Ce sont les titres des livres-témoignages
de deux rescapés de Fort-Dimanche
la prison des 2 Duvalier.
J’ai lu ce compte rendu du livre de Patrick Lemoine
Icilink très bien écrit d'ailleurs, félicitations aux auteurs anonymes
Et relu cette présentation, faite par Roland Paret, du livre de Jean-Claude Brouard-Cambronne
icilink
Tous deux rescapés de Fort-Dimanche,
L’un, Brouard-Cambronne, du temps du père
L’autre, Lemoine, du temps du fils.
Je suis allée écouter M. Brouard-Cambronne
qui présentait son livre à la Maison d’Haïti
à Paris.
Son ton monocorde, ses yeux éteints, m’ont fait une impression tragique.
C’était comme si, du fait même de raconter Fort Dimanche
le replongeait physiquement et psychiquement
prisonnier dans la cellule avec ses compagnons
de misère.
C'était comme si, aussi, il s'excusait d'avoir à raconter ces horreurs vécues.
Comme s'il ne voulait pas gêner
perturber la tranquillité de ses auditeurs
avec une "vieille histoire",
la sienne et celle de milliers de personnes.
Ce regard éteint, je l'avais perçu également chez Patrick Lemoine,
au moment où je m'entretenais avec lui
dans le cadre de mon documentaire
« Doit-on juger Duvalier ? Réconciliation ou Justice »link
réalisé en 1999.
Leurs yeux à tous deux, au moment du récit replongeaient dans l'abîme
de la torture de la deshumanisation.
-sans même qu'ils ne s'en rendent compte-
Et puis, j’ai repensé à ces zentellectuels primés, surprimés, comprimés
qui, comme des poulets sans tête,
s’en allaient à Paris d’un média à l’autre
pour clamer à la France entière
et au monde par la voix de RFI
qu’Aristide était pire que Duvalier.
J'ai repensé à celui-là, qui, dans sa chronique de Kiskeya
trouvait que nommer une bibliothèque
du nom de la directrice de Fort-Dimanche
Mme Max Adolphe
c'était un tantinet exagéré.
Un buste suffisait, disait-il.
Wi papa, un buste aurait suffi, dit-il
pour rendre hommage
à la patronne d'un centre de tortures.
J’ai repensé à cet autre-là qui, dans sa chronique du journal haïtien Le Nouvelliste,
affirmait que les Haïtiens, dans leur majorité
n’en avaient rien à faire des Duvalier
vu qu’ils étaient trop jeunes
pour avoir connu la dictature.
Je me suis dit que cet homme-là, soit prenait ses rêves pour la réalité
ou bien carrément se foutait du monde.
Parce qu’à l’entendre, les Haïtiens
seraient nés dans une feuille de chou,
sans maman, sans papa, sans passé.
avec une mémoire aussi blanche
qu’un "grangouklorox."
A l'entendre, la transmission orale n’existerait pas dans ce pays.
Comme si ceux-là qui en Espagne
n’ont pas vécu sous Franco
seraient dans l’incapacité
de se faire une idée de la nature
de son régime.
Comme si les victimes et leurs familles
n'avaient pas eu de descendants.
Comme si les tortionnaires s’étaient évaporés, dissous dans la nature.
Comme si l’esprit même du macoutisme
Le duvaliérisme après Duvalier VOIRlink
N’était pas bien installé aujourd’hui plus que jamais,
au sein de la société haïtienne.
Mais ce que je trouve le plus choquant dans ce déni des zentellectuels
Du « Collectif Non" à la commémoration
du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti
c’est qu’en banalisant la dictature des 2 Duvalier,
Ils participent à une seconde victimisation
des victimes
qu’ils somment de se taire
au nom d’un oubli de 29 ans d'histoire
qu’ils voudraient imposer.
Après la paix des cimetières,
le silence des victimes.
Ils veulent faire rentrer de force dans la tête de l’ensemble de la population
que ces 29 ans de dictature étaient, somme toute, pas plus mal que ça.
Les "rues étaient proprettes", n'est-ce pas...
Et si c'était à recommencer, n'est ce-pas...
Brouard-Cambronne et Patrick Lemoine ont tous les deux mis l'accent sur cette injonction à l’oubli.
Une seconde prison en quelque sorte
comme le rapportent les rescapés
des camps de la mort des nazi
dont on se refusait, au début, d'écouter les témoignages.
Mépris non seulement pour les victimes, leurs familles et descendants,
mais pour l'ensemble des Haïtiens,
considérés comme des moins que rien,
des demeurés sans cervelle, des idiots inutiles,
auxquels la conscience de leur propre histoire est refusée.
Et donc le droit d'être des acteurs
Et de là, le droit à transformer leur présent.
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