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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Politiques Publiques. Notre "Sé ta nou" et le "Nous sommes chez nous" de Marine Le Pen

Publié par siel sur 30 Avril 2012, 10:03am

Catégories : #INTERNATIONAL

Publié le 27/04/2012

 

Par Yves-Léopold Monthieux

Il y a bien longtemps qu’on ne trouve plus personne pour dénier au Front national sa qualité de parti républicain, de sorte que l’on oublie que l’idée a pu être envisagée jadis d’interdire ce parti. Une incontestable respectabilité lui a été conférée par François Mitterrand qui avait obtenu l’arrivée de ses élus, en 1986, à l’Assemblée nationale. Il s’était agi d’un coup tordu joué à la droite, présenté sous un habillage démocratique peu contestable : permettre la représentation de tous les courants politiques au parlement. Mais, y compris au sein de la gauche qui bénéficiait de l’initiative présidentielle, la reconnaissance de la nature démocratique du Front national trouvait ses limites dans les discours. Ainsi, au cours des soirées électorales des années quatre-vingts les succès remportés par le parti de Jean-Marie Le Pen donnaient lieu à droite, au centre et à gauche à des débats dont la confusion le disputait à l’hypocrisie.


Depuis, l’appropriation par les grands partis politiques de certaines idées du Front national s’est déroulée avec régularité. Le phénomène a pris un coup d’accélération à partir de 2002 où le FN a montré sa force par sa présence au second tour de la présidentielle. Aujourd’hui, la différence de comportement entre la droite et la gauche en direction des électeurs de Marine Le Pen n’est qu’une affaire de degré que l’opération de séduction menée concurremment en ce moment rend difficile à discerner. Aussi, François Hollande et Nicolas Sarkozy rivalisent à l’égard des frontistes de propos amènes qui étaient impensables, même à droite, seulement en 2007. Cette dédiabolisation paraît devoir se poursuivre après l’élection par une décrispation des rapports avec l’extrême-droite, qui sera sans doute incontournable à droite, et monnayable, mais pas moins réelle à gauche. Le vocabulaire utilisé aujourd’hui par la gauche n’est guère différent de celui de la droite, en 2007. La victoire éventuelle de François Hollande ne semble pas devoir arrêter la droitisation globale de la classe politique, surtout si la crise devait s’aggraver.


Quelles peuvent être les conséquences de cette évolution dans les DOM et en particulier à la Martinique ? On peut y voir une difficulté supplémentaire pour la droite qui n’en a vraiment pas besoin et, bien entendu, un argument supplémentaire pour la gauche. On sait qu’au titre d’une manière d’inversion des valeurs, le nationalisme est de droite, en France, et de gauche, en Martinique. On n’ignore pas que le « Nous sommes chez nous » du Front national est d’extrême-droite tandis que notre « Sé ta nou cé pa ta yo » est d’extrême-gauche. C’est de l’ordre de ces vérités et erreurs qui s’inversent selon qu’on se trouve en deçà ou au-delà des Pyrénées ou de l’Atlantique. Toutefois, on ne peut pas s’empêcher de réfléchir à l’idée que le « sé ta nou » d’ici pourrait être différent du « nous sommes chez nous » de là-bas, car le premier slogan peut être entendu comme venant d’en bas, et comme portant une charge de souffrance, alors que le second peut être regardé comme venant d’en haut. Les termes ne seraient pas superposables, pas plus que les images qu’ils traduisent.


La prévention du Front national s’adresse aux étrangers, essentiellement aux Arabes et aux Noirs, alors que notre « sé pa ta yo » concerne les Blancs et épargne les étrangers haïtiens, ste luciens et autres de la Caraïbe. En effet, aucun slogan (qui ressemblerait inévitablement à celui des partisans de Marine Le Pen) n’identifie l’ostracisme, la xénophobie, voire le racisme dont ces caribéens font l’objet au quotidien dans notre région et qui ont pu prendre des formes aussi détestables qu’inattendues. Pour ma part, j’ai pu mesurer dans ma vie professionnelle et ailleurs ce que peut endurer de mépris nos « frères » de la Caraïbe. La vraie réalité des rapports quotidiens me conduit à être circonspect lorsque certaines protestations publiques réagissent à des mesures administratives défavorables à certains de nos « frères ».

24 avril 2012

 

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