affection, et non pas la soumission, le mépris ou l'ironie, il pourrait s'éclipser, souffrir d'être valablement remplacé par le défini « les » et le nègre, un terme à tendance péjorative, par Noir: Les Noirs québécois. C'est-à-dire, les Noirs sont québécois, ils se considèrent Québécois, ils appartiennent au Québéc.
Au révoir Monsieur Aubin.
Régine Alende Tshombokongo
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