L'avènement d'un néoputschisme
Le temps des bruits de bottes et des coups d'Etat militaires est révolu en Amérique latine. Mais les coups d'Etat se succèdent sous une nouvelle forme, en apparence plus civilisée. La destitution du président paraguayen, sixième de la série depuis le début des années 2000, illustre ce que l'analyste argentin Juan Tokatlian appelle le "néoputschisme".
29.06.2012 | Juan Gabriel Tokatlian | La Nación
Ce "nouveau putschisme" est, dans les formes, moins virulent que l’ancien. Mené par des civils (avec un soutien implicite ou la connivence explicite des militaires), il maintient un semblant de respect des institutions, n’implique par nécessairement une puissance étrangère et prétend, au moins dans un premier temps, faire sortir le pays d’une impasse sociale ou politique pouvant dangereusement dégénérer.
La succession récente de ces nouveaux coups d'Etat est révélatrice : destitution "légale" de Jamil Mahuad en Equateur (2000) ; renversement "institutionnel" d’Hugo Chávez au Venezuela (2002) ; "sortie" forcée de Jean-Bertrand Aristide à Haïti (2004) ; remplacement "constitutionnel" de Manuel Zelaya au Honduras (2009) ; enfin, coup d’Etat policier contre Rafael Correa (2010).
La "destitution" de Fernando Lugo pour incompétence dans l’exercice de ses fonctions s’inscrit dans une dynamique de coups d’Etat censément bienveillants, dont les auteurs se sont vus contraints de "sauver" la démocratie.
Ces six coups d’Etat d’un nouveau genre correspondent à des situations nationales spécifiques, mais ils ont un point commun. Les putschistes invoquent tous les mêmes arguments pour justifier leur comportement antidémocratique : vide de pouvoir préoccupant, tendance autoritaire du président, crise politique auto-infligée, ambition présidentielle démesurée, volonté de "perpétuation" dans l’exécutif.
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