Il faisait beau et même chaud,
Pour moi, qui appréhendais le retour matinal et glacial sous le ciel brumeux de Paris, ce fut une agréable surprise
Il paraît que les cassettes vidéo du film que je suis allée tourner posaient quelques problèmes aux lasers des douaniers. Mes bagages ont été minutieusement fouillés par de jeunes femmes policières, pas des plus agréables...passons.
C'était aussi jour de manifestation. La France quoi !
Avant tout je voudrais remercier GAMAH (Groupe d'appui médical à Haïti) et tout particulièrement son président, le Dr.Jean-Marie Bernard, pour m'avoir offert la possibilité de participer à leur expérience et pour m'avoir autorisé à filmer les médecins, infirmières et psychologue qui participaient à cette première mission. Sans oublier les deux techniciens de l'assoication MARS qui ont réparé des systèmes de distribution d'eau, d'électricité et n'ont pas chômé une minute.
Je voudrais aussi remercier les Haïtiens que j'ai rencontrés au cours de mon séjour, qui dans l'ensemble mènent une vie plus que difficile et qui, néanmoins, font face avec courage et dignité, pour la plupart , à des conditions de vie franchement désespérantes.
C'est à l'hôpital Sainte Thérèse de Miragoâne, ville portuaire située dans le sud d'Haïti, que l'équipe de Gamah a travaillé. Il faut "bat bravo", féliciter, chaudement et remercier grandement ces "étrangers" qui sont venus gratuitement, en payant eux-même leur voyage, donner un coup de main à l'équipe de l'hôpital Sainte Thérèse.
Sans oublier Régis Prévot, qui n'a jamais quitté sa caméra pendant tout le séjour, pour les images pleines d'empathie et de considération pour la population haïtienne, qu'il a tournées.
Je m'attendais avant mon départ , au "spectacle" des réfugiés sous les tentes, aux maisons effondrées, toutes choses vues à la télé et qui ne m'ont pas étonnées. Mais ce qui vraiment casse les bras et fend le coeur c'est l'abandon dans lequel se trouvent les gens.
Partout où nous sommes passés, nous avons pû constater que la population se débrouillait comme elle le pouvait avec ses propres et dérisoires moyens pour faire face aux suites du séisme, à la misère qui augmente au même rythme que la cherté de la vie et à l'absence totale/capitale de structures qui auraient permis d'apporter un tant soit peu de pansements à la détresse générale.
Le personnel médical de GAMAH a fait preuve d'une grande abnégation ,vu que leurs conditions de travail sous les tentes placées dans la cour de l'hôpital étaient éprouvantes et que d'autre part ils n'ont pas eu les conditions de logement décentes qui leur avaient été promises par leurs correspondants sur place.
De même que les Haïtiens, ils ont été à l'épreuve de l'absence d'organisation et de fiabilité, obstacles majeurs à la gestion du pays. Et, tout comme les Haïtiens, ils se sont débrouillés pour faire le mieux possible avec le minimum.
Etant très loin des centres de décision et des conditions matérielles des grandes ONG, les membres de GAMAH, ont pu partager, en partie seulement,-sachant qu'ils seraient de retour en France après un mois- l'impuissance, le désespoir et la révolte que ressent la majorité de la population.
On a l'impression que le séisme, non seulement a détruit les vies et l'environnement mais qu'il a ouvert les yeux des gens sur leur vécu, sur le réel sordide dans lequel ils ont été pendant des siècles enfermés.
Contrairement aux images qu'en donne les média, le tremblement de terre semble avoir conduit la population à une timide prise de conscience et l' avoir éloignée du conditionnement favorisé par les églises et les pouvoirs économiques et politiques.
On dirait que leurs yeux se sont ouverts, bien qu'ils ne sachent pas vraiment quoi faire- faute de guides et de directions, de ce tout nouveau rapport au monde. Ils ne sont pas désespérés- pas parce qu'ils croient en Dieu- mais parce qu'ils réfléchissent à que faire pour se sortir collectivement de l'enfer organisé par les puissants. Partout, dans les moindres villages, les gens posent des questions et essaient de comprendre - à leur niveau- et sont à la recherche de solutions.
Ils ne se résignent pas.
Pourtant, Mezanmi, ils vivent un véritable calvaire et nous avons tous eu conscience que le soulagement temporaire qu'on leur apportait n'était qu'une goutte d'eau dans un océan .
Ajoutons aussi, que le personnel de l'hôpital Sainte Thérèse de Miragoâne, son directeur, les membres de l'équipe médicale cubaine sur place également à l'hôpital travaillent sans discontinuer avec les maigres moyens et dans des conditions de précarité terribles.
C'est pourquoi, pour certains, le constat est carrément pessimiste. Pour eux, la descente aux enfers va se poursuivre.
Quant à moi, le travail réalisé par une petite équpe de rien du tout comme GAMAH, renforce ma foi en des possibilités de changement. Peut-être que je me leurre, que je prends mes desirs pour des réalités.
On reparlera de tout ça.
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