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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Le racisme au Brésil : jusqu’où ? (2)

Publié par Elsie HAAS sur 6 Janvier 2007, 14:47pm

Catégories : #RACISME




L’une des plus complètes études sur le racisme au Brésil, ou l’une de celles qui a le plus nourri de controverses et d’indignation, tant du côté des élites blanches que du mouvement Noir, est un reportage sur le racisme réalisé il y a neuf ans par la Folha de São Paulo et l’Institut de Sondages Datafolha, et publié dans l’ouvrage Racismo Cordial ([Un racisme cordial] - Cleusa Turra, Editora Ática. 1998, p. 208). L’un des résultats les plus surprenants est que, même s’il n’y a que 10% des individus qui assument le fait d’être racistes, 87% des personnes interrogées laissent percer une forme ou une autre de préjugé par leur adhésion à des déclarations tendancieuses ou reconnaissent avoir déjà eu par le passé une forme ou une autre de comportement raciste.

Ce qui reste encore mal défini, c’est la part du racisme au Brésil et la façon dont il se manifeste dans notre société. Le racisme est devenu si subliminal qu’il est difficile à repérer. L’image des Noirs dans les livres, les feuilletons, sur le marché du travail et dans différents secteurs de la société, reste infériorisée par rapport à celle des Blancs. D’après le dernier recensement de l’IBGE (pour lui les Noirs sont ceux qui s’auto-déclarent Noirs ou « foncés »), les Noirs représentent 45% de la population brésilienne. Ce qui veut dire que, presque la moitié du Brésil, du fait d’être Noire, fait chaque jour l’expérience de la discrimination et de moindres chances en matière d’emploi et de moyens de subsistance. C’est un fait : un homme Noir de niveau scolaire moyen gagne moins qu’un homme Blanc et qu’une femme Blanche, de niveau égal, devançant les femmes Noires qui gagnent moins que tout le monde. C’est ce que montre bien la chanson A Carne [la Viande] de Marcelo Yuka, Seu Jorge et Wilson Appellate, que chante Elza Soares, quand elle rappelle que “la viande la moins chère du marché, c’est la viande noire...”.

La solution, pour la conseillère municipale PT Claudete Alves, ce n’est pas de fermer les yeux sur la question raciale et de ne pas bouger, comme si tout allait bien, mais plutôt de placer la question de la discrimination raciale au centre des discussions politiques pour venir à bout des inégalités sociales et économiques. Claudete Alves affirme également que “chaque Noir, particulièrement ceux qui agissent dans la sphère parlementaire, a l’obligation de toujours mettre en avant la question raciale”. D’après l’étude Discriminação racial e justiça criminal em São Paulo ([Discrimination raciale et justice criminelle à São Paulo] - Sérgio Adorno, 1995, p. 26 -, publiée par le CEBRAP - Centre Brésilien d’Analyse et de Planification), les préjugés existent bel et bien, mais ils sont tellement occultés par le mythe de la démocratie raciale qu’il devient difficile d’établir un profil de la discrimination. Du coup, le type d’action à mener pour combattre le racisme reste incertain. C’est comme inventer un vaccin unique contre un virus qui aurait de multiples formes.

Démocratie raciale

Bien que l’on attribue le terme “démocratie raciale” à Gilberto Freyre, l’un des spécialistes le plus souvent cité lorsque l’on parle de la question raciale, on ne retrouve ce concept dans aucun de ses ouvrages majeurs, ce terme n’étant présent que dans la littérature scientifique, surtout dans les années 50.

G. Freyre dit dans une interview donnée en 1980 à la journalise Lêda Rivas, qu’il “n’y a pas purement et simplement de démocratie au Brésil, ni raciale, ni sociale, ni politique, mais... qu’ici on s’approche beaucoup plus de la démocratie raciale que dans n’importe quelle autre partie du monde”. Pour lui, la démocratie raciale au Brésil est ce qui a le plus de chance de devenir une réalité, se basant, pour ce faire, sur la façon dont on traitait les Noirs à l’époque de l’esclavage, si l’on s’en tient à la façon cordiale dont le faisaient les Portugais, et au fait que les Noirs, ici au Brésil, jouissent d’un traitement différent par rapport à d’autres pays : ils peuvent s’asseoir à côté d’un Blanc dans le bus, au stade etc.

Quelques auteurs spécialistes de la question du racisme au Brésil, montrent comment l’idée de démocratie raciale s’est faite jour, au fil des ans, depuis l’abolition de l’esclavage. Pour Elide Bastos, dans son livre A Questão Racial e a Revolução Burguesa ([La Question raciale et la Révolution Bourgeoise] - Unesp, 1987, p. 147), "le mythe de la démocratie raciale s’est lentement enraciné dans l’histoire du Brésil par le biais d’affirmations qualifiant le traitement accordé aux esclaves de ‘doux’, ‘chrétien’ et ‘humain’, ce qui ne deviendra plus clair et plus lisible aux yeux de tous qu’avec l’Abolition de l’esclavage et l’instauration de la République". D’après George Reid Andrews, auteur du livre Negros e Brancos em São Paulo ([Noirs et Blancs à São Paulo] - 1998, Edusp, p 203), le sens de la démocratie raciale "a clairement pris corps dès les premières décennies du 20e siècle, et ses racines remontent au siècle précédent où les barrières imposées aux Noirs sous la domination coloniale portugaise furent clairement déclarées illégales ou tombèrent tout simplement en désuétude". Pour sa part, l’écrivain Antônio Sérgio Guimarães, affirmait dans le livre Democracia Hoje ; Novos Desafios para a Teoria Democrática Contemporânea ([La Démocratie Aujourd’hui ; Nouveaux Défis à la Théorie Démocratique Contemporaine] - Universidade de Brasília, 2001, p. 390), que le mythe de la démocratie raciale s’est développé dans les premières années du 20e siècle, où on assista à une tentative de dépasser le traumatisme de l’esclavage.

Nelson Rodrigues dénonçait ce qui se cache derrière les apparences, mettant le doigt sur une farce dont les Brésiliens s’enorgueillissent bien souvent - à savoir, la croyance qu’au Brésil, on vit dans une démocratie raciale. Les préjugés contre la population Noire, en fonction d’un mythe qui les contredit, les rend difficile à combattre. Dans une de ses déclarations, Nelson Rodrigues dit : “Nous ne pourchassons pas les Noirs à coup de bâtons au beau milieu de la rue comme aux Etats-Unis, mais nous faisons quelque chose de peut-être pire. La vie du Noir brésilien n’est qu’un tissu d’humiliations. Nous le traitons avec une cordialité qui n’est que le lâche déguisement d’un mépris qui fermente en nous, jour et nuit”.

Selon l’anthropologue Kabenguele Munanga, dans son livre Negritudes (Edusp, 1996, p. 34), pour connaître le racisme au Brésil, il faut revenir sur le passé de notre pays et analyser comment s’est construite notre histoire, comprendre l’association de l’idéologie du blanchissement et de la démocratie raciale et réfléchir au système de hiérarchisation sociale qui associe ‘couleur’, standing et classe.

Sources : http://www.autresbresils.net/article.php3?id_article=107


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