Je vous propose l'écoute de 2 entretiens réalisés par le journaliste haïtien, Valery Numa
dans son émission l'Invité du jour
La première, jeudi 22 novembre avec M Fritz Gerald Charles, Président de la Plateforme
des employés révoqués de la fonction publique
La seconde, vendredi 23 novembre, avec M. Auguste Ulrich Cinéus,
Commissaire révoqué suite à une enquête menée au sein de la police nationale.
Il n'existe pas en Haïti un observatoire des média tel que Acrimed.link
C'est bien dommage parce que ces analyses permettraient de mieux comprendre
de quelle manière
un journaliste peut orienter les opinions et sentiments du public.
Dans le premier entretien, le jounaliste fait face
au Président de la Plateforme des employés révoqués,
qui mène un combat depuis 2004.
Ce jeune homme connait parfaitement son dossier.
Il est articulé. Il est pondéré. Il est rationnel.
Et pas une fois ne se laisse distraire ou balader par le journaliste qu'il appelle de son nom : M. Numa.
Car, le journaliste l'interrompt souvent et même, parfois, le traite de manière ironique,
pas méchante vraiment- mais du style à porter le public à ne pas le prendre au sérieux.
Exemple :" Vous pensez que votre mouvement représente quelque chose mais ça fait des années que vous battez le pavé et que vous n'êtes toujours pas payé" (ah, ah).
Sans compter que, sans arrêt, il fait entrer des anecdotes non vérifiables
qui n'ont rien à voir avec le sujet
comme, par exemple, des gens qui auraient reçu, selon ce qu'on lui a dit,
des sommes formidables à l'APN.
Le jeune homme avec sagesse lui répond qu'il ne peut rien dire sur l'APN.
Il ne connait pas ce dossier; lui étant chargé du dossier de la Téléco.
Dans le deuxième entretien, le commissaire de police ne répond jamais aux questions .
Il met en avant à plusieurs reprises une histoire de off-record.
Il parle avec force et bruit et appelle le journaliste avec familiarité par son prénom : Valéry.
Il noie les réponses dans une avalanche de détails, de terminologies abracadabrantesques,
d'explications qui ne tiennent pas debout.
Cependant, le journaliste se contente de ponctuer tout ce galimatia d'une série de
" Mmmm..Tout à fait, Okay d'accord, c'est important, Pa gen problem etc".
Aucune ironie dans cet échange marqué plutôt par une complaisance générale,
même si de temps à autre le journaliste se trouve obligé de faire une mise au point mineure.
Le journaliste, d'ailleurs, termine son entretien en affirmant que les enquêteurs,
selon son impression, ont fait beaucoup d'erreurs.
Et tous deux journaliste et ex-Commissaire d'éclater d'un rire gras et complice.
Déontologiquement, un journaliste peut-il lancer à l'antenne qu'une enquête menée au sein de la police contient de nombreuses erreurs sans apporter ni arguments, ni preuves ?
Sur quels critères s'appuie-t-il pour faire cette déclaration publique ?
A-t-il eu accès aux dossiers des policiers renvoyés ?
Ce qui ressort de cette mise en parallèle, c'est la différence entre le sérieux du discours
du représentant des employés licenciés et l'absence de cohérence de celui
du Commissaire renvoyé.
C'est aussi la différence entre le ton du journaliste qui se veut conciliant
avec le Commissaire de police,
et celui nettement plus aggressif- interruptions multiples et même à un certain moment une
assimilation entre le statut des entreprises privées et celles publiques
que le jeune homme a dû fortement rectifier. Et bien d'autres tentatives flagrantes-
-des employés révoqués ont retrouvé du travail, etc-
de faire apparaître les réclamations de ces employés comme infondées,
et même parfois farfelues,
et de déstabiliser le jeune homme qui tout au long de l'entretien reste droit dans ses bottes.
A travers ces 2 entretiens, on entend la différence de traitement accordé par le journaliste à ces 2 invités.
Pour le premier, d'emblée une sorte de rudesse émaillée de piques, d'interruptions, de fausses infos dont les modalités de renvois dans les entreprises d'Etat, qui aurait dû induire l'auditeur à avoir une opinion négative du combat de ces employés révoqués, si ce n'était la parfaite maîtrise de son dossier par l'invité.
Pour le second un ton amène, presque jovial qui laisserait entendre que dans cette affaire du policier renvoyé, les enquêteurs, parce qu'étrangers, ne connaissent pas les us et coutumes du pays qui permettraient, par exemple, à un policier d'acheter une voiture cash, auraient tout faux.
Bonne écoute et bonne réflexion.link Emission Invité du jour.
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