Un ambassadeur peut-il donner son opinion personnelle sur la personnalité d'un chef d'Etat ou sur la manière dont il gouverne ?
Un ambassadeur peut-t-il déclarer à la presse qu'il trouve le président du pays auprès duquel il est accrédité : " Il est bon, mais me semble lourd" ? et aussi parler du Président en des termes presque menançants : "J'espère qu'il a appris sa lecon et ses limites" ?
L'ambassadeur du Brésil en en France, pourrait-t-il déclarer au sujet du président Chirac, par exemple : " Il est adroit mais me semble vieux" ? C'est évident qu'il ne pourrait pas se permettre un tel manquement au protocole diplomatique.
Alors pourquoi l'ambassadeur, Paulo Cordeiro Andrade Pinto, fait-t-il des déclarations aussi désobligeantes ? Provoquation ? Dans quel but et au profit de qui ?
Faut-il comprendre que le Président a des marges de maneuvre si étroites qu'il ne peut pas faire autrement que de laisser passer de tels propos sans avoir les moyens de réagir ?
De son côté, le guatémaltèque, M. Mulet, chef civil de la MINUSTAH, aurait déclaré qu'il " ne sait pas exactement quand les forces de l'ONU quitteront le pays" et il estime qu "'Haïti est un pays stable, mais sans intstitutions dignes de confiance." Ce sont deux déclarations pour le moins contradictoires. Si les pays est stable quelle est la nécessité d'avoir des troupes aussi lourdement armées ? Pour rendre les institutions dignes de confiance ? A cela, ce même M. Mulet ajoute une autre déclaration qui introduit un peu plus de confusion dans la confusion : " Même avec tout l'argent du monde, on ne peut résoudre les problèmes d'Haïti" ( entretien avec le journal brésilien Folha, 11 mars 2007)
M. Mulet et M. L'ambassadeur du Brésil, eux qui viennent tous deux de pays réputés pour leur violence, les inégalités sociale, la pauvreté, les dysfonctionnements de la justice et de la police sont-ils les mieux placés pour discourir sur la réalité socio économique d'Haïti, voire même pour l'analyser ?
Dans le même temps on apprend que Cité Soleil reste l'unique cible de la Minustah, c'est- à -dire que les bandits de "lame ti manchet" , un groupe anti-lavalas ne sont pas inquiétés. Cette manière de procéder à la "les ennemis de mes ennemis sont mes amis" est celle qui domine effectivement au Brésil, et au Guatemala notamment où on a vu récemment des policiers tuer des parlementaires salvadoriens et ces mêmes policiers être tués à leur tour au sein de la prison où ils étaient incarcérés par des "mains invisibles " qui courent toujours.
Une question importante et qui engage l'avenir du pays : les commandements militaire brésilien et civil guatemaltèque de l'ONU, ont-ils pour mission de défendre les intérêts de l'oligarchie haïtienne (les MRE) - comme c'est le cas chez eux- et par là- même ceux de Bush et des néoconservateurs étatsunien ou bien de pacifier la société haïtienne ?
Le président Préval, "bon mais lourd "selon les mots de M. Paulo Cordeiro Andrade Pinto, n'est pas né de la dernière pluie. Il connaît les forces en présence dans son pays et la capacité de nuisance infinie de certaines d'entre elles. Il sait les attentes du peuple qui a voté pour lui. Il appréhende parfaitement les visées du Brésil et des autres pays d'Amérique du Sud dont les troupes occupent le territoire. Il sait aussi que les USA, la France et le Canada peuvent lui couper les vivres à n'importe quel moment qui leur plaira, pour n'importe quelle raison comme ils en ont l'habitude. Il s'attendait en acceptant la fonction de Président, dans les conditions épouvantables qu'on connaît, à trouver sur son chemin les uns et les autres et qu'il lui faudrait " nager pour sortir ".
Le peuple semble avoir compris sa politique et comme son président il se fait " bon et lourd" en essayant de nager sans trop faire de vagues pour que le projet du président ait une chance de se concrétiser.
Ce n'est ni la Minustah, ni tout l'argent du monde, comme dit justement M. Mulet, qui résoudront les problèmes d'Haïti, mais la relation de confiance entre un chef d'Etat, son gouvernement et sa population. Alors pourquoi, M. Mulet et les autres s'emploient-ils de manière constante et systématique à saper cette confiance ?
J'avais déjà écrit ces lignes quand l'affaire de la déclaration que Préval aurait faite au journal Listin Diaro, a été dans toute la presse port-au-princienne. C'était grave. Le journaliste affirmait que Préval avait nié les mauvais traitements infligés aux Haïtiens en République Dominicaine. Préval a démenti. Ca s'est arrêté là. Le gouvernement n'a pas demandé au journaliste de s'expliquer ni au directeur du journal de s'excuser.
Je racontais à un ami que le 1er janvier dernier, jour anniversaire de l'indépendance, le Président n'avait pas pu faire son discours parce qu'on lui avait coupé le bec en sabotant la génératrice électrique et qu'aucunes suites n'avaient été données à cette action. ( En comparaison, ici, Sarkozy a recours aux tests d'ADN pour retrouver le vélomoteur de son fils). Je lui ai également raconté le commentaire de l'ambassadeur du Brésil sur le Président "bon et lourd" et enfin cette dernière histoire avec la presse dominicaine. Le tout resté sans suite : les auteurs du sabotage n'ont pas été punis, l'ambassadeur n'a pas été convoqué pour s'expliquer, et le gouvernement n'a rien dit à la presse dominicaine. Cet ami, scandalisé, n'a pas voulu me croire : c'était trop énorme. Eh oui ! Ce sont des faits comme ceux-çi qui mettent en évidence les limites d'un gouvernement légitmement élu mais corseté de toutes parts.
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