La réflexion d’Hannah Arendt sur le mal qui « défie la pensée » nous éclaire
mais en même temps est pessimiste, -et pour cause !-
parce qu’elle montre l’impuissance du dialogue, de la recherche, de l'analyse
face aux dits de celles et ceux qui sont arrimés au rien.
VOIR La banalité du mal qui "défie la pensée".
Ce constat ne touche pas qu'Haïti.
En France, on est en plein dedans,
au recours aux formules simplistes
qui permettent de légitimer
l'injustifiable.
Mais, revenons à Haïti.
Qui sont ces croisé anti vodu ?
Ces croisés anti-créole ?
De quel monde viennent-ils ?
Pourquoi cette croisade ?
Dans quel but ?
Qu'est-ce qu'ils défendent ?
Parce qu'en dehors de dire que le créole c'est mal
et que le français c'est bien,
difficile de savoir où ils veulent en venir.
Il aurait fallu des psycho/socio/ethnologues pour
arriver à cerner le profil de ces gens-là
et leurs aspirations.
Un être avec un tout petit peu de bon sens,
je veux dire qui ne noie pas ses neurones
dans un tralala de stupidités à a base de « populisme» et
autres nan ni na nère mal digérés,
devrait logiquement comprendre qu’il est plus sain pour un enfant
d’apprendre dans sa langue maternelle,
celle de son entourage familial, celle de son ennvironnement.
Où est le problème ?
Il devrait savoir, qu’un enfant auquel on apprend que la langue de sa mère,
la langue de l’affection, la langue du soin,
la langue de la nourriture, la langue des premières explorations du monde
que cette langue ne vaut rien,
est une langue "pour jouer"
ne peut pas être psychiquement équilibré.
Bien dans sa peau.
C'est difficile ça, à comprendre ?
Et ces croisés justement qui défendent le français,
une langue qu’ils maîtrisent avec difficultés pour beaucoup, en sont la preuve patente.
Le cerveau d’un enfant est particulièrement malléable,
Un enfant peut à la fois apprendre en créole, apprendre le français
et par la suite maîtriser ces
deux langues parfaitement.
Pourquoi donc cette opposition obsessionnelle?
On ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec ce
que l'on appelle ici "le complexe de la caissière."
Vous savez, quand la caissière se conduit avec arrogance avec le client
comme si elle était, elle-même, la patronne de la boutique.
Bon nombre d'étudiants haïtiens, venus en France après un cursus scolaire
en français parlent mal, parfois très mal la langue.
Et fort souvent, même après des années passées en France continueront
à s’exprimer maladroitement.
Pourquoi ?
Parce qu'une langue c’est également de l'affect, une culture
avec ses références historiques et socio-culturelles,
ses non-dit et ses transformations
un ensemble que maîtrise généralement le locuteur naturel éduqué.
On pourrait dire « Fransè pale, fransè konprann »
C’est ainsi qu’on a vu une internaute utiliser le terme
"réinventer la roue " à contre sens
dans la mesure où elle répète une expression dont elle n’a pas saisi le sens.
Pour elle, réinventer la roue, c’est être novateur
Alors que cela signifie être borné, ne pas avoir l'intelligence d'utiliser ce qui
s'est déjà fait ailleurs, avec succès.
Paradoxalement, il suffit de lire les posts de certains commentateurs
furieusement anti créole.
pour s’apercevoir que leur "niveau" de français
est relativement fragile -ceci pour rester polie.
Alors pourquoi un tel rejet ?
Un déni de réalité ?
La peur de perdre une place chèrement acquise ?
Dans cette croisade contre le créole ,
soigneusement dissimulée sous l'iceberg, pointe,
comme souvent dans les débats haïtiens, la question de classe.
C’est très simple, si un gouvernement haïtien courageux,
comme Miterrand l'avait fait pour la question de la peine de mort,
décidait de mener l'expérience d’un enseignement en créole ,
il est clair qu’apparaitrait toute une génération
d'individus cordiaux, respectueux, ouverts et curieux.
Des individus qui ne seraient pas hantés par le peur de mal parler.
D'être perçus d'emblée comme "inférieurs".
Il est à parier que cette génération non seulement maitriserait
mieux le français que ceux qui le défendent sur le net
mais que, de plus, elle constituerait un vivier en ressources humaines
capables d'innover et d'agir positivement sur la société.
Elle serait capable aussi de s’initier à d’autres langues.
Ce qui signifierait quoi au niveau socio-politique et économique ?
Une génération capable d’être des acteurs de leur société
et non plus des « hommes qui sont aussi des rats »
maltraités, exploités et vilipendés.
Ce qui provoquerait un renversement des valeurs.
Le monde ne serait plus tête en bas
et les "grenn" ne seraient plus dans les "bunda".
Les duvaliéristes et leurs idéologues le savent bien,
eux qui ont maintenu le français comme une sorte de digue
contre les aspirations du peuple à s'émanciper et à respirer enfin.
Alors, on en arrive à se poser la question :
est-ce que ceux
dont le raisonnement s'appuie sur le groupe social des Madan Sara
pour justifier leur rejet du créole,
ne sont pas également ceux qui s'appuient
sur les Madan Sara pour maintenir le statu quo ?
Et de là, cette nouvelle question :
est-ce que les Madan Sara, qui on le sait, dépendent économiquement
d'un certain secteur, de leurs parenn et marenn,
ne seraient -elles pas instrumentalisées
à travers l'éducation qu'elle transmettent à leurs enfants
pour servir de garde chiourme au système injuste
et dunque,
pérenniser les inégalités ?
C'est une question sur laquelle les féministes pourraient, peut-être, apporter un éclairage.
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