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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ragemag.Quand David Simon, créateur de The Wire, dépeint l’Amérique comme un « spectacle terrifiant »

Publié par siel sur 8 Février 2014, 17:23pm

Catégories : #CULTURE

 

Voici la traduction du discours prononcé par David Simon, créateur de la série The Wire, au Festival des Idées Dangereuses de Sydney en novembre dernier. Observateur attentif des travers de la société américaine contemporaine, il dresse un portrait acerbe de son pays à la lumière de la pensée de Marx.

 

On ne révolutionne pas la série télévisée en partant de nulle part. Du début des années 1980 jusqu’au milieu de la décennie suivante, David Simon travaille comme reporter au Baltimore Sun, suivant comme une ombre la police criminelle de la ville. Un quotidien sordide que raconte Simon avec la minutie d’un sociologue et la sensibilité d’un grand romancier, d’abord sur papier, puis en images avec la mini-sérieThe Corner en 2000, qui annonce le chef-d’œuvre The Wire deux ans plus tard.

Dans cet extrait traduit en français, Simon va accuser le pays des hommes libres d’être le théâtre d’une division profonde et visible entre riches et pauvres, qui, petit à petit, fait sombrer les États-Unis dans l’abomination — ou, pour reprendre ses termes, dans un « spectacle terrifiant ».

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Baltimore by night.

Extrait du discours de David Simon

2 novembre 2013 – opéra de Sydney

L’Amérique est aujourd’hui un pays profondément divisé, que cela concerne la société, l’économie ou la politique. Il est désormais évident qu’il y a deux Amériques. J’habite l’une d’elles, dans un pâté de maisons à Baltimore qui fait partie de l’Amérique viable, celle qui est connectée à sa propre économie, où un avenir est possible pour ceux qui y sont nés. À une vingtaine de rues de là vit une tout autre Amérique. Il est stupéfiant de constater le peu de choses que nous avons en commun, alors même que nous vivons dans une telle proximité géographique. Il n’y a pas de fils barbelés autour de Baltimore-ouest ni de Baltimore-est, ni autour de Pimlico, les quartiers de ma ville qui ont été radicalement séparés de l’expérience américaine que je connais. Mais il pourrait tout aussi bien y en avoir. Il semblerait qu’on ait avancé dans deux directions différentes et je pense que cela s’observe de plus en plus en Occident. Je ne pense pas que l’Amérique soit la seule dans ce cas.

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David Simon

Je pense qu’on a rendu cette tragédie plus aboutie et qu’on y court beaucoup plus vite que d’autres pays qui sont peut-être un peu plus sensés, mais mon idée plutôt dangereuse impliquerait un type qui fut laissé de côté au XXe siècle, qui semblait même en être le comble de la blague ; un type qui s’appelait Karl Marx. Je ne suis pas marxiste, au sens où je ne pense pas que le marxisme ait une réponse clinique très précise à ce qui nous fait souffrir économiquement. Je pense que Marx était bien meilleur diagnosticien qu’il n’était clinicien. Il était bon pour trouver ce qui n’allait pas avec le capitalisme, ou ce qui n’irait pas si personne ne s’en occupait, mais il était beaucoup moins crédible quant à savoir comment résoudre le problème.

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