Dans un bureau public, nous sommes une délégation de deux ou trois membres, de “l’Association des Citoyens de Morne Lazarre” et un fonctionnaire d’Etat nous parle avec volubilité et une grande assurance de sa commune. Ce fonctionnaire est une femme; elle se fait aimable, gentille, et très hospitalière. Elle parle, elle parle et ne cesse de parler. C’est la mairesse de la ville, la mairesse de Pétion-Ville, Mme Lidy Parent. Deux fois maire, connaissant sa ville et ses environs, elle nous parle d’autosuffisance alimentaire, d’aménagement du territoire, de modernisation de la zone. Un nombre impressionnant de localités, de zones de non-droits lui passe par la tête, terres cultivables, aspirées par l’urbanisation et la bidonvilisation; le problème des marchés est également abordé, espaces de transactions entre revendeuses et citadins. Traditionnellement un marché se trouve à la jonction des circuits du transport en commun et est pourvu d’un poste de police. Les circuits suivants utilisent le marché comme point d’arrivée et de départ:
- Kenscoff/ Pétion-Ville, Laboule/ Pétion-Ville, Thomassin/ Pétion-Ville
- Delmas/ Pétion-Ville
- Bourdon / Pétion-Ville
- Canapé-vert/ Pétion-Ville
- Route de Frère/ Pétion-Ville
Le grand problème de la mairesse, ce sont les marchandes débordant du cadre du marché en envahissant les rues. Ces marchandes sont brutalisés par les inspecteurs de la mairie, auxquels on donne le droit de “confisquer” leurs marchandises. Le butin est souvent partagé par ces employés, forme de compensation pour le retard de paiement des salaires de plusieurs mois.
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Durant une bonne partie de son histoire, Haïti a connu une politique néocoloniale de production nationale, liée aux denrées d’exportation préférées aux vivres alimentaires destinés à nourrir la population. L’occupation américaine de 1915 ne fit qu’accentuer cette tendance tout en instaurant une centralisation à outrance. La politique néolibérale des années 80, variante de cette politique néocoloniale, prône l’abandon de la production locale sans se départir de cette centralisation, malgré la revendication fondamentale du peuple depuis le 7 février 1986, qui était de “changer l’Etat”; René Préval, arrivé au pouvoir la remplaça par le slogan “restaurer l’autorité de l’Etat”, clair appui au maintien de la politique néo libérale instaurée par Jean-Claude Duvalier. C’est en allant dans le sens de cette déclaration que Mme Lidy Parent s’est arrogé le droit de détruire le marché de Pétionville et d’en bâtir un autre au haut de la “Route de Frère”, lequel a été détruit par le séisme du 12 janvier 2010. Il est dit que l’emplacement de l’ancien marché servira à la construction d’un centre culturel ou même d’un centre touristique.
Notre pays est régi par un système d’apartheid et dans ce système vieux de plus de 200 ans, Mme Lidy Parent a le projet d’ériger un centre culturel ou un centre touristique. C’est dans la même logique des Alexandre Pétion et des Jean-Pierre Boyer, les deux présidents haïtiens les plus réactionnaires au lendemain des guerres de l’indépendance, que Mme Lidy Parent mène sa danse: répondre non pas aux besoins de la majorité des Haïtiens mais comme toujours aux besoins de l’étranger et d’une petite minorité au pouvoir. Un bruit court qu’elle a l’intention de briguer le poste de la présidence et elle fait croire qu’avec l’Etat haïtien d’aujourd’hui elle peut faire des merveilles.
Après la première guerre mondiale et surtout après la deuxième, l’Etat haïtien a servi de modèle aux pays africains des années 50, 60 et continue de l’être pour l’Afrique du Sud par exemple, à travers les politiques d’apartheid menées d’abord par des Blancs, puis par des autochtones. Ce plan d’ajustement structurel d’avant la lettre, marque en effet un passage de la colonisation directe à la colonisation indirecte, lié au Plan Marshall, qui ne pouvait exister sans colonies. Il a été possible à l’époque, en partie grâce à deux mouvements, le mouvement indigéniste en Haïti et celui de la négritude au niveau international (ref. Manifeste pour un Mouvement Culturel en Haïti par Raynal et Jean-Hénoch Trouillot). La culture dominante haïtienne a servi de boussole à bon nombre de cultures dominantes africaines créant avec ce qu’on appelle les pays colonisateurs un phénomène nouveau: “Le tourisme” avec son dérivatif le tourisme sexuel; ce phénomène fait des pays colonisés ou dépendants une attraction pour le divertissement des ressortissants de ces pays colonisateurs, pôles d’un même système.
Nous nous proposons de présenter les caractéristiques de l’Etat haïtien, Etat néocolonial de plus de 200 ans, Etat “d’apartheid” qui ne dit pas son nom. Selon notre analyse, l’Etat haïtien a trois grandes caractéristiques: des caractéristiques culturelles, des caractéristiques économiques liées au culturel dominant, et des caractéristiques politiques gérant les deux premières…
(A suivre)
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