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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Mon pays que voici (extraits) Anthony Phelps

Publié par siel sur 5 Août 2012, 11:50am

Catégories : #CULTURE


Description : http://www.haitilibre.com/images/tr.gif 

Ô mon Pays si triste est la saison
qu’il est venu le temps de se parler par signes
Je continue ma lente marche de poète
un bruit de chaîne dans l’oreille
et sur les lèvres un goût de sel et de soleil

et je remonte lentement le lit de ton Histoire

J’ai vu tes enfants sans mémoire
dans toutes les capitales de l’Amérique
le coui tendu et toute fierté bue

genoux ployés devant le dieu-papier
à l’effigie de Washington

À quoi bon ce passé de douleurs et de gloire
et à quoi bon dix huit cent quatre

Ô mon Pays je t’aime comme un être de chair
et je sais ta souffrance et je vois ta misère
et me demande la rage au coeur

quelle main a tracé sur le registre des nations
une petite étoile à côté de ton nom


Yankee de mon coeur
qui bois mon café
et mon cacao

qui pompes la sève
de ma canne à sucre

Yankee de mon coeur
qui entres chez moi

en pays conquis
imprimes ma gourde
et bats ma monnaie
Yankee de mon coeur
qui viens dans ma caille
parler en anglais

qui changes le nom
de mes vieilles rues
Yankee de mon coeur

j’attends dans ma nuit
que le vent change d’aire


Ô mon Pays si triste est la saison
qu’il est venu le temps de se parler par signes
Entre la liane des racines

tout un peuple affligé de silence
La vie partout est en veilleuse

Qui ose rire dans le noir ?
Nous n’avons plus de bouche pour parler
Quel choeur obscène chante dans l’ombre
cette chanson dans mon sommeil

cette chanson des grands marrons
marquant le rythme au ras des lèvres
Nous n’avons plus de bouche pour parler

nous portons les malheurs du monde
et les oiseaux ont fui notre odeur de cadavre
Le jour n’a plus sa transparence

Tous les fruits ont coulé
nous les avons montrés du doigt

Qui ose rire dans le noir ?
Il y a dans ma gorge ce cri d’amour en flèche
pour crever l’étonnement des nuages

Ce chant sous ma luette pour écarteler les ténèbres
Et la chaux vive du verbe derrière ma bouche close
Il y a les mots non parlés
que l’on se passe par les paupières

 Je continue ô mon Pays ma lente marche de Poète
car j’ai la vocation de l’invisible
Je suis celui qui sort de toutes parts
et qui n’est point d’ici
Je viens sur la musique de mes mots
sur l’aile du poème

et au seuil de l’été je te salue
dans l’écarlate floraison des flamboyants
Je jaillirai de toi comme la source

mon chant pur t’ouvrira le chemin de la gloire
et mon cri crèvera le tympan de ta nuit
car mon amour en pointe de silex

à jamais s’est fiché dans ton coeur d’étoile chaude
ô mon Pays que voici

Extrait de Mon pays que voici

 

SOURCES http://www.lidous.net/2008/05/15/mon-pays-que-voici/

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