Au moment où l'affaire Brandt/Moscoso fait l'actualité haïtienne VOIR La famille Brandt, vue par Sentinelle du peuple
AHP. L'un des fils de Fritz Brandt arrêté pour implication dans un réseau de kidnapping
je pense intéressant de rediffuser cette analyse, faite en 2007, sur le fonctionnement de ce qu'il est convenu de nommer "élite économique", autrement dit "les nantis d'Haïti."
Contrairement au concept "d' Etat marron" de Leslie Péan, qui ne me convient pas du tout pour des raisons déjà expliquées de détournement du sens et de péjoration du mot "marron" pour lui donner une définition "sale", correspondant à celle des esclavagistes qui ne supportaient pas que leuurs esclaves s'enfuyent de la plantation et les traitaient de cochons marrons.
Par la suite, faute d'éducation adéquate et devant correspondre à l'histoire et à la culture de la population, à cause de la tendance généralisée au bovarysme et à l'auto-dénigrement, les Haïtiens de toutes classes ont intégré, sans jamais l'interroger, cette définition idéologisée du mot "marron".
Ce n'est pas étonnant parce que, comme vous n'êtes pas sans le savoir, les intellectuels haïtiens sont dans leur grande majorité des conservateurs. Suite de :En Haïti, comme au temps de l'esclavage, les gens n'ont pas de généalogie
Il est rès rare de les voir interroger ce qu'ils considèrent comme des acquis à vie, auxquels ils se cramponnent, comme si c'était une affaire d'honneur -de grenn- de ne pas se remettre en question.
En dehors de cette raison, pas anecdotique du tout, mais disons secondaire, on ne peut être d'accord avec Péan, dans la mesure où l'Etat est très présent en Haïti.
Bizarrement, Péan confond un Etat, au service de l'oligarchie locale et des intérêts internationaux à une absence d'Etat, ce qu'il appelle, "l'Etat marron".
Au contraire, on pourrait constater une omniprésence de l'Etat depuis l'indépendance d'Haïti.
L'Etat paie ses dettes aux institutions internationales, emprunte de l'argent à ces mêmes institutions, argent qu'il investit dans des programmes, programmes qui ont été agrées par ces mêmes institutions ( E-Power, Caracole, Zones franches, etc).
l'Etat haïtien, depuis les années 1980, suit scrupuleusement la politique économique qui lui a été imposée par le FMI, la BM, l'OMC, etc.
Jusqu'à la dissoulution de l'armée, l'Etat entretenait, payait ce corps d'inutiles à la seule fin qu'il protège, défende les intérêts de l'oligarchie et réprime les opposants à cette politique.
Que l'Etat haïtien ne poursuive pas une politique socio-économique au profit du plus grand nombre, ni de développement des structures du pays pour attirer les investisseurs et développer le marché local, c'est une chose, une autre est de le qualifier de marron.
Un texte à consulter sur ce sujet : L'Etat contre la nation de Michel Rolph Trouillot.
Preuve que l'Etat est loin d'être marron (marron au sens de Leslie Péan), pour le FMI, Haïti est considéré comme l'un de ses meilleurs élèves, dans la mesure où il accepte de payer ses dettes et les intérêts de ses dettes, sans rechigner.
Croyez-vous qu'un "Etat marron", dans le sens défini par Péan d'irresponsable, paierait ses dettes aux bailleurs de fonds?
L'ARTICLE de 2007 :
Sur la pancarte " Grands pays, laissez vivre Haïti" .Photo Institut Karl Lévêque
Sources :
THE U.S. IN HAITI
A Report Prepared for The National Labor Committee
Ce raport a été publié en 1996
On peut le trouver à :
http://www.nlcnet.org/campaigns/archive/Haiti/0196/index.shtmlhttp://www.nlcnet.org/campaigns/archive/Haiti/0196/index.shtml
Les 3 courts extraits publiés ci-après (traduits en français) illustrent le rôle démesuré tenu depuis 1957 (arrivée de Duvalier au pouvoir) jusqu’à aujourd’hui, par une poignée d’individus appartenant à une minuscule élite économique.
Ces extraits illustrent à quel point la société haïtienne de ces 50 dernières années, et aujourd’hui encore, a peu d’espace pour faire des choix politiques favorables à un développement harmonieux et équitable comme le souhaite la majorité des Haïtiens de toutes les classes sociales.
Ils montrent également comment un pays producteur de denrées agricoles est devenu, en un laps de temps très court, un pays dont l’économie a été délibérément orientée vers la dépendance à la sous-traitance industrielle et au commerce d’importation.
Il n’est pas difficile de comprendre que les intérêts de la minuscule élite économique ne se trouvent pas dans la production. Produire cela signifie investir. Qui dit investissement dit prise de risques , dit mouiller son maillot, et aussi engagement personnel au développement du pays et au bien-être de sa population. C'est-à-dire avoir un projet, une vision pour le pays. Or, paradoxalement, la minuscule élite qui tire toute sa richesse d'Haïti, se fout totalement d'Haïti et des Haïtiens quand il ne s'agit pas de faire du profit personnel.
Tandis que la sous-traitance, c’est recevoir des subventions, des prêts faits par l'Etat en votre faveur (BID) , des prêts pour l’achat d’ équipements, souvent des « pèpè » ( marchandises d’occasion) venant des US, avec l’assurance de commandes fermes d’ entreprises étatsuniennes = bénéfice assuré sans trop se fouler.
A ce sujet voir un très bon article du journaliste du Monde diplo, Maurice Lemoine, paru en 2004
www.voltairenet.org/article122071.html.
intitulé Négriers du Bicentenaire qui relate les conditions de travail dans les zones franches du nord-est d’Haïti.
Vous avez dit nord-est…et le Sénateur est ?
De même pour ce qu’il s’agit de l’importation. Une élite économique qui culturellement et historiquement à un savoir faire et des réseaux internationaux dans le commerce; et de surcroît qui ne possède pas au départ de terres -à l’époque propriété des grands dons locaux- doit, pour survivre étendre son activité, la ramifier
pour finalement prendre le contrôle de l’ensemble du marché.

Le meilleur chemin ? Détruire la production locale de denrées alimentaires.
Adieu veaux, vaches , cochons, café, canne, cacao, sucre, lait, œufs, volailles, fruits et légumes.
Bonjour lait Carnation, volailles dégelées, café, riz Miami, citrons de la Rep. Dominicaine, médicaments, etc. Et ceci dans tous les domaines : du ciment au 4X4
Le programme est simple : acheter à l’extérieur et revendre avec des marges de profit extraordinaire, puisqu’il n’y a pas de concurrence.
Fruits et légumes produits en Haïti
L’agenda pour y parvenir ?
1- Tuer l’ensemble de la production locale. Différents moyens sont mis en œuvre pour arriver à ce but.
On commence par affaiblir l’Etat.
Comment ?
a) on ne paie pas de taxes
b) on fait de la contrebande
c) on entretient un climat permanent d’insécurité
d) on pousse à l’émigration
e) on pousse à la privatisation d’entreprises telles que par exemple la minoterie.
f) on ferme les entreprises une fois qu’elles ont été privatisées
2- On favorise la fuite des cerveaux et des bras.
Dessin du journaliste algérien Slim Journalistes africains en exil(JAFE)
http://www.jafe.org/exil_webdo65.php
Comment ?
a) On instaure un régime autoritaire qui ne laisse place à aucun espoir de développement personnel.
b) On crée des troubles politiques constants, facteurs d’ insécurité pour les familles et de faillite économique pour les petits entrepreneurs locaux.
c) On crée des réseaux qui incitent et organisent la migration.
d) On finance l’émigration en rachetant à bas prix leurs terres aux paysans, en prêtant de l’argent aux classes moyennes
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