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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Sentinnelle du peuple.Volume II numéro 4

Publié par siel sur 24 Août 2011, 09:19am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Chere(e)s ami(e)s,

voici, ci-dessous et en fichier joint, la version en français du 4e
numéro du volume II que vous envoie l'équipe de "Sentinelle du
peuple",
un bulletin rédigé en créole en Haïti.


Nous vous invitons à faire connaître ce bulletin autour de vous.
L'ensemble des bulletins, dans leur version en créole, peuvent être
consultés et téléchargés sur le site dont l'adresse est :
www.santinel.webuda.com

Vous pouvez envoyer des réactions et des projets d'article à l'adresse
santinelpep@yahoo.fr

Si vous ne voulez plus recevoir ce bulletin, veuillez le faire savoir
à l'adresse :
santinel.dif1@yahoo.com
Nous vous signalons que l'adresse depuis laquelle les bulletins
précédents vous ont été envoyés (santinel.dif@gmail.com)
n'est plus valable.

Bonne lecture !

Sentinelle du peuple
santinelpep@yahoo.fr
http://www.santinel.webuda.com

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Volume II numéro 4
Juin 2011 Prix : 5 gourdes

LA SENTINELLE DU PEUPLE
La Sentinelle est devant, elle éclaire le chemin de la
libération du peuple.
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Sentinelle du peuple n'a pas de fil à la patte – Ce sont les
contributions volontaires de l'équipe du journal et de quelques amis
qui permettent sa publication.
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Editorial

Amis lecteurs, amis et camarades de Sentinelle du peuple, le numéro 4 du volume II est arrivé chez vous. Nous nous efforçons de faire paraître ce journal au début de chaque mois, car nous savons que vous l'attendez avec impatience en raison de la qualité des analyses et des informations qu'il vous apporte. Nous vous remercions d'apprécier le travail de l'équipe.
Le journal Sentinelle du peuple a été très choqué par la disparition soudaine de Ti Jera, un grand militant syndical en milieu ouvrier.
C'est une grande perte pour le mouvement syndical progressiste. Ti Jera a passé sa vie à défendre la cause des ouvrières et des ouvriers du monde entier. Nous souhaitons du courage à tous les syndicalistes progressistes qui restent debout. En mémoire de Ti Jera, ils doivent continuer la bataille pour que le mouvement ouvrier devienne un pilier important dans la construction de l'autre Haïti que nous voulons bâtir.

 

Dans ce numéro, nous analyserons ensemble à quelle conjoncture inquiétante la communauté internationale et l'ancien président Préva ont mené le pays avec leurs élections-mascarades. Ils ont placé une bande de duvaliéristes putschistes au Palais national, avec un petit comique comme président, et ont remis la majorité du parlement à Lavalas-Inite. Résultat : comme avant, la nation recule, l'insécurité se répand, la faim gagne du terrain, tandis que l'oligarchie et les compagnies étrangères s'enrichissent et que la tutelle Etats-Unis/MINUSTAH nous étouffe encore plus.

 

Sentinelle du peuple du mois de juin examine les raisons pour lesquelles le secteur populaire est aussi mal en point en milieu rural. En général, les paysans se trouvent depuis longtemps dans une situation très difficile, mais les plus démunis et les plus pauvres sont maintenant tombés plus bas que terre. Dans tout le pays, on rencontre des organisations paysannes, mais elles n'ont plus foi en elles-mêmes et ne se croient pas capables de représenter une force sociale pouvant jouer un rôle important pour changer l'Etat et transformer la situation de la société haïtienne.

 

Nous étudions également comment les mauvais choix économiques que constituent la création de zones franches et de parcs industriels ont pour conséquences une progression de l'exode rural et une destruction
encore plus importante de la production agricole. Ces politiques montrent que les hommes d'affaire et les dirigeants haïtiens n'hésitent pas à livrer le pays aux impérialistes pour le pressurer, pour défendre leurs intérêts.

 

Nous faisons un rappel sur la crise financière mondiale pour montrer que les troubles qui secouent le monde sont provoqués en premier lieu par les rapaces des grandes banques et des multinationales et par le démantèlement des Etats.
En jetant un coup de projecteur sur le concept de démocratie, nous montrons que lorsque la démocratie politique ne s'accompagne pas d'une démocratie économique et sociale, c'est de la démagogie pour calmer la
colère du peuple.
Le jeu a trop duré et les rapaces ont été trop loin ! Il va bientôt commencer à être trop tard pour que les patriotes et les progressistes s'unissent au peuple afin que le mouvement social puisse retrouver de la vigueur en Haïti.
L'équipe du journal

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Sentinelle / Contexte national
IL FAUT PASSER AUX CHOSES SERIEUSES ! NOUS DEVONS REMETTRE LES RAPACES
A LEUR PLACE !

*L'impasse dans laquelle se trouve le pays aujourd'hui résulte de notre faiblesse organisationnelle qui a empêché de mettre en échec l'élection-sélection*.

Dans leur majorité, les acteurs politiques et sociaux n'étaient pas d'accord pour que des élections se tiennent en novembre 2010 avec leCEP de Gaillot-Dorsainvil. C'est le gouvernement américain, la MINUSTAH et Préval qui ont imposé au pays ces élections-sélections.
Pour que le peuple prenne part à ces mascarades, la communauté internationale et Préval ont encouragé leurs artistes, leurs bandits légaux, les politiciens et les politiciens sans jugeote, à déposer leur candidature. Ils ont demandé à l'oligarchie de financer les candidats afin de pouvoir continuer à s'enrichir sans problème.
Mais les organisateurs du scandale électoral n'en sont pas restés là ; ils ont profité de ce moment de confusion pour faire revenir Jean-Claude Duvalier afin d'exciter les macoutes duvaliéristes, et Jean-Bertrand Aristide l'a suivi pour encourager les partisans deLavalas à entrer dans la danse. Ce petit jeu où tout semblait permis a
failli mal tourner après la publication des résultats du premier tour ; la communauté internationale a envoyé une délégation de l'OEA et du CARICOM faire semblant de se livrer à un recomptage, tout cela pour que lors du partage du gâteau électoral Lavalas-Inite se voit attribuer la majorité parlementaire, la présidence étant ensuite
livrée aux duvaliéristes-putschistes lors du second tour.

*Le pays entre dans une situation encore plus alarmante ! Le pouvoir duvaliéristes/Lavalas et la MINUSTAH se prélassent !*

Depuis qu'il a accédé au pouvoir, le Président-roi-de-carnaval passe son temps à inaugurer tous les projets-gadgets que la communauté internationale a dans le pays. Il va et vient par ci par là en avion
mais ne règle rien.
La misère gagne du terrain, la faim ronge le ventre du peuple, l'insécurité fait chaque jour des victimes, mais les grandes banques,
les grands commerçants, les grandes compagnies de téléphone portable, les grandes ONG, continuent de plus belle à amasser de l'argent.
Pendant ce temps, le Président Martelly et la majorité des parlementaires du GPR ("Groupe parlementaire du renouveau") jouent à cache-cache pour savoir qui va remporter le gros lot dans le gouvernement servile qui doit s'installer.
La MINUSTAH fait comme si elle n'avait rien à voir avec cette situation déplorable, mais le choléra, c'est bien elle qui l'a introduit dans le pays, et c'est elle aussi qui a laissé s'échapper de prison des gangsters qui sèment le deuil dans les familles haïtiennes.
Les ambassadeurs américain, français, canadien, brésilien, chilien et dominicain restent silencieux eux aussi ; de cette manière, le peuple peut oublier leur lourde responsabilité dans le désastre auquel ils ont conduit Haïti pour défendre les intérêts des grandes compagnies de leur pays.

*Le plan des impérialistes et de leurs apprentis est clair : il s'agit de montrer au monde entier que les Haïtiens ne sont pas capables de se diriger tout seul.*

Au début du 20e siècle, l'ancien président américain Francklin D. Roosevelt a déclaré : "Pour dominer le peuple haïtien, il faut que les gens qui ont des souliers ne s'entendent jamais avec ceux qui n'en ont pas". Au début du 21e siècle, l'ancien président Bill Clinton a suggéré à sa façon, devant d'autres responsables impérialistes
semblables à lui, qu'il fallait donner au peuple haïtien les dirigeants les plus soumis aux Américains et les placer à la direction de l'Etat même s'ils n'en avaient pas les compétences.
La communauté internationale savait bien qu'après l'élection-sélection il y aurait des graves problèmes dans le pays. Mais c'est un plan bien monté. Tant que le président-roi-de-carnaval et le parlement de
fantaisie multiplieront les bêtises, l'image de l'Etat se dégradera davantage aux yeux de la population et le peuple aura encore plus de dégoût pour ses dirigeants politiques. Pour le monde entier, Haïti devient risible, ce qui crée les conditions propices pour remplacer la tutelle de la MINUSTAH par un protectorat qui prendra le contrôle de l'administration de l'Etat et donnera toutes facilités aux compagnies multinationales, comme Digicel, Voilà, Natcom, et à l'oligarchie de l'import-export pour qu'elles puissent piller le pays sans retenue.

*La mission des secteurs progressistes dans ce contexte est de s'unir au peuple pour préparer une mobilisation de longue haleine !*

Le pays ne changera jamais vraiment si les progressistes ne retournent pas dans les quartiers populaires, dans les sections communales, dans les marchés, dans les ateliers d'assemblage et dans les autres
entreprises, dans les écoles et les universités pour aller travailler avec le peuple, pour l'aider à mieux comprendre dans quel piège il se trouve pris et pour l'aider à s'organiser en conséquence afin de pouvoir se mobiliser.
Le vrai travail pour la transformation de la société ne commencera pas tant que les patriotes et les progressistes qui sont allés se perdre dans les ONG, les partis politiques traditionnels, les organisations sociales transformées en outils aux mains du pouvoir et de quelques agences internationales, ne se seront pas ressaisis, n'auront pas fait leur autocritique et repris un travail de conscientisation, d'organisation et de mobilisation de la population.
Aujourd'hui, nous devons cesser de nous enfoncer dans la confusion.

 

Les adversaires principaux sont les impérialistes, l'oligarchie et les technocrates, ainsi que les politiciens dociles qu'ils mettent au pouvoir pour servir leurs intérêts. Ce n'est pas par des élections-sélections que nous arriverons à écarter les rapaces. C'est le chemin des luttes revendicatives et de la lutte contre l'occupation
du pays que nous devons reprendre, ensemble avec le peuple. C'est seulement ainsi que nous arriverons à redonner vigueur au mouvement social afin de déboucher sur la mobilisation de longue haleine qui conduira à la libération du pays.
Jean Jacques AINE

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Sentinelle / Politique
LA NECESSITE D'UNE RECOMPOSITION DU SECTEUR POPULAIRE EN MILIEU RURAL.

En milieu paysan, le secteur populaire forme une grande partie de la population rurale. Il regroupe les catégories sociales suivantes : les paysans moyens, les petits paysans, les paysans sans terre, les démunis qui vendent des journées de travail ainsi que les petits artisans et les petit(e)s marchand(e)s. C'est un secteur qui joue un
grand rôle dans l'économie rurale ; durant longtemps il a été actif dans les nombreuses luttes menées en milieu rural avant et pendant l'occupation américaine. Ces soixante dernières années, la situation du secteur populaire du milieu rural s'est beaucoup dégradée, la plupart des personnes qui le composent s'appauvrissant sans cesse. La catégorie des petits paysans et des travailleurs agricoles se dirige même vers une situation de véritable misère et d'indigence. Sur le plan social, le secteur populaire du milieu rural a perdu beaucoup des capacités organisationnelles qu'il a possédées.

Le travail de développement et de renforcement organisationnel accompli par les Eglises et les ONG a été utile dans un premier temps, mais a davantage développé une mentalité attentiste au sein des organisations plutôt que le sens des responsabilités ; c'est ainsi que les organisations de ce secteur ont perdu leur caractère revendicatif, ce qui fait qu'elles ont perdu également leur capacité de mobiliser leurs forces pour obliger l'Etat à assurer des services fondamentaux en milieu rural. Depuis les années 1980, les gens qui vivent en milieu
rural ont constaté qu'aucune amélioration n'a été apportée à leurs conditions de vie et plus de 90 % d'entre eux n'ont pas les moyens d'assumer leurs obligations ; depuis lors également, l'agriculture du pays a commencé à s'effondrer.

*Qu'est-ce qui explique cette situation de dénuement dont souffre le secteur populaire du milieu rural ?*

Les premières explications sont liées à la situation que connaît le pays lui-même dans les domaines suivants :
1. le type de rapport qu'entretient le paysan avec la terre qu'il travaille. La terre n'est pas la propriété du paysan qui la travaille, ce qui veut dire qu'il n'a aucune garantie concernant cette terre. Les grands propriétaires, l'armée et les hommes tout puissants au sein de l'Etat se sont emparé des terres irriguées et de celles pouvant
produire les denrées. Sur 100 paysans qui travaillent la terre, 70 n'ont aucune sécurité sur leur lopin de terre. Cela signifie qu'ils peuvent en être chassés à tout moment. La question de qui détient la terre s'est posée dès l'indépendance du pays mais, comme la plupartdes gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays ont eu un caractère antipopulaire, ils n'ont jamais fait de cette question une priorité. C'est pourquoi les paysans installés sur un terrain ne sont pas trop intéressés à le protéger et à empêcher sa dégradation ;

2. les 30 années pendant lesquelles les Duvalier, père et fils, ont exercé le pouvoir à la tête du pays, et ont dévoyé toutes les organisations solides implantées dans les zones rurales et ont écrasé celles qu'ils n'arrivaient pas à contrôler. Les zones rurales en sont venues à perdre toutes les organisations revendicatives qui avaient
pour mission de porter et de défendre les revendications et les intérêts de ce secteur auprès de l'Etat ;

3. le travail fait par les Eglises et les ONG de tout poil dans leszones rurales. Que ce soit les églises catholiques, les missions protestantes ou les ONG, toutes se sont donné la main pour ancrer dans
le secteur paysan une mentalité d'assisté, pour faire en sorte que ce secteur perde confiance en lui-même, et cesse également de faire pression sur l'Etat pour obtenir une solution à ses problèmes. Et par conséquent, quelle importance une organisation va-t-elle avoir si ellene sert pas à préparer de liste de bénéficiaires de petits projets ?

4. la destruction des organisations revendicatives dans les zones rurales empêche les paysans de donner une réponse correcte à l'ensemble des problèmes dont souffre ce secteur. Les paysans choisissent de fuir le milieu rural parce qu'ils n'ont pas les capacités d'exercer une pression sur l'Etat afin qu'il crée les conditions leur garantissant une amélioration de leurs conditions de vie. La façon dont les paysans réagissent à la dégradation de leurs conditions de vie est en partie le résultat du travail consistant à promettre une assistance ainsi que du saupoudrage de l'aide internationale ; ceci vise à empêcher les paysans de prendre confiance en eux-mêmes et de rassembler leurs forces afin de développer une organisation qui oblige l'Etat à garantir leurs intérêts et leur droit à vivre et travailler dans leur zone, dans la dignité et le respect.

Le deuxième type de raison que l'on peut donner pour expliquer la situation de dénuement du secteur populaire rural est lié à l'application du programme d'ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI). Au début des années 1980, le FMI, la Banque mondiale et les autres agences de financement s'apprêtaient à détruire encore plus la production du pays et à ruiner l'économie. Pendant longtemps, le monde rural a joué un grand rôle dans l'économie du pays, car elle reposait sur l'agriculture. Jusque dans les années1970, les produits agricoles cultivés dans les zones rurales d'Haïti permettaient de couvrir 80 % des besoins en nourriture de la
population.

*Quel est aujourd'hui le poids réel du secteur populaire rural dans le mouvement social ?*

Le secteur populaire du milieu rural tire sa force de celle de chacunedes organisations qui le composent ; par conséquent, pour qu'il puisse jouer un rôle en tant qu'acteur du mouvement social dans le pays, il faut que les différentes organisations se développent sur une base sectorielle et que les organisations sectorielles soient liées les unes aux autres. Cette démarche permet que l'existence de l'organisation puisse se justifier par la protection et la défense des intérêts de ses membres.
Aujourd'hui, comme le secteur populaire rural est mal en point, la première solution que choisissent les paysans est de fuir le milieu rural ; c'est un choix qui affaiblit toujours davantage la production agricole, car c'est sur la force de travail des familles paysannes que reposent l'agriculture et l'élevage du pays. Les activités agricoles constituent le secteur qui donne le plus de travail dans le pays, ce qui permet encore aujourd'hui que la production des zones rurales représente 26 % de la production de l'économie nationale. Cependant,les jeunes femmes et les jeunes hommes élevés en zone rurale sont davantage intéressés à partir en ville à la recherche d'un soi-disant travail.

La situation misérable que connaissent ces catégories de paysans ne changera pas tant que ce ne seront pas les paysans eux-mêmes, les femmes comme les hommes, qui rassembleront leurs énergies pour renforcer les organisations paysannes sur une base démocratique et revendicative tout en leur donnant une meilleure structuration, afin d'obliger l'Etat à assumer ses responsabilités, à mener une réforme agraire, à protéger l'environnement, à développer les infrastructures agricoles, à mettre en place un crédit rural et un accompagnement technique permettant aux paysans d'améliorer la production agricole.
Mercidieu BENOIT

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Sentinelle/ Economie nationale
LES ZONES FRANCHES, LES PARCS INDUSTRIELS, LA SOUS-TRAITANCE : DEMAUVAIS CHOIX ECONOMIQUES POUR RESOUDRE LA QUESTION DU CHOMAGE EN
HAÏTI.

Les responsables de l'Etat n'ont jamais traité correctement la question de la création d'emplois dans le pays. La majorité de la population vit en milieu rural. C'est là qu'il faudrait se mettre à créer des emplois et à organiser les travailleurs dans les secteurs d'activité les plus importants pour le pays, c'est-à-dire l'agriculture, l'élevage, la pêche l'artisanat, les usines de transformation de produits agricoles et le tourisme local. Mais jamais dans l'histoire du pays les dirigeants de l'Etat ne se sont occupés de cela. La population du milieu rural, la population frontalière, la population des îles, sont celles qui ont été le plus laissées à l'abandon dans le pays ; chaque année plus de 100 mille personnes quittent la campagne pour s'installer en ville.

*L'Etat a choisi de mener une politique en faveur de la population des villes et contre la population rurale.*

Beaucoup de gens fuyant le milieu rural pour chercher une vie meilleure à la capitale, les zones de turbulence politique se centrent encore plus sur Port-au-Prince et les autres villes où s'agglomèrent de grandes concentrations de population, comme Cap Haïtien, les Gonaïves, Port-de-Paix, les Cayes. Les gouvernements sont donc encore plus intéressés à détenir le contrôle des bidonvilles pouvant être à la source de l'instabilité politique. De temps en temps, les dirigeants de l'Etat inaugurent un dispensaire, une fontaine d'eau potable, une petite école et investissent quelques dollars dans quelques ruelles, ce qui est une manière de gérer la population des quartiers populaires qui ont les capacités de se faire entendre et de manifester contre eux. La politique consistant à faciliter l'importation de nourriture en diminuant les droits de douane et à permettre l'entrée de l'aide alimentaire dans le pays concourt à casser les prix des aliments provenant du milieu rural haïtien ; elle appauvrit les travailleurs de la terre afin d'ouvrir toutes grandes les portes du pays. Par conséquent, l'Etat n'a ni intérêt ni la volonté de poser et de résoudre un des problèmes les plus sérieux du pays, à savoir la question du chômage et de la création d'emplois, afin que le peuple puisse sortir de la misère, aussi bien sur le plan de l'éducation, que de la santé, du logement, de la faim, etc.


*La plus grande partie de la force de travail et de l'intelligence de la population est gaspillée à cause de l'impuissance et des méfaits de l'Etat haïtien.*

D'abord, en ce qui concerne la question du travail, rappelons que pour tout le pays l'administration publique offre à peine 60.000 emplois.
Pour la partie dite formelle du secteur privé, c'est-à-dire l'ensemble des entreprises enregistrées auprès de la Direction générale des impôts (DGI), qui déclarent combien elles ont de salariés, le nombre d'employés et de salariés ne dépasse pas 200.000. En d'autres termes, en ajoutant aux effectifs des employés de l'Etat ceux des employés et des ouvriers du secteur privé formel, on n'atteint pas 300.000 pourtout le pays. C'est dans le secteur dit "informel" que l'on trouve la majorité de la population, celle qui travaille à son compte. L'Etat
classe l'agriculture dans la catégorie "informel" ; or c'est le secteur d'activité qui fournit le plus d'emplois à travers le pays ; il en est de même pour l'élevage, la pêche et l'artisanat. Par conséquent, la majorité des travailleurs qui portent l'économie du pays sur leur dos ne se voient attribuer ni statut légal comme travailleurs, ni encadrement, ni assistance de l'Etat.

Depuis qu'il est entré en connivence avec les organisations internationales et les compagnies multinationales, l'Etat haïtien prend des décisions dirigées contre la population du milieu rural.
Rappelons-nous quelques-unes des décisions réactionnaires que l'Etat a prises avant, pendant et après l'occupation américaine, telles que la campagne de rejet [du vodou], le contrat McDonald, le contrat sur la plantation d'hévéas (société SHADA) sous Lescot, les contrats sur les coupeurs de canne à sucre de Cuba et de la République Dominicaine, et dans les années 1980 le contrat PEPADEP, qui a permis l'abattage de
plus d'un million de porcs créoles. Avec toutes ces décisions néfastes, tous ces contrats pourris, l'environnement du pays a été détruit et la population s'est appauvrie. C'est tout notre système économique qui a été mis à bas. Aujourd'hui, sur cent plats de nourriture consommés dans le pays, c'est à peine si quarante sont
composés d'aliments qui y sont produits. Il s'agit là d'une catastrophe nationale. Toute la population quitte le milieu rural pour aller gonfler les grandes villes, en premier lieu Port-au-Prince.
Aujourd'hui la capitale et les six communes alentour comptent 2,5 millions d'habitants.

*Quelles sont les réponses des autorités et du secteur privé face à l'arrivée en masse de nouveaux habitants dans la capitale ?*

Que ce soit les Duvalier, les militaires ou les "démocrates", les dirigeants ainsi que l'oligarchie ont toujours apporté la même mauvaise réponse au grand problème de la création d'emplois dans le pays. Au lieu de chercher des solutions durables pour ralentir l'exode massif de la population et d'encourager ceux qui sont déjà partis à revenir chez eux, en développant des activités économiques et en installant des services de toutes sortes pour valoriser le milieu rural, ils ont préféré s'inscrire dans la logique des multinationales.
Les compagnies américaines ont toujours voulu faire d'Haïti une réserve de main d'œuvre bon marché dans la Caraïbe, un grand atelier d'assemblage de jouets, de vêtements, de composants électroniques, à destination des Etats-Unis. Elles veulent qu'Haïti arrête de produire de la nourriture afin de nous envoyer leur production. Voici dans quelle situation honteuse les dirigeants de l'Etat et l'oligarchie ont placé le pays depuis les années 1980. Ils obtiennent des commissions sur le dos des ouvriers et cherchent à avoir le contrôle politique des quartiers populaires. La solution des parcs industriels, des zones franches, des ateliers d'assemblage est plus facile que celle passant par une réforme agraire, l'irrigation et l'attribution aux paysans de crédits pour travailler la terre. Le choix consistant à multiplier les ateliers d'assemblage aggrave la situation ; en effet, la majorité des personnes vivant à la campagne et ayant besoin d'un travail va se précipiter à la capitale pour y trouver une vie qu'elles croient meilleure, mais c'est bien compter et mal calculer.

*Quelles sont les responsabilités des patriotes progressistes face à ce type de mauvais choix économique que font les dirigeants ?*

Nous devons aujourd'hui conscientiser la population au sujet des dégâts que ces solutions mauvaises et bâclées provoquent dans la structure économique du pays. Si nous voulons construire le pays pour les générations futures, si nous voulons être autonomes en produisant notre propre nourriture localement, nous ne devons pas laisser l'oligarchie s'associer avec des multinationales et des Dominicains pour finir de s'emparer de nos meilleures terres de plaine, à Maribahou, Tabarre, Drouillard, Caracol, pour y installer des parcs industriels et des zones franches. Nous devons dénoncer cette politique qui revient à nous dépouiller. Nous pouvons continuer à
faire de l'agriculture si nous faisons le choix de prendre nos affaires en mains ; nous pouvons de même continuer à faire de l'élevage, nous pouvons développer l'artisanat, nous pouvons construire des usines pour transformer les produits agricoles. Nous pouvons construire une autre Haïti si nous mettons sur pied des
organisations vigoureuses, si nous mobilisons toutes les femmes et tous les hommes combatifs afin de sauver le pays.
Gasner JOSEPH

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Sentinelle/ Contexte international
LA CRISE FINANCIERE MONDIALE, RESULTAT DE L'ECONOMIE CASINO

Depuis un certain temps, nombreuses sont les grandes banques et les grandes entreprises qui font faillite en Europe, en Asie et en Amérique. Beaucoup de pays sont touchés par une crise de la dette, qu'ils ne peuvent pas payer. Les marchés que l'on nomme les "bourses" enregistrent une chute ; il s'agit de marchés où l'on achète et l'on vend de grandes quantités de marchandises et de matières premières, ainsi que les actions des entreprises. Tout cela indique que le système financier mondial est en train de traverser une crise fondamentale.

Cette situation ne date pas d'hier. Si nous jetons un coup d'œil aux quinze dernières années, nous constatons que le monde a traversé plusieurs crises majeures, qui ont presque toujours conduit le système financier mondial à une catastrophe. Voyons comment ces crises se produisent.

Tout d'abord, au début des années 1990, il y a eu la crise des pays asiatiques. Durant cette période, plusieurs pays d'Asie, comme la Thaïlande, la Malaisie, la Corée du sud et l'Indonésie, qui avaient beaucoup de possibilités pour se développer, ont emprunté de l'argent à des banques privées pour financer leurs programmes de développementau lieu de recevoir des financements publics de la part d'autres pays.
L'économie de ces pays allait très bien et les banques privées leur prêtaient donc de l'argent facilement. Mais en 1996, leurs exportations ont commencé à baisser, entraînant un ralentissement de leur croissance économique. La dette de ces pays était devenue si importante que les investisseurs privés ont commencé à se retirer.
C'est ainsi qu'en juillet 1997, la Thaïlande a été obligée de dévaluer sa monnaie, le baht, qui s'échangeait à un taux fixe avec le dollaraméricain. Les banques ont été prises de panique et la crise s'estétendue à tous ces pays.

Plus récemment, en 2008, s'est produit ce qu'on a appelé la crise des "subprime", une crise qui a démarré aux Etats-Unis dans le secteur des achats et des ventes de maisons. A cette époque, les banquesacceptaient de prêter de l'argent à quelqu'un sans vérifier si ses revenus lui permettraient de rembourser. La seule garantie qu'il
pouvait présenter était sa maison. Or les taux d'intérêt dont les prêts étaient assortis n'étaient pas fixes ; ils étaient très bas au début puis augmentèrent rapidement. Ces prêts, les banques lesproposaient surtout à des gens dont la situation économique n'était pas florissante ; en effet, ils n'avaient pas d'autre possibilité d'obtenir un prêt pour acheter une maison.
Par la suite, du fait d'un manque de réglementation du système bancaire, les banques prirent la décision de se débarrasser de ces prêts avant que les emprunteurs aient fini de les rembourser. Plutôt que de les conserver, elles préférèrent les vendre sur les marchés boursiers sous la forme de "titres" ou d'actions pour un montant
inférieur à celui qu'elles auraient dû toucher si elles avaient attendu l'échéance finale (c'est ce qu'on appelle la titrisation). Or les emprunteurs se révélèrent incapables de payer, car les taux d'intérêt étaient devenus trop élevés et qu'ils avaient des revenus insuffisants pour pouvoir tenir leurs engagements (surtout, il faut se
rappeler que la situation des emprunteurs n'était pas très bonne). Par conséquent, les personnes qui avaient investi dans l'achat de titres auprès des banques perdirent leur argent.

En raison du phénomène de "titrisation", c'est-à-dire de ventes de "titres" ou d'actions sans se soucier du reste, la crise qui avait débuté aux Etats-Unis s'est étendue au reste du monde, et la panique s'est emparée des banques, qui refusèrent alors de se prêter de l'argent les unes aux autres, ce qui a conduit à un blocage du
système.

Pour empêcher que cette situation ne débouche sur un écroulement complet, les Etats furent obligés de mettre des sommes énormes dans les grandes banques en faillite ; parmi elles, on peut citer celle nommée Lehman Brothers et la compagnie d'assurance AIG, qui avait acheté beaucoup de ces titres. Il faut voir également qu'en plus des milliards de dollars qui se sont envolés dans cette affaire, beaucoup de gens ont perdu leur maison et plus de 27 millions de personnes ont perdu leur emploi aux Etats-Unis.

Chaque fois qu'une crise de ce type éclate, le FMI arrive pour dire à l'Etat en difficulté "je vais vous prêter de l'argent pour que vous redémarriez, mais il faut que vous fassiez des efforts en ce qui concerne votre budget, votre dette, votre réglementation de la concurrence et du commerce extérieur", voici donc une série de remèdes
qui supposent qu'il y a une bonne façon de gérer votre économie : la libéralisation sans limite. Michel Camdessus, un ancien directeur du FMI, a déclaré ainsi : "Nous reconnaissons nos erreurs et, comme l'a
dit l'homme juste, nous tombons sept fois, nous faisons souvent des erreurs, mais malgré toutes nos erreurs nous aidons toujours les pays à se relever". En fait, tous ces remèdes ont toujours créé desconditions de vie plus difficiles pour les populations.

Chaque fois qu'une crise de ce type éclate, c'est toujours l'Etat qui doit intervenir pour mettre de l'ordre dans le système. Et pour y parvenir, c'est l'argent provenant des taxes payées par les citoyennes et les citoyens qu'il utilise. Les citoyennes et les citoyens sont deux fois perdants. La première fois parce qu'ils perdent leur emploi,
leur maison ou leur argent. Et, ensuite, ce sont les mêmes ou leursenfants qui vont devoir apporter l'argent prêté par l'Etat pour réparer le système.

Si nous regardons bien, nous voyons que toutes les crises proviennent de la spéculation sur les marchés boursiers. Aussi bien dans le cas des pays asiatiques, que dans celui des Etats-Unis et des pays
européens, on voit que des gens ont misé de l'argent sur un bien dontils croyaient qu'il prendrait plus de valeur quelques années plus tard. Mais lorsque cela ne se passe pas comme prévu, ils perdent de l'argent, et souvent beaucoup d'argent. En général, après chaque crise, le remède qui est proposé est de réglementer ; mais ce remède n'empêche jamais une nouvelle crise de se produire. Cela ne donne jamais de résultat durable parce qu'on demande toujours au marché, en d'autres termes aux grosses banques, aux multinationales et aux usuriers, de se réglementer eux-mêmes. Autrement dit, c'est comme s'il n'y avait pas de réglementation du tout, car cela revient à demander à un chat de surveiller un bol de lait.

Jean Jacques BATRAVAILLE
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Sentinelle / Connaissances

Depuis le début des années 1980, les forces économiques et politiques qui dominent le monde cherchent à faire en sorte que la démocratie devienne une simple affaire d'élections régulières, de marché libre, d'Etat rachitique, et à promouvoir un modèle dans lequel l'individu ne connait que ses intérêts égoïstes. C'est pour contrer ce modèle de démocratie néolibérale que, ce mois-ci, nous allons jeter un coup de projecteur sur le concept de Démocratie.

La Démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir repose entre les mains du peuple et est placé sous son contrôle. Ici, le mot peuple désigne l'ensemble des citoyennes et des citoyens d'un pays ; eux tous ont, sans distinction, des droits qui doivent être respectés et protégés, et chacun(e) en particulier a des devoirs envers la société et l'Etat du pays. Dans un régime démocratique, le gouvernement est le gouvernement de toutes les citoyennes et de tous les citoyens, sans aucune différence basée sur la race, la classe, lesexe, la couleur ou les compétences. C'est pour cela que l'on dit : c'est le gouvernement du peuple, avec le peuple, pour le peuple.

Le but final de la démocratie est de chercher à libérer les individus et les peuples de toute domination, politique, économique, sociale et culturelle, c'est-à-dire de toute entrave physique ou morale. C'est pourquoi la démocratie repose sur plusieurs principes fondamentaux :
1) l'Etat et la loi garantissent l'exercice des droits et la liberté des citoyennes et des citoyens ; 2) la souveraineté populaire s'exerce à travers l'élection par le peuple de ses représentants dans des scrutins directs ou indirects, ou parfois par tirage au sort ; 3) c'est la majorité qui décide, par un vote ou par consensus ; 4) la constitution et les lois doivent correspondre à la volonté populaire ; 5) l'égalité : c'est-à-dire tous les individus sont égaux devant la loi ; 6) on cherche régulièrement à obtenir le consentement du peuple par des élections, des débats publics ou des referendums ; 7) l'existence de tendances politiques différentes, c'est-à-dire que les individus, de même que les organisations sociales ou politiques, peuvent avoir leurs propres positions politiques ; 8) le pouvoir détenu par l'Etat est public : il ne provient pas du ciel, c'est le peuple qui lui remet ce pouvoir et il doit travailler dans le sens de l'intérêt général, c'est-à-dire pour le bien commun de toute la société ; 9) la séparation des pouvoirs : les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont indépendants.

Le régime démocratique peut prendre plusieurs formes : 1) la Démocratie directe : c'est alors le peuple qui exerce lui-même tout le pouvoir politique, à travers des assemblées et des conseils mis partout en place pour cela ; quelques personnes sont élues à leur tête mais le peuple a le droit de les révoquer avant la fin de leur mandat s'il n'est pas satisfait de leur travail ; 2) la Démocratie représentative : le peuple délègue alors presque tout son pouvoir à ses élus à l'exécutif, dans les chambres législatives et dans les collectivités territoriales ; ce sont eux qui prennent toutes les décisions à la place du peuple, et c'est lorsque leur mandat est achevé qu'il lui revient de les remplacer ; 3) la Démocratie participative : le peuple délègue alors une partie de son pouvoir à
ses élus et en conserve une autre partie ; en ce sens, c'est une forme de partage de l'exercice du pouvoir qui cherche à renforcer la participation des citoyennes et des citoyens aux décisions politiques.

Le contraire de la démocratie, ce sont : les régimes de monarchie absolue, dans lesquels le pouvoir repose entre les mains d'un roi ou d'une reine ainsi que de l'aristocratie, qui croit avoir tous les droits et être composée des meilleurs ; les Etats oligarchiques, dans lesquels le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes ou de
familles ; les régimes de dictature, qui sont des modes de gouvernement autoritaires basés sur la force, sans que les citoyennes et les citoyens ne disposent sur eux d'aucun contrôle.

Toute l'expérience accumulée dans le monde depuis les débuts du capitalisme, au 17e et au 18e siècle, montre très clairement que lorsque la démocratie politique ne s'accompagne pas d'une démocratie économique et sociale, c'est-à-dire lorsque les richesses, les biens et les services ne sont pas partagés sur une base équilibrée, la démocratie a tendance à se transformer en une façade, ou en ladictature d'une oligarchie.


Rose ALMONACY


A bas l'occupation déguisée en tutelle ! A bas le pouvoir servile ! A bas l'impérialisme !
Vive la mobilisation de long terme pour la libération du peuple haïtien !

SENTINELLE DU PEUPLE
Juin 2011
 

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