Extrait :
Fondation de Hollywood
Ils chevauchent, masqués, tuniques blanches, croix blanches, torches levées : les Noirs, avides de femmes blanches, tremblent devant ces cavaliers vengeurs, défenseurs de la vertu des dames et de l’honneur des hommes.
Alors que les lynchages battent leur plein, le film de David Wark Griffith, La Naissance d’une nation, est un hymne incantatoire au Ku Klux Klan.
Ce film est la première superproduction hollywoodienne et le plus grand succès financier du cinéma muet. Ce fut également le premier film dont la première eut lieu à la Maison Blanche. Le président Thomas Woodrow Wilson l’applaudit debout. Il applaudit le film, il s’applaudit lui-même : ce chantre de la liberté était l’auteur des principaux textes qui accompagnent les images épiques.
Les mots du président expliquent que l’émancipation des esclaves fut, « dans le Sud, un véritable renversement de civilisation », le Sud blanc foulé au pied par le Sud noir.
Depuis lors régna le chaos car les Noirs « sont des hommes qui ignorent les usages de l’autorité et n’en retiennent que les insolences ». Mais le président laisse entrevoir une lueur d’espoir : un grand Ku Klux Klan a enfin vu le jour.
Et à la fin du film, Jésus lui-même descend du ciel pour donner sa bénédiction.
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