Adieu Camarade Claudy
Par Jean Eddy Guilloteau
Matinée faucheuse, maudite matinée.
Dans une salle à senteur d’ambre,
Un grand mapou a chuté,
Une voix s’est tue.
Camarade Claudy n’est plus.
De Belle-Anse à Pointe Baguette,
D’Anse-à-Pitre à Bainet,
La mer du Sud-est est en berne :
Les poissons pleurent l’un des leurs;
Les marins montent la garde.
Lui,
Qui a toujours été un homme debout,
Qui a défié tous les courroux,
Qui a survécu à tous les coups,
Des cellules de parti où l’on fabrique des traîtres
Aux prisons caverneuses où l’on crache la mort,
Le voilà humblement couché,
Irréversiblement couché,
Entre quatre planches,
Drapé dans la splendeur du héros indompté.
Lui,
Dont les rêves de fraternité humaine
Portaient certains à le jeter dans le fourgon des aliénés,
Lui,
Qui savait si bien déceler les mystères de la nature,
Qui partageait avec ses proches la cosmogonie d’Urantia,
Lui,
Qui méprisait tant la gloire, les honneurs, l’argent,
Et toute leur cohorte,
Lui,
Qui protégeait les faibles, les abusés,
Sous sa Ceinture Noire de Judo-K,
Le voilà humblement couché,
Irréversiblement couché,
Entre quatre planches,
Drapé dans la splendeur du héros indompté.
Un grand mapou a chuté.
Une voix s’est tue.
Camarade Claudy n’est plus.
Des sanglots ? Il n’en veut pas.
Des larmes ? Il n’en veut pas.
Il nous faut
La force des vagues marines,
La constance du vent,
Le stoïcisme du pélican,
Pour saluer le départ de cet homme légendaire.
Chapeau bas, ô bien bas, Camarade Claudy.
Tu as bien mérité de la patrie.
Notre vaillante et fière cité,
A présent meurtrie,
Se souviendra longtemps de ton courage exemplaire.
Adieu Camarade. Bon voyage.
www.bonzouti.com/albumphoto/photo- jacmel-2293-DSCN2218.html
Claudy Craan nous a quittté
en décembre 2001
Je l'ignorais
C’est Michel Cusenier qui me l’a appris,
C’est lui aussi qui avait insisté pour que j’aille à Jacmel le rencontrer.
Il n’avait cesse de me répéter que Claudy Craan, dont il parlait avec passion,
était une bibliothèque,
parce qu’il avait vécu tant de choses dans ce pays
et qu’il fallait absolument qu’il puisse les transmettre.
On s'était dit pourquoi ne pas faire un livre avec lui ?
Ou un film ?
Mais, lors de mon dernier passage en Haïti, je me trouvais à l’autre bout
de l’île et vous savez comment la question des transports est difficile en Haïti.
Je l’avais appelé au téléphone, la sonnerie avait retenti dans le vide,
je n’avais donc pas pu lui parler.
Et je m’étais dit :" ce n’est pas grave, j’irai à Jacmel tout spécialement pour le voir, lors de mon prochain séjour."
Et puis voilà.
Je me sens un peu coupable.
Désolée Michel, je sais à quel point tu es triste de la mort d'un homme pour lequel tu avais de l'estime.
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