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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La République Dominicaine et les émigrés haïtiens. Par Pierre Rodrigue Saint-Paul

Publié par siel sur 18 Novembre 2013, 15:11pm

ANALYSE : La République Dominicaine et les émigrés haïtiens
par Pierre Rodrigue Saint Paul



HAÏTIENS EN RÉPUBLIQUE 

DOMINICAINE
  sonia pierre née en RD

Sonia Pierre, née en RD de parents haïtiens, avocate des droits des émigrés haïtiens, dcd en 2011
 

Au moment où les Dominicains ont franchi un nouveau pallier dans leur fuite en avant anti-haïtienne, nous publions ce chapitre d'un ouvrage à paraître qui explique la fragilisation continue de la citoyenneté haïtienne fondée par nos ancêtres, au prix de sacrifices inouïs, par une législation incohérente, irresponsable et mesquine, sous couvert d'un nationalisme désorienté. 

  



A les voir étaler sans aucun scrupule leur xénophobie contre leurs propres compatriotes rentrés d’exil, on comprend que les rédacteurs et bénéficiaires de nos constitutions piégées n’aient jamais eu une pensée fraternelle pour ces Haïtiens pauvres, émigrés en République Dominicaine, représentatifs de la citoyenneté inégalitaire qui est à la racine de la crise endémique de la société haïtienne, de sa fragilité. Souvent éligibles à la citoyenneté dominicaine, par leur naissance sur le sol dominicain tel que prévu par la constitution du pays voisin, les enfants d’Haïtiens sont privés arbitrairement de la jouissance de ce droit, par conséquent de tous les droits civils et sociaux qui en découlent dans cette société.   Pour supprimer la preuve du lieu de naissance, les autorités dominicaines ont refusé de délivrer des actes d’état civil aux petits Haïtiano-Dominicains déjà ignorés par le pays d’origine de leurs parents. Le sort des émigrés haïtiens en République Dominicaine est l’un des dossiers vitaux à la charge de la République d’Haïti, tant que la sécurité physique et juridique de ses ressortissants n’est pas garantie par le pays hôte. C’est un problème d’intérêt national, de discrimination et d’atteinte à la dignité Haïtienne. Il ne s’agit pas de quelques resources matérielles. On parle de la ressource essentielle du pays, ses resources humaines. 

Tout en étant un problème de migration, il apparaît sous des formes plus critiques que la question communément appelée de la diaspora haïtienne. Cette hémorragie  remonte au début du vingtième siècle. Comme tous les problèmes majeurs du pays, il n’a jamais été une priorité des  politiciens de l’école traditionnelle. C’est pourtant une affaire sensible qui requiert l’attention des responsables des deux pays.  Mépris et ressentiment ne peuvent faciliter les meilleures relations entre deux nations voisines.

Expansion américaine et migration haïtienne


L’émigration haïtienne en RD et à Cuba remonte au début du 20ème siècle, avec l’essor de l’industrie sucrière dans la Caraïbe. Selon une étude (Moseley Bridget Wooding et Richard Moseley-Williams -2005) , 30 à 40 000 braceros  Haïtiens se sont rendus chaque année à Cuba de 1913 à 1931.  Les recensements dominicains indiquent un total de 28 258 Haïtiens en 1920 et 52 657 en 1935 en République Dominicaine. A cette époque les Etats-Unis d’Amérique occupaient l’île Quisqueya partagée entre Haïti et la République Dominicaine. Les plantations sucrières à capitaux américains, à Cuba et en République Dominicaine, se fournissaient en main-d’œuvre bon marché en Haïti. Ces événements sont les fruits de l’expansion du capitalisme américain en Amérique centrale, dans les Caraïbes et ailleurs. Il en résulta des vagues de dépossessions de la petite paysannerie haïtienne par cette expansion brutale. La présence de l’immigration haïtienne porteuse d’une forte identité historique et culturelle cristallisa les fantasmes xénophobes, dans le contexte de la grande crise économique des années 30 qui enfanta du nazisme et de la 2ème guerre mondiale, en Europe. Les travailleurs haïtiens, à Cuba et en République Dominicaine, servirent de boucs émissaires, comme les communautés juives en Europe. Les autorités cubaines ont déporté 35 000 travailleurs haïtiens, dans les années 30, et le dictateur dominicain, Trujillo, monta son opération de « dominicanisation de la frontière » qui se solda par le massacre de plusieurs milliers d’Haïtiens en 1937.  

En fait ces compagnies étrangères ne faisaient que se substituer aux oligarchies créoles haïtiennes qui avaient réduit les travailleurs agricoles à un statut civil inférieur, privés des droits fondamentaux qui fondent la citoyenneté, en les maintenant dans une semi-servitude, à la disposition des nouveaux chercheurs d’esclaves. Les oligarchies locales se sont orientées vers le maintien et même le renforcement d’un régime néo-esclavagiste. C’était repoussé la création des conditions socio-économiques d’un régime différent. C’était contraire à l’objectif de la révolution anti-esclavagiste 1791-1804, qui était la fondation d’une citoyenneté intégrale. L’importance de ce statut se mesure aux avantages inhérents à son existence. Ces avantages se déclinent en droits civils, politiques, sociaux, protection diplomatique etc.  Les drames collectifs et individuels de l’immigration de la misère témoignent des inconvénients liés à cette inégalité. On peut rappeler les massacres collectifs d’étrangers et autres pogroms et les avanies quotidiennes qui ont souvent été le lot des migrants.   C’était surtout l’échec du rêve national haïtien à dépasser l’immobilisme du système économique colonial vers un système économique dynamique dans lequel les individus puissent s’épanouir en citoyens égaux en droits dans un Etat-nation fort. 

Dénigrement et massacre d’émigrés haïtiens en 1937


Il n’existe pas, semble-t-il, de statistiques fiables sur le nombre des victimes haïtiennes des “vêpres dominicaines” de 1937. Ces massacres sont estimés entre 6 000 à 30 000 âmes. On a fait observer qu’il n’y a pas eu davantage de morts, grâce à la solidarité de nombreux Dominicains qui ont caché des Haïtiens dans leurs maisons quand les troupes sont arrivées. Il a été relevé également, selon nos auteurs, qu’au début de la tuerie, beaucoup de Dominicains Noirs ont péri parce qu’on avait ordonné aux troupes de tuer des « noirs ». La propagande raciste a longtemps aveuglé  beaucoup de Dominicains  qui ignorent qu’ils sont eux-mêmes le plus souvent des Noirs. L’ordre a été rectifié en ciblant « l’accent créole ». Les Américains finirent  par presser Trujillo de verser  750 000 dollars au président haïtien Sténio Vincent, à titre de dédommagements, pour étouffer l’affaire. Vincent empocha le chèque et déclencha une vague d’arrestations dans les milieux nationalistes haïtiens et chez ses rivaux. Des notables civils, des parlementaires, des militaires en activité sont jetés en prison. C'est dans ce contexte que le citoyen Dieuveuille Saint-Paul de Chantal, mon père et plusieurs de ses amis furent emprisonnés aux Cayes en 1937, accusés de complot contre le gouvernement de Vincent. 

Le nettoyage ethnique et les harcèlements incessants réduisirent la population haïtienne en RD de 52 657 (recensement de 1935) à 29 500 en 1950. L’idéologie anti-haïtienne se concrétisa dans une loi de migration adoptée en 1939 visant à prévenir l’entrée des Haïtiens, pour attirer plutôt des immigrants Blancs d’Europe dans des « colonies agricoles. » C’était la mode en Amérique du Sud à cette époque. Elle était contagieuse la purification. La « dominicanisation de la frontière » avait son idéologue auprès du dictateur créole. L’historien Manuel Arturo Peña Battle prononce un discours sur la frontière en 1942 dans lequel il appelle à: 
«la création de barrières sociales et d’une législation pertinente pour sauver (…) la citoyenneté dominicaine de l’influence de nos voisins ». Il propose de “stopper la migration haïtienne pernicieuse » et attaque les « monstrueuses pratiques du fétichisme du vodou ». 
Les auteurs de l’étude considèrent Peña Battle comme un simple nationaliste de droite et un hispaniste. Ils affirment que le courant raciste de la « dominicanisation » est exprimé dans le livre du docteur Balaguer daté de 1947 «La Realidad Dominicana », dont des extraits sont repris dans un autre livre du même auteur en 1983 « La isla al revés : Haiti y el destino dominicano. » Voici un résumé des idées de Balaguer : 
«  le peuple dominicain est une nation hispanique blanche dont la population est affaiblie par le mélange de son sang avec celui de races non blanches. La “nature impérialiste » d’Haïti et ses origines africaines sont une menace pour la nation. L’installation des Haïtiens porte atteinte à la morale et à la force spirituelle des Dominicains. » 
Toutes ces extravagances illustrent bien que les préjugés sociaux et ethniques sont des maladies de l’esprit plus dangereuses que les sables mouvants. Balaguer fut élu sept fois président de la République dominicaine soulignent Bridget Wooding et Richard Moseley-Williams. 

Accords bilatéraux de vente de travailleurs Haïtiens

L’immigration Haïtienne en RD reprit officiellement sous forme d’accords entre les 2 gouvernements à partir de 1952 jusqu’à 1986. Les partenaires étaient les compagnies sucrières, le gouvernement dominicain et le gouvernement haïtien. Les accords bilatéraux imposaient le paiement au gouvernement haïtien et au président d’Haïti d’un montant convenu (en dollars US) remis pour chaque travailleur conduit à certains points de la frontière. En 1986, la somme était de 2 millions de dollars, pour 19 000 travailleurs, payés en liquide à l’ambassadeur d’Haïti. Ces accords réglementent une traite d’êtres humains et non le respect des droits de travailleurs émigrés. Ils illustrent le long chemin qui reste à parcourir  aux travailleurs haïtiens vers le statut de citoyens.

Les travailleurs étaient confinés dans des zones de travail appelées « bateys », propriétés des compagnies sucrières, d’où il leur était interdit de sortir, comme sur les habitations coloniales même après l’indépendance.   Ils y étaient en fait des captifs. S’ils quittaient ces lieux, ils pouvaient être arrêtés et reconduits sur leur lieu de travail. L’Etat haïtien faisait bon marché des droits humains de ses ressortissants reconnus par la déclaration universelle de l’ONU et par la littérature constitutionnelle  et légale d’Haïti, dont il était signataire. Après 1986, fin de la dictature des Duvalier en Haïti, le recrutement des travailleurs est repris en main par d’autres acteurs. Les opérateurs dominicains passent des accords privés avec des agents recruteurs appelés « buscones » (chercheurs) par les Dominicains et « passeurs » par les Haïtiens. Avec la complicité des militaires haïtiens et dominicains, ces agents font passer la frontière aux travailleurs et les acheminent sur les plantations sucrières dominicaines. 

Crise de l’industrie sucrière, dispersion des braceros 

A la fin des années 80, l’industrie sucrière dominicaine s’effondre. La chute des prix du sucre sur le marché international, la réduction du quota d’importation vers les Etats-Unis (pour protéger les fermiers américains), l’absence de modernisation des plantations, sont les causes retenues de cette crise. Beaucoup de braceros migrèrent vers d’autres secteurs agricoles et des emplois dans le tourisme, le bâtiment et l’économie informelle des villes.

Depuis l’arrivée des premiers émigrés Haïtiens en RD, en 1920, l’immigration vers la RD n’a jamais cessé, officielle ou clandestine. C’est la conséquence du naufrage national, au long de 2 siècles d’inconscience. Le peuple haïtien affronte courageusement les pires épreuves pour assurer son droit à la vie. Après plusieurs générations de présence, la population s’est insérée dans l’économie dominicaine, aux étages inférieurs certes, mais de façon plus diversifiée. Les plus intégrés, à partir de la seconde génération, occupent souvent des postes similaires à ceux des Dominicains pauvres et de la classe moyenne inférieure.  Cette insertion économique n’a pas fait tomber les discriminations spécifiquement anti-haïtiennes. La constitution dominicaine accorde le droit à la citoyenneté dominicaine aux personnes nées dans ce pays, en vertu du principe du droit du sol inscrit à l’article 11 de cette loi. Ce droit est nié à ceux qu’on appelle « los Haitianos » classés à part.  Des juristes dominicains en quête d’argument, à l’appui de leur déni, vont jusqu’à invoquer la constitution haïtienne de 1987 qui interdit la « double citoyenneté. » Considérés comme des « illégaux », par nature, les Haïtiens sont périodiquement déportés, sans discernement, vers Haïti, quelque soit l’ancienneté de leur présence dans le pays ou les documents dont ils sont porteurs .  Obnubilés par leurs intérêts politiciens, l’Etat et le système politique haïtiens, sont longtemps restés passifs devant ce phénomène. L’irresponsabilité absolue de l’Etat haïtien à l’égard des droits fondamentaux de ses expatriés est une conséquence de sa politique d’exclusion de toutes les victimes de son incurie.  Les pauvres, les absents (diaspora), les plus faibles, les persécutés, sont écartés et oubliés. Cette posture est un héritage de l’idéologie  esclavagiste à Saint-Domingue. Les nouveaux venus sont éliminés pour protéger le système contre les réformes auxquelles ils pourraient pousser. Ce verrouillage infernal plonge ses racines dans l’histoire des rapports sociaux coloniaux qui survivent en Haïti, même après la révolution haïtienne. L’accès au statut de citoyen à part entière à été violemment refusé à la grande masse des travailleurs, anciens esclaves. Ce déni a laissé des traces et est à la base de toutes les faiblesses de ce pays qui se retrouve privé de la plus grande partie de ses forces vives.   Cette citoyenneté inégalitaire est un venin national qui pollue les relations sociales et politiques dans le pays.  

La tâche des réformateurs des deux pays voisins

La réforme sera l’oeuvre des réformateurs, conscients que « l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ». 
Le peuple dominicain n’a pas d’intérêt dans le maintien du peuple haïtien dans l’abaissement. Historiquement, les intérêts des peuples finissent par converger sous la poussée d’impératifs de progrès. A preuve,  la révolution française facilita l’abolition de l’esclavage en Haïti, la guerre de sécession américaine  conduisit à l’abolition de l’esclavage aux USA.

Déjà, en RD, le travail militant d’organisations sociales et juridiques, a produit des avancées encourageantes. L’avènement de gouvernements plus ouverts, des deux côtés de la frontière, après les tyrannies des Trujillo et Duvalier, a favorisé des évolutions. Certes, la partie dominicaine continue les déportations massives. Si ces pratiques violent manifestement les droits fondamentaux, l’argumentaire ménage mieux la dignité haïtienne. Les Haïtiens sont toujours déportés en masse, non plus pour cause de pollution du sang dominicain, mais au titre de la lutte contre « l’immigration irrégulière. » Le travail du « Réseau de rencontre dominico-haïtienne Jacques Viau  » mérite qu’on lui rende hommage. Vers la fin des années 90, ce réseau composé  de plusieurs organisations de diverses natures, s’engagea sur la question des Haïtiens en RD. Il définit ses objectifs pour la défense des droits des concernés, la lutte contre les préjugés et le racisme anti-Haïtiens, l’encouragement de la solidarité au sein des communautés. Le réseau s’illustra dans une campagne en faveur du plein respect du droit à la citoyenneté dominicaine des Haïtiens nés sur le sol, qui est inscrit à l’article 11 de la constitution du pays. A cet effet, en 1999, une équipe d’avocats, Roberto Antuán, Icelsa Pérez Peňa, Humberto Michel Severino et Marisol Antigua, a porté le cas de deux jeunes Haïtiens, nés en RD, devant les tribunaux. Les plaignants sont Ruben et Estefani Bazil, deux enfants âgés de six et huit ans, résidant dans le quartier La Ciénaga, de la capitale. Une décision positive est obtenue en première instance en 2002, confirmée en appel en 2003 . Le réseau attendit avec optimisme la décision de la Cour Suprême. Une marche vers la Cour Suprême réunissant 2 000 enfants sans  papiers, réclamant leur droit à la citoyenneté dominicaine, a été largement couverte par la radio, la télévision et les  journaux dominicains.  En octobre 2005, la Cour intera-méricaine des droits de l’homme (CIDH) condamne la République dominicaine, pour n’avoir pas accordé d’actes de naissance à deux fillettes d’ascendance haïtienne mais nées sur le sol dominicain. En décembre de la même année, la Cour Suprême dominicaine réagit et décide à l´unanimité que les enfants "d´Haïtiens illégaux ou en transit" n´ont pas droit a la citoyenneté dominicaine. Les 16 juges de la Cour Suprême dominicaine ont affirmé avoir pris cette décision en s’inspirant, notamment, des provisions constitutionnelles haïtiennes basant la citoyenneté, seulement, sur le droit du sang. Ce qui fait, ont-ils dit, de toute personne née d´un père ou d´une mère de citoyenneté haïtienne, indépendamment de son lieu de naissance, un Haïtien à part entière. Ce prétexte des provisions constitutionnelles haïtiennes est contraire au principe de la souveraineté des Etats dans l’attribution de leur citoyenneté.  Il est contraire égalerment à l’état et l’évolution dans le monde et en république dominicaine.

 France-Amérique -
Quand la France informe ses expatriés

En 1967, une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis, suivie en 1978 par un vote du Congrès, a fait en sorte que nul ne peut être déchu de sa citoyenneté américaine pour avoir pris part aux élections de son autre patrie, s'il n'a lui même, auparavant, déclaré vouloir y renoncer.

Vous pouvez donc effectuer votre devoir civique en participant aux différentes élections françaises : présidentielles, référendums, Conseil supérieur des Français de l'étranger, représentants à l'Assemblée des Communautés Européennes, etc...

Tout enfant né à l'étranger dont un parent au moins est français, a automatiquement la citoyenneté française. Vous pouvez donc déclarer la naissance de vos enfants qui naîtraient aux Etats-Unis auprès du consulat général - Service de l'état civil à New York. 


Depuis 1973, l'acquisition d'une citoyenneté étrangère ne fait pas perdre la citoyenneté française. Avant cette date, les Françaises vivant aux Etats-Unis perdaient automatiquement leur citoyenneté d'origine en devenant citoyennes américaines par le biais du mariage, contrairement aux hommes qui pouvaient avoir la double citoyenneté pour des raisons de service militaire, étant mobilisables jusqu'à l'âge de 50 ans. 

Il a fallu attendre la loi du 9 janvier 1973 pour que cette injustice soit réparée et que les femmes puissent bénéficier de la double citoyenneté. Les femmes françaises ayant perdu leur citoyenneté d'origine avant la loi de 1973 ont la possibilité de demander aujourd'hui leur réintégration dans la citoyenneté française auprès du consulat général.

 Les enfants nés avant la naturalisation de leur mère ou naturalisés eux-mêmes alors qu'ils étaient mineurs, ont conservé leur citoyenneté française. Les autorités américaines reconnaissent la double citoyenneté aussi bien des personnnes nées aux Etats-Unis qui sont françaises par filiation, que des personnes américaines qui acquièrent volontairement la nationalié française, à condition que ces dernières ne renoncent pas à leur citoyenneté américaine. 

Le consulat général tient à la disposition des personnes intéressées un dossier sur ce point, comprenant des documents du Département d'Etat américain.
 

2) Le Mexique - De nombreux pays prennent des mesures pour permettre à leurs nationaux expatriés et prenant la citoyenneté du pays d'accueil, de ne pas perdre pour autant leur citoyenneté d'origine. C'est ainsi que, depuis 1998, les Mexicains peuvent devenir citoyens des États-Unis et rester Mexicains. 
Dix-sept pays d'Amérique latine en 2002 contre quatre en 1990 permettent la double citoyenneté avec les États-Unis. 

3) République Dominicaine Le président Leonel Fernandez Reyna,  a grandi à New York où sa mère était couturière et où il a fait sa scolarité, 42 ans, juriste de formation, a pressé ses compatriotes vivant aux EU de ne pas hésiter à demander la citoyenneté américaine afin de conserver leurs prestations sociales. Depuis 1994, les Dominicains peuvent conserver la double citoyenneté. 
"Si vous, jeune mère, vous, homme âgé, vous, étudiant ressentez le besoin d'adopter la citoyenneté américaine afin de faire face aux difficultés liées à la fin du Wellfare, que cela ne vous tourmente pas ! Faites-le l'âme en paix, car vous continuerez à être Dominicains et, en tant que tels, vous serez les bienvenus quand vous foulerez le sol de notre République". (Lettre de la Citoyenneté, N°25 - janvier - fevrier - 1997 )
Cette décision intempestive de la Cour Suprême dominicaine affecte des centaines de milliers de personnes nées en territoire dominicain.  On voit ici l’embarras et la mauvaise foi de l’Etat dominicain qui invoque une constitution étrangère comme arguments pour justifier la violation de sa propre constitution et les règles internationales en vigueur en territoire dominicain. Encourager les Haïtiens à rester entr’eux, sans se mélanger aux autres voilà le summum d’un retour à l’âge des cavernes. C’est l’histoire à rebours.  La voie raisonnable est d’ouvrir les portes d’entrée et de sortie. 
C’est toujours la lutte des réformateurs qui arrive à faire prévaloir l’idée que les personnes d’où qu’elles viennent, ont des droits de plus en plus reconnus, L’alliance des réformateurs finira par l’emporter sur la connivence des conservateurs. 

Scènes de déportation d’émigrés haïtiens

Chaque crise de la société dominicaine s’accompagne de déportations massives et indiscriminées d’émigrés Haïtiens. C’est à croire que le pays voisin est malade de ses Haïtiens comme tout pays d’immigration qui ne veut pas se reconnaitre. Depuis 1991, le scénario s’est répété par dizaines de milliers et se poursuit. Les plus hautes autorités de l’Etat dominicain reconnaissent des violations flagrantes de droits humains. En juin 2005, des déportations massives d’Haïtiens se sont encore produites, dans les mêmes conditions que par le passé. Et cela ne cesse pas.

En juin 1991, le gouvernement dominicain a pris le décret 233-91 pour rapatrier les Haïtiens âgés de moins de 16 ans et de plus de 60 ans. Balaguer présenta cette décision comme une mesure humanitaire tendant à empêcher l’emploi d’enfants et de vieillards dans les plantations de canne à sucre. A la suite de ce décret plusieurs dizaines de milliers d'émigrés haïtiens sont arrêtés, dépouillés de leurs biens et refoulés vers la frontière, malgré les protestations et les offres de négociation du nouveau président haïtien J.B. Aristide. Craignant le renouvellement des massacres anti-Haïtiens de 1937  (12.000 victimes, selon Haïti), des milliers de personnes fuirent volontairement le territoire dominicain. Une rencontre, sous les auspices de la Caricom, entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays n'a donné aucun résultat. La partie dominicaine exigeait, comme préalable à toute négociation, que Haïti reconnaisse qu'il n'existe pas d'esclavage  des Haïtiens en République Dominicaine.  

Amalgame entre Haïtiens et Haitiano-Dominicains

D'après les témoignages des déportés, les autorités dominicaines ne font pas toujours la distinction entre Haïtiens et Haitiano-Dominicains. La législation dominicaine (article 11 de la constitution) reconnaît la citoyenneté dominicaine aux enfants étrangers nés sur le territoire dominicain. Le paragraphe IV de cet article autorise la double citoyenneté. Des milliers d'originaires Haïtiens, titulaires potentiels ou réels de la citoyenneté dominicaine, n'avaient jamais mis les pieds en Haïti avant leur déportation. 

L’hebdomadaire “ HAITI EN MARCHE  ” a interrogé des déportés : "(Un déporté) Moi je ne vivais pas mal, parce que mon père est un Dominicain. Ma mère est une Haïtienne Ma femme est Dominicaine. C'est la première fois que je mets les pieds en Haïti -H en 

M : Comment a-t-on pu vous arrêter comme Haïtien? Où étaient vos papiers? Ils ont déchiré mes documents. Ils ne m'ont posé aucune question. Ils ramassaient des Haïtiens. Ils m'ont trouvé avec deux amis, ils m'ont également emmené.  - 
H en M : En somme, toute personne de couleur est considérée comme un Haïtien? - Oui. Et ils vous traitent comme un animal. 
H en M : D'après ce que vous savez, êtes-vous Dominicain ou Haïtien? -J'appartiens aux deux côtés. Mon père est Dominicain, ma mère est Haïtienne 
                                                                                                                                                                                     
- H en M : Quelle est votre citoyenneté? Est-ce que quelqu'un qui est né là-bas n'est pas dominicain? 
-Comme ma mère est Haïtienne, j'ai davantage d’Haïtien en moi que de dominicain. N'importe qui peut être votre père, mais n'importe qui ne peut pas être votre mère  
                                                                                                                                                                                    
- H en M : Qu'allez-vous faire maintenant? -Je ne sais pas. Je ne connais pas Haïti. Ma mère est morte depuis plusieurs années. Je vais rester à Haïti pour travailler. Si les Dominicains veulent tuer les Haïtiens, je veux entrer dans l'armée Haïtienne pour combattre. Mon problème est que je ne suis pas né en Haïti. Mes parents sont morts quand j'avais seulement quinze ans. Ils ne m'avaient jamais dit de quel endroit ils sont originaires en Haïti. J'ai grandi avec des petits Dominicains et des  petits Haïtiens. J'ai deux langues maternelles : le créole et l'espagnol. Je ne sais pas ce que le président Aristide va faire pour nous. Il ne peut pas nous rejeter à la mer, car nous sommes du même sang. Même s'il m'installait sous un arbre, j'ai une assurance : personne ne pourra plus me jeter dehors, car je suis cette fois dans mon pays.
Ces événements mettent en question la responsabilité du système politique Haïtien envers les Haïtiens vivant à l’étranger qui ne sont pas protégés par les lois désuètes censées régir le sujet de la citoyenneté.

Les émigrés cossus n’ont pas trop de souci à se faire

En fait les émigrés Haïtiens ne sont pas rejetés, parce que Haïtiens ou Noirs, mais plutôt parce que perçus comme une armée menaçante de désespérés pauvres et incultes.  Les sociétés aux ressources précaires ou aux moeurs instables ont peur de la concurrence de nouveaux arrivants. Le seul statut possible pour ces derniers est celui de main-d’œuvre servile. Mais les personnes riches ou qualifiées, les nouvelles générations mieux préparées, peuvent être sollicitées d’apporter leur contribution  à la croissance du pays d’accueil.  C’est la loi de l’avantage réciproque qui organise le marché capitaliste du travail humain. En ce sens la formation est un atout que ne possède pas ceux qui ont été privés de ce droit dans leur pays d’origine. En période de croissance, les pays riches sollicitent même l’immigration qui améliore leur compétitivité. En contre-partie, ils peuvent attribuer un certain nombre de droits sociaux, allant même jusqu’à la citoyenneté. Améliorant la situation et les performances de leurs nouveaux résidents et citoyens par l’emploi et l’éducation, ces pays utilisent intelligemment ces ressources humaines. La racine des souffrances de l’émigré haïtien est en Haïti, même si son image se reflète dans le regard de l’étranger. L’histoire a suffisamment montré les drames de la xénophobie dans le monde et de la faiblesse des nations qui ne se prennent pas en main. On ne peut compter sur les autres pour assumer à votre place. Les trafiquants haïtiens réfugiés à Saint-Domingue n’ont jamais  été concernés par les souffrances de la masse des pauvres. Pour eux pas de problème de citoyenneté.  Ils sont au contraire accueillis à bras ouverts avec  l’argent du peuple haïtien. Jean-Claude Duvalier lui-même a vécu un exil en or, en France, client des meilleurs restaurants, couturiers,  joailliers parisiens. Les Duvalier furent les hôtes  d'un riche Saoudien, propriétaire de villa sur la Côte d’azur. Ils ne payaient que le téléphone, l'eau et l'électricité, toujours en liquide. Le journaliste français Bertrand Legendre note, dans un article du Monde à l’époque, “ La vie en or de JC Duvalier ” qui, dépourvu de tout titre de séjour, se promène souvent à Paris et apparaît comme “l'un des rares immigrés sans papiers à qui personne ne cherche noise”.

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