Bientôt le Salon du Livre.
Des livres, il y en a beaucoup qui paraissent tous les ans
E puis, il y a les classiques, je veux dire ceux qui ne peuvrent pas ne pas faire partie de notre bibliothèque.
Romans, Essais, Recueil de poèmes et autres productions littéraires.
En vrac un petit apperçu des incontournables.
Savez-vous que le philosophe Heidegger a écrit : " Qu'appelle-t-on-penser ?"
Savez-vous que notre cher, courageux et beau Edward Saïd avait dit que, pour nous autres qui étions en marge des empires, la lecture des "classiques" de la littérature occidentale nous mettait face, bien souvent, au racisme, aux préjugés des auteurs. Saïd disait que tout en respectant, aimant ou même admirant la prose de ces auteurs, nous ne devions pas ne pas regarder ce qu'elle pouvait véhiculer comme images négatives des non-ocidentaux, comme "promotion" de la suprématie des valeurs culturelles occidentales.
Edward Saïd a bien parlé de tout ça dans un livre que j'adore :Culture et Impérialisme
Edward Saïd, Culture et impérialisme
http://www.parutions.com/pages/1-4-7-928.html Et justement Saïd parle beaucoup de Frantz Fanon, du travail de réflexion qu'il a fait en général sur les exclus, les dominés, les aliénés J'ai remarqué qu'il y avait une sorte de fil entre des auteurs parfois venant d'horizons différents, Fanon est de la Martinique, Saïd de la Palestine. Mais Saïd est comme un fils qui interroge, poursuit et enrichit le travail du père. J'aime bien quand il y a transmission, passage à témoins,cemouvement donne un sens à la vie. Comme si la parole s'incurvait, se déplaçait, s'approfondissait, s'asséchait parfois mais reprenait son cours au fil des ans et des continents. C'est ce qui a gravement manqué à Haïti avec les 29ans des Duvalier qui ont créé une rupture dans la transmission.
Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre.
Frantz Fanon Peaux noires masques blancs Il y a une autre Edouard dont je parle ici fort souvent c'est Edouardo Galeano. Lui a écrit un autre livre, qui s'appelle en version française : "Les veines ouvertes de l'Amérique Latine" A partir de documents d'archives
Galéano traverse dans l'espace et le temps les malheurs du continent de l'arrivée des Conquistadors jusqu'au 20siècle. C'est le récit du pillage, années après années de l'Amérique Latine et des Caraïbes. D'où le titre. Evidemment le livre ne couvre pas tout, Galeano a choisi des histoires, des moments qui lui ont paru emblématiques des violences coloniales. Haïti, qui a eu son compte de " veines ouvertes.", n'est pas oubliée. Mezami, ce livre-ci, il faut absolument le lire. Ca vous permet de tenir la tête droite - même si votre pays est démonisé. Ca vous permet de comprendre dans quel monde on vit et le pourquoi et le comment de l'évolution de nos pays. Ca vous emmène très, très loin des histoires de Moloch Tropical, de Royal Bonbon et autres GNB contre Attila.
Edouardo Galeano, Les Veines ouvertes de l'Amérique Latine E
t puis, il ne faut pas oublier le Edouard de la Martinique, Edouard Glissant et son bouquin totalement d'actualité par rapport aux événements qui secouent les populations de la France dite ultramarine. Son livre, " Le discours antillais", lui aussi dans la filiation de Fanon raconte le malaise identitaire des Antillais. Je me souviens de cette anecdote révélatrice, dans laquelle il racontre l'intrusion d'un clochard Blanc dans une salle de classe à la Martinique. Et des élèves qui se lèvent et disent en choeur "Bonjour Monsieur l'Inspecteur". Un Blanc dans ces jeunes têtes bien formatées ne pouvait être que supérieur, donc dans le cadre scolaire : inspecteur. Ce qui nous ramène par ricochet au sublime écrivain haïtien, encore un candidat au titre de "trésor national vivant", qui quelques semaines avant l'explosion en Guadeloupe avait montré - et il revendiquait son exploit dans sa chronique du Nouvelliste- à ses élèves des photos de belles maisons et de belles routes dans l'ile, pour faire rentrer dans ces petites têtes haïtiennes, par comparaison, l'immensité de notre médiocrité à nous autres Haïtiens. Ces écrivains, artistes, intellectuels haïtiens qui, depuis 2004, ont le vent en poupe, je n'arrive absolument pas à comprendre le pourquoi d'un tel déni de l'Histoire passée et contemporaine d'Haïti. Quel est ce vent mauvais qui les pousse et qui les a mis tête en bas?

Edouard Glissant, Le Discours antillais
Bonne lecture !
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