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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Sentinelle du peuple - Volume II numéro 2

Publié par siel sur 27 Juin 2011, 09:11am

Catégories : #AYITI ACTUALITES



Cher(e) ami(e)s,

voici (en fichier joint et ci-dessous)  le nouveau numéro (numéro 2 du volume II) de "Sentinelle du peuple" dans sa version en français.
Il est diffusé en créole en Haïti tous les mois depuis plus d'un an. Si vous l'appréciez, nous comptons sur vous pour le faire connaître autour de vous.

Vous trouverez tous les numéros en créole sur le site :
http://www.santinel.webuda.com

L'équipe du journal
santinelpep@yahoo.fr

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Volume II
numéro 2
Avril 2011

                                    LA SENTINELLE DU PEUPLE
                La Sentinelle est devant, elle éclaire le chemin de
la libération du peuple.
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Editorial
Amis et lecteurs de Sentinelle du peuple, voici le deuxième numéro du volume II. Ce numéro cherche à comprendre ce qui se passe dans les pays arabes. Il présente quelques chiffres sur la situation du pays au  moment où Préval et Martelly se transfèrent le pouvoir en toute complicité. Il pose la question de l'avenir de la population si lesystème économique ne change pas. Il continue avec l'histoire des familles et des groupes économiques qui contrôlent les richesses du pays et se termine par un deuxième coup de projecteur sur quelques mots-clés. Mais d'abord,commençons par jeter un coup d'œil sur la conjoncture actuelle du pays.
Une équipe Lavalas-Inite est partie, une clique pro-duvaliériste la remplace pour persister dans l’application de la même politique de vente du pays. Comme il n'a pas pu y avoir d'entente avant les élections-sélections entre les responsables de la tutelle, l'oligarchie et les forces politiques rétrogrades, ils ont été obligés d'employer massivement, du début à la fin, la tricherie et la violence. Le résultat est que le pays se retrouve perdant ; les voleurs ont pris le Palais national et les brigands le Parlement. La faiblesse des organisations dont dispose le peuple a permis que la mafia internationale et la mafia nationale lui portent encore une fois le même mauvais coup. Suant et hors d'haleine, les parlementaires de la 49e législature ont été forcés de rendre à leurs véritables maîtres leur devoir ayant pour sujet l'amendement de la constitution de 1987. Ce travail d'amendement a été accompli dans l'obscurité, en trichant, en tendant des pièges et à la va-vite. Le vrai objectif de ces amendements est de revenir en force au présidentialisme, de casser la souveraineté populaire, de réduire davantage la souveraineté nationale et d'effacer de la  constitution l'expression des conquêtes politiques du mouvement social de 1986. Mais comme le président sortant et son successeur se sont querellés sur cette question, les amendements sont passés vaille-que-vaille, sur un coup de poker.

 

Préval a bien servi ses maîtres de la communauté internationale et de l'oligarchie, mais son attitude de domestique trop têtu les a contraints à se séparer de lui avec amabilité. Martelly a très bien commencé son travail, d'après ce que ses maîtres disent de lui : il a promis encore davantage, il veut aller vite et il se montre docile avec eux. Par conséquent, l'entrée libre des produits importés, tèt kale ! La privatisation du peu qui reste des entreprises nationales, tèt kale ! Le chômage déguisé, tèt kale ! La vie chère, tèt kale ! Plonger le peuple dans la bouffonnerie et ensuite le torturer, tèt kale !


Les règles du jeu vont changer pour le pillage du pays ; les impérialistes se préparent à tout prendre et à laisser à l'oligarchie ce dont ils n'ont pas besoin. C'est pourquoi ils n'ont plus l'intention d’utiliser les services de tiers pour régler leurs affaires ; ils préfèrent que leurs fils légitimes soient directement aux commandes. Mais est-ce que ce sera sur la base d’entente pré établie ou dans la bagarre que l’équipe E-POWER/SOGEBANK se substituera à celle de SOGENER/UNIBANK, pendant que la mafia internationale finira de s'emparer de presque tout ce dont elle a besoin ?

 

Ecoutez bien ! Patriotes, progressistes, organisations sociales, organisations démocratiques, organisations révolutionnaires, allons-nous continuer à avoir un rôle de spectateur et à regarder la destruction du pays ? Ou bien allons-nous réussir à nous décider à unir les forces dont nous disposons pour entrer dans la lutte, ensemble avec le peuple, pour retirer le pays de la domination des mafias ?

L'équipe du journal
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I. UN COUP D'ŒIL SUR LA LUTTE DES PEUPLES DANS LES PAYS ARABES DU MOYEN-ORIENT ET D'AFRIQUE DU NORD.

Depuis la fin de l'année 2010, un vent de révolte souffle sur les pays arabes d'Afrique du nord et de la partie de l'Asie qu'on appelle le Moyen Orient. Un vent cherchant à renverser les dictateurs à la tête de ces pays a commencé à souffler après que ces peuples arabes aient subi pendant plus de 40 ans l'humiliation, la misère et la répression que leur ont infligé une série de régimes politiques féroces et corrompus ; les pays impérialistes les ont toujours soutenus fortement
à cause de leurs ressources pétrolières ou de la position stratégique qu'ils occupent dans la région.

1.1 La répression ne suffit pas à étouffer la colère des masses populaires lorsqu'elles sont organisées et déterminées.

C'est d'abord en Tunisie que le vent s'est levé et que le soulèvement a débuté, lorsqu'un jeune homme s'est immolé par le feu après que la police l'ait battu et ait saisi le chariot avec lequel il vendait des fruits et des légumes ; bien qu'il soit diplômé, il ne trouvait pas de travail et ce commerce l'aidait, lui et sa famille, à subvenir à leurs besoins. Cet acte a fait éclater la colère populaire, qui bouillonnait souterrainement depuis longtemps ; le peuple s'est soulevé contre les dirigeants et a renversé le régime en place. Très rapidement, ce processus de révoltes et de soulèvements a pris un caractère régional  ; en effet, dans des pays tels que l'Egypte, la Libye, la Syrie, le Maroc, le Yémen, etc., les populations pauvres vivent la même réalité caractérisée par une répression brutale, même si les situations politiques et économiques ne sont pas identiques.
Le vent de révolte qui souffle dans les pays arabes, les troubles dans d'autres pays d'Afrique et la situation politique en Amérique du sudmontrent clairement que l'ordre mondial est devenu instable. Il met également en lumière la crainte qui, dans les domaines politique et social, s'est emparée des dirigeants et des élites économiques des pays arabes ainsi que de leurs homologues des grandes puissances impérialistes. Une des caractéristiques de ces mouvements (la simultanéité des soulèvements des masses populaires) fait que les Etats n'arrivent pas à les contrôler ; et, de même, les impérialistes reconnaissent qu'ils n'arrivent pas en prendre le contrôle malgré l'influence qu'ils ont dans ces pays. La plupart des pays impérialistes d'Europe et d'Amérique du nord ont pris pour cible la Libye et participent à une intervention militaire qui a soi-disant pour objectif de protéger la population ; mais, en même temps, elles ferment les yeux sur la répression exercée sur la population par les gouvernements du Maroc, de l'Algérie et de l'Arabie saoudite. En effet, l'agression lancée par les pays impérialistes en Libye, et visant à renverser Kadhafi, avec qui ils ont des problèmes, a pour objectif de les placer en position favorable pour contrôler le futur nouveau pouvoir.

1.2 Les pays impérialistes sont des hypocrites : ils mènent un double jeu.

Les pays impérialistes comme la Grande-Bretagne, la France ou les Etats-Unis sont assez malins pour dénoncer quelques dirigeants des Etats de ces pays, alors que ce sont leurs anciens serviteurs, car ils pensent pouvoir s'attirer ainsi les sympathies du peuple, puis se présenter à lui en sauveurs, comme ils l'ont fait en Egypte. De même que dans beaucoup d'autres régions du monde, ce sont les pays impérialistes eux-mêmes qui ont aidé ces régimes dictatoriaux et corrompus à prendre pied dans les pays arabes. Ce sont eux-mêmes qui vendent à ces dictateurs des armes et toutes sortes d'équipements pour réprimer les peuples de leurs pays. C'est dans les écoles militaires des pays impérialistes que les hauts cadres de la police et de l'armée ont été formés.
Dans les pays arabes, les régimes dictatoriaux permettent aux entreprises multinationales de disposer d'une main d'œuvre qualifiée, qui est bon marché grâce à la répression et à la situation de misère infligées à leur population. Ce sont ces régimes également qui permettent aux compagnies multinationales de payer à l'Etat des taxes et des impôts insignifiants ; ainsi tous les profits qu'ils accumulent dans ces pays vont gonfler la fortune des dirigeants et des actionnaires des multinationales. Les pays de ces régions constituent des espaces où des capitalistes de tout poil viennent piller les  richesses naturelles et amasser de l'argent tranquillement, tandis que les peuples croupissent dans la misère, l'humiliation et la répression.

1.3 Les grandes agences de presse des pays impérialistes "viennent de découvrir" qu'il y a des dictatures dans les pays arabes.

Aujourd'hui, les grandes agences de presse des pays impérialistes font semblant de découvrir que l'on ne trouve dans les pays arabes que des régimes répressifs. Les journalistes de ces grandes agences de presse ont souvent fait des beaux reportages incitant les touristes à visiter les pays arabes, car la plupart des entreprises de ces pays font partie de multinationales associées aux oligarchies locales. La situation de misère, d'exploitation, de corruption qui gangrène ces pays n'intéressait pas ces agences de presse. La population y est constituée à 60 % de jeunes femmes et de jeunes hommes au chômage, qui ne savent pas comment ils pourront bâtir leur avenir, alors que les dirigeants politiques et les oligarchies dilapident les ressources de ces pays. Les journalistes des grandes agences de presse n'étaient pas capables de se rendre compte de cette situation parce que beaucoup de responsables de multinationales étaient également leurs patrons. En effet, depuis un certain temps, les dirigeants des multinationales ont pris le contrôle d'une série de grandes agences de presse dans les pays impérialistes. Les journalistes avaient reçu l'ordre de faire semblant de ne pas savoir ce qui se passait, mais ils savent très bien que c'est en pillant les réserves de pétrole et en pressurant les travailleurs que les grands groupes capitalistes et la clique des oligarchies au pouvoir dans les pays arabes s'enrichissent jour après jour.
Aujourd'hui, le vent est en train de tourner dans les pays arabes. Les multinationales et les puissances impérialistes cherchent à suivre le sens du vent pour essayer de prendre le contrôle de la situation. Mais lorsque les masses populaires s'organisent et sont déterminées à maintenir leurs mobilisations jusqu'au bout, la terre tremble jusqu'àl'avènement de changements historiques.
Mercidieu Benoit

II. HAÏTI, ETAT DES LIEUX A LA VEILLE DE L'INSTALLATION DU PRESIDENT ROI DE CARNAVAL.

Sentinelle du peuple n'a jamais manqué une occasion pour expliquer que les dernières élections-sélections qui viennent de se dérouler n'apporteraient rien de sérieux au pays. Aujourd'hui, la mascarade est presque terminée avec la prestation de serment du Président roi de carnaval, le 14 mai 2011. Dans l'article qui suit, nous faisons une petite présentation de la situation du pays aujourd'hui ; les lecteurs pourront ainsi comparer la situation telle qu'elle se présente aujourd'hui, au moment où la nouvelle administration prend en mains le gouvernail du pays, avec celle que nous connaîtrons plus tard, ce qui permettra de voir si quelque chose a réellement changé.

2.1. Où en sommes-nous aujourd'hui sur le plan environnemental, socialet en ce qui concerne l'accès aux produits et aux services essentiels ?

Dans le domaine de l'environnement, la situation est alarmante. Le risque de voir des inondations provoquer des dégâts à chaque pluie augmente de jour en jour. L’érosion est telle que des alluvions viennent continuellement s'ajouter aux décombres des maisons détruites pour obstruer toutes les ravines, les rues et les égouts des villes.
Les Cayes, Petit-Goâve, Léogâne, Fonds-Verettes, Cabaret, Grand Rivière du Nord, sans oublier les Gonaïves, attendent le jour où elles seront emportées par les eaux. Aucun plan n'a été mis en place pour apporter des secours en cas de catastrophe. L'ingénieur Claude Prépetit n'arrête pas de lancer des alertes face aux graves menaces que fait toujours peser sur le pays le risque de tremblement de terre, particulièrement pour les villes de Port-au-Prince et du Cap Haïtien, mais il semble que ses paroles ne parviennent pas jusqu’aux oreilles des dirigeants. Le gouvernement n'a tiré aucune leçon de ce qui s'est passé le 12 janvier, et aucune organisation sociale ou politique n'a de revendication relative à ces problèmes !

 

Sur le plan social, après le séisme du 12 janvier 2010, la populationdésemparée ne savait à quels saints se vouer, car le gouvernement était aux abonnés absents. Les manœuvres de secours orchestrées par les nantis, les responsables de l'Etat, les ONG et la communauté internationale, n’étaient pour la plupart motivées que par l’appât du gain maquillé par un élan de générosité. L’ambiance des élections - sélections a aggravé les tensions sociales en mettant aux prises les
partisans des candidats. L'ambition pour le pouvoir – quel pouvoir, vraiment? – a permis de détourner la population de la lutte indispensable pour faire face aux difficultés que traverse le pays.
En ce qui concerne les prix des produits et services essentiels, nous pouvons dire que la situation se dégrade chaque jour davantage. L'augmentation du prix du pétrole sur le marché international a de graves conséquences sur le pouvoir d'achat du peuple. Le taux d’inflation a augmenté de manière insupportable. Selon l'Institut haïtien de statistique et d'informatique, les prix des produits ont augmenté de 7,2 % de mars 2010 à mars 2011. Ils ont aussi augmenté de 1,3 % de février à mars 2011. Toujours selon l'Institut, de février à mars 2011, le prix de l'alimentation a augmenté de 1,3 %, le prix des vêtements et des chaussures de 0,8 %, le prix du logement de 1,8 %, le prix des soins de santé (hôpital, médicaments) de 1,1 %, le prix des transports de 2,2 %, le prix de l'éducation et des loisirs de 2,2 % ; le prix des autres biens et services a augmenté globalement de 0,3 %.
L'augmentation du prix de l'alimentation s'explique par la montée du prix de la farine (+ 7,5 %), de la viande de poulet (+ 3,4 %), du poisson (+ 2,2 %), des avocats (+ 18,7 %), des bananes (+ 2,3 %) et du sucre brut (+ 4,3 %). Pour le logement, l'augmentation du prix s'explique par celle du prix des loyers (+ 1,4 %), de l'eau (+ 3,9 %), du gaz propane (+ 1,0 %) et surtout du prix du "gaz blanc" (kérosène) qui a crû de 7,4 %. Nous voyons que la vie chère gagne du terrain au moment où tout le monde est branché sur la question des "élections" et de la prise de fonction du roi du carnaval.

2.2 Comment la situation se présentait-elle dans quelques secteurs importants de l'économie du pays pendant le premier trimestre de l'année 2011 ?

Industrie : quand nous comparons les trois premiers mois de l'année 2010 avec les trois premiers mois de l'année 2011, nous constatons une diminution de 2,5 % de la production industrielle du pays, même si l'augmentation est importante (+ 25,7 %) du dernier trimestre 2010 au premier trimestre 2011. Nous constatons une tendance à la reprise des activités industrielles dans le pays. Mais ne nous y trompons pas ! Ce n'est pas à proprement parler de l'industrie ; il s'agit des activités des ateliers de sous-traitance, et on peut se demander combien de temps cette tendance va se maintenir.

Energie : la production de courant électrique a connu une baisse importante (  30 %) entre le premier trimestre 2010 et le premier trimestre 2011. En revanche, l'augmentation est considérable (+ 29 %) par rapport au dernier trimestre 2010. Remarquons que cette hausse n'a pas suffi pour revenir au niveau de la production du premier trimestre 2010. Cette tendance à la hausse est le résultat d'une augmentation de 25,6 % de la production pour les centrales fonctionnant au diesel et d'une augmentation de 37,5 % pour les centrales hydroélectriques.

Bâtiment : les activités du bâtiment ont connu une augmentation importante (+ 15,9 %) entre le premier trimestre 2010 et le premier trimestre 2011. Mais, dans ce secteur, l'activité a baissé (  17,5 %) entre le dernier trimestre 2010 et le premier trimestre 2011. La baisse est identique pour la quantité de ciment importée durant la
même période.
Nous avons tiré ces chiffres du bulletin publié chaque mois par l'Institut haïtien de statistique et d'informatique. Nous les prenons comme référence afin d'être en mesure d'évaluer les résultats à venir de l'action du nouveau gouvernement. Mais cela ne veut pas dire que Sentinelle du peuple accorde une confiance aveugle à ces chiffres ; en effet, l'Institut ne dispose pas de tous les moyens dont il aurait besoin pour faire un travail correct.
Jean-Jacques Batraville

III. LA POPULATION HAÏTIENNE N'A PAS D'AVENIR SI LE SYSTEME ECONOMIQUE NE CHANGE PAS DANS LE PAYS.

3.1 Nous avons besoin d'une autre politique agricole pour permettre à 10 millions d'Haïtiens de se nourrir normalement.

La lutte principale à mener aujourd'hui est celle pour changer le système économique capitaliste néolibéral. Le commerce international et la coopération, qui sont les moteurs de cette économie, anéantissent tous les efforts que fait la population pour vivre. Le commerce de riz importé décourage les producteurs de riz. Seulement 20 % du riz dont nous avons besoin est produit dans le pays. Nous dépendons à 80 % du riz produit à l'étranger. Le commerce international d'œufs de poule, de cuisses de dinde, de pieds de cochon, a achevé de détruire l'élevage. Le PEPADEP avait déjà démantelé l'élevage porcin, depuis les années 80, pour faire place nette aux importations de viandes de porc. Selon le CNSA, l'agriculture du pays ne pourvoit qu'à 45 % de nos besoins en nourriture, alors que la population augmente chaque jour. Nous sommes aujourd'hui dix millions d'Haïtiens sur un territoire de 27750 km2. Le FNUAP, une agence des Nations unies, prévoit que nous serons vingt millions en 2040. Si aujourd'hui nous ne sommes pas capables de donner à manger à dix millions d'Haïtiens, comment ferons-nous dans 10 ou dans 20 ans ?
Nous avons besoin d'une nouvelle politique agricole, s'inscrivant dans une nouvelle politique économique. Ce n'est pas au FMI et à la Banque mondiale de dire ce que nous devons faire. La première responsabilité d'un Etat, c'est de se préoccuper des besoins de la population en matière d'alimentation, de soins de santé, d'éducation, de travail, de logement et de sécurité. Nous nous dirigeons vers une catastrophe nationale si nous laissons les dirigeants de l'Etat continuer à jouer avec le pays. Remettre véritablement sur pied une agriculture et un élevage dans le pays, ce n'est pas impossible, mais cela passe nécessairement par un grand affrontement, une grande empoignade avec les prédateurs et les commerçants qui se font des millions de profit grâce au libre-échange. Examinons de plus près ce qu'il faut faire pour augmenter la production agricole. Une autre fois, nous traiterons d'un autre aspect du problème : la possibilité d'augmenter la capacité des consommateurs à acheter les produits alimentaires dont ils ont besoin, autrement dit la progression de leur pouvoir d'achat.

3.2 Le changement de système économique ne peut pas se faire n'importe comment : il y a des conditions et des principes à respecter.

1. Une des conditions fondamentales pour que nous nous en sortions, c'est que les dirigeants haïtiens aient la volonté politique de rompre avec le système économique néolibéral, en dépit de l'obstination des dirigeants internationaux à nous maintenir dans ce piège économique.
Leur exigence principale pour nous aider est de nous maintenir dans un système de libre échange afin de pouvoir anéantir toute la production nationale du pays. Soit nous continuons à accepter ce marché de dupe,soit nous rassemblons nos forces pour dire "non" et commencer à bâtir une alternative !

2. Le type de dirigeant que nous avons actuellement en Haïti n'aura jamais cette volonté. Ce sont les producteurs, ce sont les travailleurs de toute catégorie, ce sont les patriotes qui doivent retrousser leurs manches pour mettre en place de solides organisations sociales, politiques et économiques afin de mener la bataille sur le long terme comme sur le court terme. Nous lutterons pour changer le système de prédation jusque dans ses fondements, tout en nous mobilisant pour obtenir satisfaction sur nos revendications immédiates. Nous ne pourrons jamais disposer d'un bon système d'éducation, de santé, de logement, si nous acceptons l'exploitation indigne que nous subissons. Il faut que, tout en protégeant nos terres, nous luttions, pour cultiver de beaux champs, où seront récoltés des produits vivriers, du pois, du maïs, du riz. Il faut que nous retournions nous occuper de porcs, de chèvres, de poules, de bœufs. Le pays peut donner à manger à la population et exporter ce dont d'autres pays ont besoin. Ce qui manque, c'est l'organisation, la vision et la volonté.

3. La plupart des terres cultivables sont entre les mains des grands propriétaires. La plupart des terres agricoles  de l'Etat sont entre les mains de bourgeois. Nous devons lutter pour qu'une bonne réforme agraire soit menée dans le pays. La terre doit revenir à ceux qui la travaillent. Ces anomalies doivent cesser. Monsieur réside en ville et possède 300 à 400 carreaux de terres dans les mornes ; chaque année, des petits paysans viennent lui apporter la plus grosse part des récoltes de haricots, de maïs, de mil et de café. Une bonne réforme agraire, voilà la condition première pour changer le modèle de l'économie traditionnelle. Cette démarche est très importante, mais elle ne peut pas être menée de n'importe quelle façon. Elle requiert beaucoup d'études, beaucoup de discussions avec les paysans et avecles autres acteurs afin qu'elle ne se convertisse pas en démagogie et en bluff.

4. En attendant ces grandes décisions politiques, quelques actions peuvent être menées dès maintenant afin de porter un coup d'arrêt au dépérissement de l'agriculture. Par exemple, il serait possible d'organiser un rassemblement avec les 80.000 producteurs de riz de l'Artibonite, les 28.000 journaliers, les 800.000 commerçants de riz, les 400 responsables de moulin, afin d'examiner ensemble quelles décisions il serait possible de prendre pour donner de la sécurité aux producteurs sur les terres qu'ils travaillent, pour réparer les canaux d'irrigation, pour rechercher de bonnes semences, pour renforcer l'encadrement technique, pour procurer des crédits, pour fournir davantage de machines agricoles, pour augmenter les taxes sur le riz importé. La même mobilisation pourrait se réaliser dans les autres zones du pays cultivant du riz. Nous pouvons passer d'un faible rendement de 2,5 tonnes à 6,5 tonnes de riz par hectare. Le même type de mobilisation pourrait être organisé avec les producteurs de maïs, de haricots, de mil, d'ignames, de café, etc.
Aboutir à ce que tout le monde vive à l'aise, à ce que tout le monde soit sur un pied d'égalité, cela est possible en Haïti. Mais cela demande un grand engagement collectif en permanence, une révolution populaire. C'est le système qu'il nous faut changer totalement. Mais seul un grand mouvement social, articulant lutte politique, lutte économique et lutte sociale peut aboutir à ce but. Il faut que nous y participions avec de nouvelles valeurs, de nouveaux objectifs, un nouveau code de conduite dans lequel l'intérêt général doit passer avant tout le reste. C'est le bien de la communauté qui doit être l'objectif prioritaire de la société, de l'Etat et de toutes les institutions qui le composent. C'est là le sens de la bataille que mène le journal Sentinelle du peuple. Voilà le débat qu'il veut engager avec les lecteurs à travers ses différentes rubriques.
Joseph Gasner

IV. – HISTOIRE DES FAMILLES ET DES GROUPES ECONOMIQUES QUI CONTROLENT LES RICHESSES ET LA POLITIQUE DU PAYS (deuxième partie).

La plupart des familles et des groupes économiques qui contrôlent les richesses d'Haïti essayent toujours d'employer trois moyens pour s'assurer ce contrôle :
•    se battre pour placer aux postes essentiels et stratégiques de l'Etat des gens qui vont veiller à leurs intérêts, tels que le Président, le Premier ministre, le ministre des Finances, le ministre du Commerce, le gouverneur de la Banque centrale, le chef de la police, les présidents de quelques commissions du parlement, etc. ;
•    s'efforcer d'obtenir l'accord des ambassades importantes (celle des Etats-Unis, de la France, du Canada), afin qu'elles appuient leurs hommes occupant ces postes et soutiennent leurs projets au sein del'Etat ou de la coopération internationale ;
•    développer des relations de copinage au Palais national ou à la Primature, pour que soient réglés ainsi la plupart des problèmes rencontrés en affaires et dans les conflits avec les travailleurs.
Nous avons vu comment le gouvernement de Préval s'est investi pour empêcher les travailleurs d'obtenir une mince augmentation du salaireminimum.

2. - Une des caractéristiques de l'élite économique haïtienne est que l'on retrouve le même groupe de familles dans les diverses activités économiques les plus importantes. Elles vendent à étranger ce qui est produit ici ; elles font de l'importation ; elles ont des banques ; ce sont des commerçants ; elles sont dans l'assurance et dans le tourisme, et en outre elles possèdent plein de terres partout dans le pays. C'est exactement cela qu'on nomme l'oligarchie.

3. - A l'époque actuelle, les grands pays impérialistes ont de plus en plus d'autorité sur les groupes économiques du pays. C'est ainsi qu'à la tête du ministère des Finances, les Américains firent nommer Marc Bazin, sous Jean-Claude Duvalier, puis Lesly Delatour, après 1986, pour démanteler l'agriculture et l'industrie locale du pays. C'est une des raisons pour lesquelles en Haïti on n'a que le mot desous-traitance à la bouche.

4. - C'est pourquoi la plupart des groupes économiques industriels ont beaucoup régressé depuis que la politique de Bazin et de Delatour a commencé à être appliquée. Sur l'ordre des Américains, du Fonds monétaire et de la Banque mondiale, l'Etat a ouvert en grand les portes du pays. Lorsqu'on examine les activités économiques de la plus grande partie de la bourgeoisie, on voit que la production de biens de consommation pour le marché intérieur s'est effondrée. Les activités industrielles sont réduites à peu de choses aujourd'hui ; le pays est complètement envahi par toutes sortes de marchandises provenant de la Terre entière, avec une mention spéciale pour la République Dominicaine.

5. – S'il est vrai que les familles Brandt, Madsen, Nadal, et d'autres encore, sont devenues riches grâce au café produit par les paysans, à partir des années 50-60, plusieurs d'entre elles ont débuté, ou accru, leurs activités dans le secteur de l'industrie ; il s'agissait de la production de biens de consommation pour le marché intérieur, tels que l'huile, les tissus, le savon, les chaussures, le dentifrice, les pâtes et la sauce de tomate, le fer, des articles en plastique, etc.
Aujourd'hui, les usines Prinsa, Fabnac, Facolef ont fermé. Mews ne produit plus de sucre à la Hasco ; il ne fabrique plus de chaussures ni plein d'autres choses. Le groupe Bigio préfère importer du fer pour le vendre. La plupart de ces groupes sont retournés, sans trop s'en plaindre, à leurs activités commerciales d'achat et de vente de toutes sortes de marchandises importées. Pendant ce temps, les Américains et quelques autres puissances impérialistes étudient la possibilité d'installer la sous-traitance dans le textile comme seul type d’industrie dans tout le pays.

6 – Les groupes investis dans le secteur du bâtiment, tout comme ceux qui travaillent dans les autres branches, cherchent à trouver de gros contrats avec l'Etat, grâce aux amis qu'ils y possèdent et en employant la corruption. Ils ne mènent aucune bataille conséquente ; ils ne cherchent pas à établir des liens avec les autres secteurs del'économie afin de se développer sur une base qui soit utile au pays.

7 – Aujourd'hui, beaucoup de ces groupes prospèrent en tirant profit de l'argent que la diaspora envoie à ses parents, de toutes sortes de transferts d'argent et de nourriture, ainsi que d'un micro-crédit qui ressemble plutôt à de l'usure. Ce sont là les principales activités que mènent les banques.

En résumé, nous voyons comment les grands groupes économiques tissent des liens étroits avec l'Etat et avec les grands pays étrangers afin de piller le pays, en obtenant toutes sortes d'avantages et de privilèges pour eux seuls. C'est donc à travers le courtage, la spéculation, l'établissement de franchises et de contrats malhonnêtes, qu'ils se font des millions de dollars américains sur le dos du pays.
Même lorsqu'ils font face à des problèmes, la plupart des groupes économiques du pays ne sont pas en mesure de se dresser contre cet Etat qui fait rendre gorge au pays, car ils sont bien trop impliqués, jusqu'au cou, dans des magouilles. Ils ne cherchent à établir aucun lien avec les autres secteurs de la société, qui souffre de ses conditions d'existence. On peut dire qu'ils manquent de vision stratégique et de vision pour le pays. Ils n'ont de perspective que pour eux-mêmes et leur famille. Le pays ne pourra jamais se développer tant que ce type de famille et de groupe économique en contrôlera les richesses et la politique.
Caonabo

V. - COUP DE PROJECTEUR SUR DES MOTS-CLES OU CONCEPTS

Dans ce numéro 2 du volume II de Sentinelle du peuple, nous allons tenter d'éclaircir deux autres mots-clés, qui sont "impérialisme" et "néolibéralisme".

1. Impérialisme : c'est la doctrine économique et politique qui guide un pays ou un groupe de pays cherchant à conserver ou à étendre leur domination sur d'autres peuples ou d'autres nations.
Cette domination peut s'exercer sur les plans économique, politique, social, militaire et culturel. Elle s'exerce parfois sur tous ces plans, ou bien seulement sur deux ou trois. Les motivations des pays qui cherchent à étendre leur domination sur d'autres sont souvent de :
•    s'emparer des ressources naturelles et des matières premières de ces nations ;
•    trouver de nouveaux débouchés pour des produits qui sont en surproduction chez eux ;
•    contrôler les routes commerciales et assurer leur sécurité ;
•    empêcher l'expansion d'autres puissances similaires qui leur font dela concurrence ;
•    installer des bases militaires dans une série de régions stratégiques pour eux.

De l'antiquité au 19e siècle, des rois et des empereurs ont mené une politique du même type, mais le phénomène de l'impérialisme moderne est apparu au commencement des années 1900, au début du 20e siècle, à un moment où les grandes puissances avaient presque terminé de se partager le monde entier ; à ce moment là aussi, le capitalisme est
arrivé à une phase de développement dans laquelle la domination par le monopole des compagnies multinationales et celui des grandes banques commença à s'imposer dans les grands pays capitalistes. C'est à cette époque que la circulation de grandes masses de capitaux d'un pays à l'autre a commencé à se faire à grande échelle et que les compagnies multinationales ont entrepris de former des cartels pour mettre la main sur toutes les régions du monde qu'elles estimaient importantes pour elles.
La domination impérialiste peut prendre diverses formes, telles que la colonisation / la colonisation cachée / la tutelle, c'est-à-dire la mise d'un pays sous la dépendance d'une autorité extérieure chargée de veiller sur lui et de le protéger / le protectorat, c'est-à-dire la mise d'un pays sous la dépendance d'une puissance étrangère qui prend
le contrôle de ce pays et de son administration / la subordination, c'est-à-dire la mise d'un pays indépendant sous l'influence économiqueet politique d'une ou de plusieurs puissances étrangères.
Voici quelques-uns des plus importants pays impérialistes :
Etats-Unis, France, Allemagne, Russie, Canada, Grande-Bretagne, Japon, Espagne, Italie, Pays-Bas, Chine, Australie, etc. Ces pays ont créé une série d'institutions internationales pour faciliter et légitimer leur domination telles que l'Organisation des Nations unies (ONU), la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI),
l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque interaméricainede développement (BID), l'Organisation des Etats américains (OEA), l'Union européenne (UE), etc.

2. Néolibéralisme : c'est la forme qu'a prise la doctrine impérialiste au cours de son évolution à partir du milieu des années 70, à unmoment où les grandes entreprises capitalistes cherchaient à augmenter toujours davantage la quantité de biens et de services produite auregard des moyens mobilisés. Ce qui veut dire augmenter les profits autant que cela est possible.
Cette évolution a débuté lorsque les pays "socialistes" ont commencé à éclater, quand les multinationales et les grandes banques internationales ont cherché, grâce au contrôle exercé sur les puissances impérialistes, à ce que toutes les économies nationales s'ouvrent complètement et forment un seul marché sur toute la planète; elles ont imposé la dérèglementation de ces économies, exigé la libéralisation totale de tous les échanges, forcé la délocalisation des activités économiques et encouragé la levée de tous les obstacles pouvant entraver les mouvements financiers. Le développement des moyens de transport et de télécommunication et les dettes contractées par les Etats, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, ont été très utiles pour imposer l'économie néolibérale à tous les pays de la Terre. C'est le Chili du général Pinochet en 1973, la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher en 1974 et les Etats-Unis sous Ronald Reagan en 1981, qui ont été les premiers à mettre en application la doctrine néolibérale. C'est ainsi qu'une série d'acquis obtenus dans de nombreux pays par les luttes des travailleurs et des mouvements sociaux, de 1789 aux années 1970, en passant par les années 1940, allaient être foulés aux pieds. Ces acquis, c'était le principe de l'égalité sociale entre les gens / le salaire minimum pour une journée de travail / le code du travail pour réglementer les relations entre patrons et travailleurs / les charges sociales que les entreprises doivent payer à l'Etat pour les employés / la protection sociale que l'Etat doit à tout(e) citoyen(ne). C'est durant la même période que la valeur réelle du salaire des travailleurs et les dépenses sociales publiques de l'Etat ont commencé à diminuer partout de manière importante.

 

En 1989, sous le président Bush père, les grands pays impérialistes, ensemble avec le FMI, la BM, l'OMC, la BID et l'Union européenne sont arrivés à un consensus, dans la capitale des Etats-Unis, pour utiliser l'aide internationale afin d'imposer l'économie néolibérale partout dans le monde. Le consensus de Washington repose sur des garanties légales données aux propriétaires privés / la privatisation des entreprises de l'Etat / une politique budgétaire stricte pour l'Etat / une politique fiscale dans laquelle les impôts frappent davantage la population que les entreprises / une politique monétaire dans laquelle c'est le marché qui fixe les taux d'intérêt et où aucune monnaie ne s'échange plus à un taux fixe / la libéralisation du commerce national comme international / l'élimination de tous les règlements et de toutes les lois pouvant empêcher la compétition entre les entreprises sur un marché donné / la limitation du rôle des Etats dans les
domaines économique, social et juridique.


L'application de la politique néolibérale a eu des conséquences importantes sur tous les pays du monde. Les principales conséquences sont la transformation des gens en marchandises / l'augmentation du chômage, des inégalités sociales et de la misère / la perte de souveraineté pour de nombreux pays / l'augmentation du pillage des pays du Tiers-monde / un frein au développement économique des pays pauvres / le développement continuel de la corruption et des trafics illégaux / la possibilité pour le système capitaliste de détruire la nature toujours davantage.
De la fin des années 1990 à la fin des années 2000, l'économie néolibérale a connu une série de grandes crises successives en Asie, en Europe et aux Etats-Unis. Il en a résulté beaucoup de troubles économiques et sociaux dans le monde ainsi qu'une forte instabilité dans beaucoup de pays du Tiers-monde.
Rose Almonacy

A bas l'occupation déguisée en tutelle ! A bas le pouvoir docile ! A bas l'impérialisme !
Vive la mobilisation de long terme pour la libération du peuple haïtien !

SENTINELLE DU PEUPLE
Avril 2011
santinelpep@yahoo.fr
http://www.santinel.webuda.com


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