Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Bolivie.Ombres et lumières de la première année de gouvernement d’Evo Morales

Publié par Elsie HAAS sur 20 Février 2007, 13:05pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA


Le 22 janvier 2006, Evo Morales, dirigeant syndical indigène, a pris ses fonctions de président de la République avec une profusion enviable de réjouissances populaires, au niveau national et international. Aujourd’hui, après un an de gestion, il est opportun d’identifier les réussites et les faux pas du chemin parcouru jusqu’à présent.

par Jubenal Quispe

Parmi les réussites, on peut souligner les points suivants :

Contre tous les pronostics des analystes médiatiques les plus érudits, l’État bolivien a établi sa souveraineté sur les hydrocarbures. Cette décision a quintuplé les revenus pour le pays, faisant passer les recettes dans le domaine des hydrocarbures de 300 à 1,5 milliards de dollars. Il n’y a eu ni procès internationaux contre l’État, ni fuite des entreprises pétrolières - contrairement à ce que disaient de manière menaçante faiseurs d’opinion et médias. Avec les nouveaux contrats sur les hydrocarbures, les entreprises pétrolières se sont soumises à contrecoeur à la volonté de l’État. Avec les revenus de la troisième nationalisation des hydrocarbures et des exportations dans d’autres secteurs, la Bolivie a terminé l’année 2006 avec un excédent budgétaire de près de trois milliards de dollars, une situation inconnue pour le Trésor de l’État durant les dernières décennies.

— Davantage de professeurs et de médecins ont été recrutés et leurs salaires ont été respectivement augmentés de 5 et 7%.

— Tous les élèves des écoles publiques ont reçu et recevront 200 bolivianos [environ 20 euros, ndlr] par an jusqu’à l’âge de 10 ans. Près de 1,2 millions d’enfants ont bénéficié de cette allocation en 2006.

— Les familles les plus pauvres ont eu droit et ont droit au tarif solidaire en ce qui concerne la consommation d’énergie électrique.

— La Banque de développement pour les petites et moyennes entreprises a été créée.

— De par ces succès économiques, la Banque Mondiale (BM) a reconnu le gouvernement d’Evo Morales comme un des gouvernements les plus responsables et les plus transparents de la région.

— Plusieurs dizaines de milliers de Bolivien-ne-s ont pu échapper à la tyrannie de l’analphabétisme grâce au projet d’alphabétisation « Yo Sí Puedo » [méthode cubaine, ndlr]. Un nombre comparable de personnes, exclues de par le libre marché de la médecine, ont retrouvé la vue avec le projet « Opération Miracle » (« Operación Milagro »). Ces projets sont financés par les gouvernements du Venezuela et de Cuba. L’objectif du gouvernement est de libérer complètement la Bolivie de l’analphabétisme d’ici deux ans.

— A partir de cette année, également, tous les Bolivien-ne-s de 0 à 21 ans auront droit à une assurance-maladie gratuite.

— L’austérité économique dans l’administration publique est aussi une donnée morale inédite. Les hauts fonctionnaires des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ont vu leurs hauts salaires réduits, ne pouvant s’opposer à ce que le Président avait lui-même fait, en diminuant son propre salaire de 50%. La caisse des « dépenses réservées » qui étaient utilisées autrefois pour corrompre, acheter ou faire taire les consciences a été supprimée par le gouvernement actuel.

— Une autre mesure très importante pour les agriculteurs paysans et indigènes est l’approbation de la Loi de reconduction communautaire de la réforme agraire. Par cette loi, on tente de mettre fin à l’accaparement immoral des terres non cultivées par les grands propriétaires terriens et de promouvoir la propriété collective de la terre. Il ne faut pas oublier que l’injuste distribution des terres est l’une des principales causes de la pauvreté dans le pays. Cette mesure, qui a réduit à néant l’opposition politique déjà annihilée, a alimenté encore plus la guerre sans quartiers des médias contre le gouvernement, soumettant ainsi toute la population à une dictature médiatique rarement vue dans notre histoire nationale.

Evo Morales, par les vertus, les rêves et l’identité qu’il incarne, a éveillé chez les indigènes stigmatisés la fierté et la volonté d’être eux-mêmes. La Bolivie a vécu et continue de vivre une sorte de schizophrénie culturelle, en reniant continuellement son identité indigène et en rêvant d’une identité nord-américaine ou européenne. Désormais, avec un président indigène, cette pathologie collective commence à guérir. Beaucoup affirment : « Si Evo a pu le faire, pourquoi pas moi ? ». C’est peut-être l’apport le plus significatif du président Evo Morales pour la nouvelle citoyenneté.

— En ce qui concerne la corruption, jusqu’en 2004-2005, la Bolivie était reconnue comme la championne ou vice-championne de la corruption publique dans le monde. Aujourd’hui, selon le rapport de Transparency International, la Bolivie occupe le 13e rang de la corruption au niveau international. Le gouvernement présente actuellement au Congrès national le projet de loi Marcelo Quiroga Santa Cruz pour la révision des fortunes des ex-présidents et des ex-fonctionnaires publics avec un caractère rétroactif. Cette mesure, si elle est adoptée, donnera lieu aux batailles les plus truculentes contre le gouvernement de la part des personnes affectées.

— Un autre succès très important du gouvernement est d’avoir désentravé le processus de l’Assemblée constituante que les partis politiques traditionnels avaient bloqué depuis presque deux ans. Il dépendra désormais des constituants pour que ce processus atteigne les objectifs rêvés.

— Il ne faut pas oublier que l’une des mesures prises par le gouvernement pour sortir de la dangereuse rupture entre l’État et la société a été de recourir en permanence à ses bases sociales pour consulter et rendre compte de ses mesures.

Parmi les échecs ou faux-pas commis durant la première année de mandat d’Evo Morales, on peut mentionner :

— La confrontation persistante avec tous ceux qui lui ont déclaré la guerre médiatique. Les ennemis du gouvernement se seraient moins renforcés si Evo avait misé davantage sur le consensus plutôt que sur la confrontation permanente. Les révolutions et les changements se font petit à petit. Après tout, Rome ne s’est pas construite en un an. Il a eu et il y aura le conflit d’intérêts entre les riches et les pauvres, entre les « citoyens appelés à gouverner » et les indiens et entre les différentes classes sociales. La confrontation excluante dans laquelle nous nous trouvons n’est pas de la seule faute du gouvernement actuel. Mais la solidarité économique, politique et sociale ne sera possible que par la voie du consensus et la persuasion, pas par la confrontation.

Une autre faiblesse du gouvernement a été et est l’hétérogénéité des tendances idéologiques qui cohabitent au sein du palais présidentiel. Certaines plus radicales que d’autres. C’est peut-être de là que vient l’attitude de confrontation permanente. Une situation qui a pris une grande dimension de par l’absence d’une politique nationale de communication. Etait-il nécessaire de s’élever contre la hiérarchie catholique ou contre les mineurs coopérativistes ? Pourquoi l’ultime et affligeante confrontation politique à Cochabamba ?

— Que cela soit par manque d’expérience ou par absence de coordination avec les autorités locales, la mise en œuvre par le gouvernement des prévisions budgétaires a été faible. Il y a eu croissance au niveau macroéconomique et le Trésor général a dégagé un excédent mais la situation de l’économie familiale s’empire subrepticement. L’exode collectif de nos compatriotes à l’étranger dépasse déjà les 25% de la population nationale.

— Il y a eu des morts à Oruro, dans les Yungas de Vandiola, à Huanuni et à Cochabamba. La population a exigé et continue à exiger enquêtes et sanctions pour les responsables, mais il n’y a pas de résultat qui rassasie la soif de justice. Une enquête est-elle en cours sur ces affaires ? (...) Il n’y aura réconciliation et paix nationale que s’il y a justice sociale.

— Une autre erreur du gouvernement a été de s’opposer aux autonomies [départementales réclamées majoritairement par la droite, ndlr]. Les autonomies sont bonnes, dans la mesure où elles démocratisent le pouvoir et promeuvent le développement et le contrôle social pour les gouvernements locaux. La question se situe dans les compétences et obligations que la nouvelle constitution politique octroiera aux gouvernements autonomes à leurs différents niveaux.

Une année, c’est insuffisant pour accomplir des changements transcendantaux. Encore plus dans des sociétés aux intérêts aussi superposés que celle de notre pays. Mais il n’y a pas de chemin trop court pour célébrer nos réussites et espérances et corriger nos erreurs ou omissions.


RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/

Source : Bolpress (www.bolpress.com), janvier 2007.

Traduction : le Comité de Solidarité ‘Trois Rivières’ (http://www.cs3r.org/) a traduit des extraits. L’équipe du RISAL a relu et complété cette traduction.
Site hébergé par DOMAINE PUBLIC, réalisé avec SPIP, sous LICENCE DE LOGICIEL LIBRE(GPL),optimisé pour FIREFOX. Webmaistre: Frédéric LEVEQUE.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents