OUBLIEZ LE POÈTE - Michèle Voltaire Marcelin - 2012
Trop de mauvais souvenirs encombrent la mémoire
Donnez raison au secret
Oubliez tout
Ce pays d’illusion
La magicienne qui l’enfanta
Et sur la porte
les signes à la craie blanche
qui indiquent le désespoir
Oubliez que c’est par une nuit comme celle-là
Qu’on a volé son ombre
Oubliez le poète désailé à l’aube des soucis
Bouche cousue dans une prière muette
ayant appris par coeur ses chagrins dans l’alcool
en déraison de lune sainte ode solitude
Oubliez l’inquiétude des rats, le poids inconsistant des papillons de nuit
Les rancoeurs ordinaires, le malheur d’exister et tant d’autres douleurs
Oubliez la lumière sans limite des lampes
Qui brûlent sans se consumer
Son mouchoir abat-jour pour chasser l’ombre des fenêtres profondes
et le sang à nouveau
dans son coeur horloger occupé
des heures toutes semblables à compter la misère
Oubliez qu’il n’a pu vaincre la nuit
Oubliez la lumière qui demeure difficile
Oubliez que la vie est donnée sans promesse
Oubliez que la mort toujours nettoie la vie
Oubliez pour ne pas oublier
Qu’il nous reste au bout du vers
le monde ouvert à travers la grisaille des nuages
et le présent qui persévère.
(Michèle Voltaire Marcelin - 2012)
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