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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Christiane Taubira ex-candidate aux présidentielles

Publié par Elsie HAAS sur 20 Mars 2007, 15:35pm

Catégories : #INTERNATIONAL

Christiane Taubira, députée de Guyane, apparentée PS
"Je ne veux pas être complice d'une nouvelle imposture"
LE MONDE | 09.03.06 | 13h55



Serez-vous de nouveau candidate à l'élection présidentielle ?
Je n'ai pas pris de décision. Je n'ai pas les moyens de le faire compte tenu de l'état de perturbation et d'indécision de la gauche, et en particulier du Parti socialiste, qui est dans la tourmente. On ne peut rempiler pour un bail avec la droite. Mais comment faire pour que soient menées des politiques publiques de gauche en 2007 ? Pour le moment, je ne vois pas bien qui peut les porter. Je me déciderai cet été, quand j'y verrai plus clair.
Certains vous ont fait porter la responsabilité de l'élimination de Lionel Jospin dès le premier tour, en 2002...
Si on me cherche encore avec ça, il ne faudra pas me pousser beaucoup pour que je recommence !
Qu'est-ce qui vous retient ?
Je ne suis pas persuadée que la place singulière que je pourrais occuper sera finalement utile.
L'émergence de revendications communautaires et le débat sur les mémoires, notamment celle de l'esclavage, ne vous incitent-ils pas à vous présenter ?
Il ne se passe pas un jour sans qu'on me demande si je serai candidate. La pression la plus forte émane des milieux noirs et maghrébins. Ce sont des gens invisibles, exclus, qui appellent au secours. En 2002, ils subissaient déjà des discriminations. Ils savent désormais qu'ils ne peuvent s'en sortir par un sauve-qui-peut individuel mais en acquérant une visibilité collective, au travers d'une personne qui affirme qu'ils sont légitimes à être là. C'est une demande de représentation. Reste à savoir si c'est le bon chemin.
Vous craignez d'être enfermée dans un rôle ?
J'ai parfois le sentiment de jouer un rôle tampon à l'égard de ceux qui en bavent. Ma présence les apaise. Mais je ne veux pas être complice d'une nouvelle imposture qui consisterait à leur dire "Patientez encore cinq ans". J'aurais l'impression de différer le face-à-face entre la masse des gens qui en ont assez de l'exclusion et ceux qui peuvent y mettre fin. Les événements de banlieue en novembre (2005) en ont été l'expression éphémère.
Pensez-vous qu'il faudra une candidature noire en 2007 ?
Je serai peut-être candidate. Mais je ne serai jamais la candidate des Noirs, défendant un soi-disant "projet noir". L'histoire de la colonisation et de l'esclavage n'est pas seulement la mienne mais celle de l'ensemble des Français. Pourquoi devrais-je la porter seule ? Je me sens tout autant concernée par les femmes licenciées de Moulinex ou le sort des anciens mineurs du Nord. Cessez de me voir telle que j'apparais. Entendez ce que je suis.
Il n'y aurait donc pas lieu, à vos yeux, d'un combat spécifique contre les discriminations raciales ?
Si ! On ne peut pas les mettre sur le même plan que les autres injustices car elles ne rongent pas la société de la même façon. Les inégalités raciales la corrodent de manière plus profonde.
Que pensez-vous de la création du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) ?
Ils ont utilisé mon nom. Je n'ai pas envie d'assumer, pas plus que de les combattre. C'est une structure pour l'élite parisienne, un instrument légitime pour négocier une place avec les partis. Mais ce n'est pas mon combat. Est-ce qu'on rend service à des jeunes de banlieue, qui sont en bac-pro hygiène et environnement pour se retrouver "chef des femmes de ménage", en les délimitant et en les renvoyant à un passé de vaincus ? Il vaudrait mieux leur dire "Tu es Français, utilise tes talents et la société te donnera toutes tes chances".
Que vous inspire la candidature de Dieudonné ?
C'est quelqu'un que j'aime beaucoup et j'ai de la peine de voir dans quelle confusion il s'enferme. Il s'est aventuré sur un terrain glissant et devrait dire aujourd'hui quelques paroles apaisantes. C'est un gâchis de talent car il peut aussi porter cette voix des gens invisibles.

Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon et Sylvia Zappi
Article paru dans l'édition du 10.03.06

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