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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Libertés : le Mexique épinglé par une commission des droits de l'Homme

Publié par Elsie HAAS sur 4 Avril 2007, 13:02pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA


par Nathalie Rahaingomanama, Hélène Roux, Gérard Durand, Jean-François Rolland, participants à la 5e CCIODH

La posture démocratique du gouvernement mexicain est-elle crédible ?

À la suite de la violente répression contre la population organisée au sein de l’Assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca (APPO), qui, pendant six mois, a tenu tête au gouverneur despotique de l’État, une Commission civile internationale d’observation des droits humains (CCIODH) s’est rendue du 20 décembre 2006 au 20 janvier 2007, et pour la 5e fois au Mexique.

L’indignation suscitée par le massacre de 45 hommes, femmes et enfants dans la communauté d’Acteal au Chiapas, le 22 décembre 1997, avait rassemblé au sein de la première CCIODH, 240 observateurs originaires de 15 pays, convaincus que la défense des droits humains les engageait au-delà de leur position sociale, leur sensibilité politique ou leur nationalité. Aucun ne souhaitait donner à cette entité indépendante un caractère permanent.

Mais d’autres massacres suivirent : Celui d’El Bosque au Chiapas et d’El Charco au Guerrero. Fin 98, on recense près de 22 000 réfugiés internes au Chiapas. En 2000, la grève des étudiants de l’UNAM est réprimée par la Police fédérale préventive (PFP) un corps de police militarisé. En 1999 et 2002, la CCIODH a réitéré un verdict accablant : la militarisation ; l’impunité pour les groupes paramilitaires ; les conditions de misère structurelle et l’absence de volonté politique du gouvernement constituaient autant d’obstacles pour une issue juste et digne au conflit.

Après chaque visite, de volumineux rapports ont été présentés au Mexique dans les pays respectifs des observateurs et remis au Parlement européen ainsi qu’au Haut Commissariat des droits humains de l’ONU. Pourquoi alors le Mexique conserve-t-il aux yeux du monde cette aura de pays démocratique ?

Pour les institutions internationales, après soixante-dix ans de règne d’un seul parti (le PRI), « l’alternance » incarnée par l’élection en juillet 2000 de Vicente Fox constitue apparemment un gage suffisant. Bruxelles, alors empressée de ratifier le traité de libre- échange avec le Mexique, considère que le fait d’avoir signé tous les traités internationaux sur les droits humains en garantit le respect. L’ONU pour sa part diligente trois missions d’enquête qui mettent l’accent sur une nécessaire réforme du système d’administration de la justice propre à éradiquer l’impunité. Pourtant en mai 2006, simultanément aux événements qui ont motivé la 4e visite de la CCIODH, le Mexique assume la présidence de la Commission des droits humains à Genève.

Les 3 et 4 mai 2006, un conflit opposant des fleuristes à la municipalité de Texcoco (dans l’État de Mexico) donne lieu à une gigantesque opération de police qui s’abat sur la ville voisine de San Salvador Atenco, connue pour avoir mené une lutte victorieuse contre la construction d’un aéroport. La répression occasionnera deux morts, des centaines de blessés et de détenus. Trente-sept femmes dénonceront viols, abus sexuels et tortures durant le transfert à la prison. Le rapport de la CCIODH pointe des responsabilités au plus haut niveau de l’État et de la police, notamment de la PFP, avec qui, il faut le rappeler, la France a signé un accord de coopération.

S’étant déplacée deux fois en 2006, la CCIODH a constaté, à Oaxaca comme à Atenco, un usage disproportionné de la force publique, des tortures et les traitements dégradants infligés aux détenus et le transfert illégal de centaines d’entre eux dans une prison située à des milliers de kilomètres, dans l’État de Nayarit. Comme au Chiapas, la collusion entre l’armée, la police et des groupes de civils armés est étayée par de nombreux témoignages. Des journalistes ont décrit un climat de guerre, le harcèlement dont sont victimes les médias indépendants et les menaces qui obligent les opposants, ainsi que leurs familles, à se cacher. Concernant les 23 morts documentées et les présomptions de disparitions, la CCIODH conclut que : « Les faits qui se sont déroulés à Oaxaca constituent un maillon d’une stratégie juridique, policière et militaire (...) dont l’objectif ultime est d’instaurer le contrôle et l’intimidation de la population civile, dans des zones où se développent des processus d’organisation des citoyens ou des mouvements sociaux en marge des partis. »

Comme en Haïti, non ?

Le rapport de la CCIODH est disponible sur : http://cciodh.pangea.org.

Sources: L'Humanité

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