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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Severiano de Hérédia, Le maire "noir" de Paris(Rediff avec photos)

Publié par siel sur 16 Mars 2012, 10:44am

Catégories : #CULTURE


 image001-copie-1.jpg

Un Caribéen noir, Severiano de Heredia, a été ministre
des Travaux publics et président du conseil de
Paris sous la 3e République. Ce mulâtre cubain, cousin des
deux poètes José-Maria de Heredia, a été dénigré de son
vivant et effacé des mémoires dès son trépas.
Un cas emblématique proposé par les éditions
Les Indes savantes, collection Boutique de l’histoire.
image004.jpg

Paul Strade, professeur émérite de l’université de Paris VIII,
a présenté vendredi dernier à l’Assemblée Nationale son livre,
« Sévériano de Hérédia : ce mulâtre cubain que Paris fit maire
et la République ministre », préfacé par la 1re députée noire
de la capitale, Georges Pau-Langevin.

L’auteur a épluché les archives de la police de Paris,
de la Bibliothèque nationale, du Grand orient de France,
ainsi que les archives cubaines afin de rétablir l’histoire.
« En France, seul l’archiviste du Grand orient de France
avait remarqué son nom clinquant et son rang éminent
au sein de la hiérarchie maçonnique. Mais il ne s’avait pas
qu’il était noir. » Severiano de Hérédia a été élu
conseiller municipal du quartier des Ternes en 1873,
puis président du conseil de Paris en 1879
et député de la Seine en 1881.
Il devient en 1887 le premier ministre noir des Travaux publics.
Un ministère de plein pouvoir dans le gouvernement Rouvier.
« Severiano de Hérédia était un grand réformiste social et laïc »,
résume l’auteur.
image002.jpg

Et pourtant, il reste méconnu pour ne pas dire inconnu. Son nom
ne figure pas sur la liste des personnalités enterrées au cimetière

des Batignolles où il repose, ni dans les dictionnaires et encyclopédies populaires actuelles. Aucune trace de son nom dans le Paris d’aujourd’hui ou ailleurs en France. Il n’a d’ailleurs jamais été décoré de la légion d’Honneur alors même qu’il est le créateur des bibliothèques municipales à Paris et, à la suite de Victor Hugo et Jules Ferry, président de l’association Philotechnique.


Ce grand républicain classé au cimetière des oubliettes fait  partie
de ces Noirs qui ont fait la France. 



Né à la Havane, le 8 novembre 1836, de deux mulâtres libres,
il a été élevé par son parrain, un riche planteur qui disait de
lui : « Je l’aime comme un fils pour l’avoir élevé. »

Il débarque à Paris en 1845, où il mourra le 9 février 1901
d’une commotion cérébrale. C’est lui qui géra avec succès
les très grands froids de l’hiver 1879-1880 sur la capitale.
« C’est un exemple à méditer », s’est émue George Pau-Langevin
qui a offert un exemplaire de l’ouvrage à Bertrand Delanoë,
son lointain successeur. Ce dernier ignorait jusqu’alors qu’un Noir
avait occupé son fauteuil avant lui.  

L’ambassadeur de la République de Cuba à Paris,
Orlando Requeijo Gual, a été surpris que personne,
particulièrement aux archives, ne connaissent l’existence
de Séveriano de Heredia. « Ce n’est pas possible »,
lui a-t-on répondu. « C’est pourtant le tournant de l’histoire,
s’exclame le diplomate. C’est d’une actualité incroyable !
Il est peut être le premier ministre non blanc en Europe !
Ce livre est un monument surtout pour penser, pour réfléchir. »
Aujourd’hui, la question des raisons de cet oubli se pose.
Pourquoi ce qui a été possible durant ces années-là ne l’est plus
aujourd’hui ?  Il est l’homme oublié à cause de la couleur de
sa peau ? Et alors qu’il a été porté par la 3e République,
il est parti sans les honneurs réservés à ses meilleurs
citoyens. C’est une profanation de l’identité nationale. »
Navrant destin pour Heredia qui devrait faire partie du récit national.
Alfred Jocksan (agence de presse GHM)
3 questions à Paul Strade, auteur


« L’ambassadeur d’Haïti était
son ami »
Quel est l’objet de votre livre ?
J’ai voulu montrer, c’est un travail d’historien, que notre
Sévériano de Hérédia était véritablement un homme supérieur,
indépendamment de toute autre considération.
En quoi cet homme est-il emblématique ?
Dès que j’ai mis le nez dans la documentation le concernant,
je me suis aperçu de la modernité de sa pensée
et surtout de son insertion possible dans les débats actuels.
Mais je pense que les mentalités françaises n’ont pas évolué
aussi vite que le monde et, par conséquent,
il reste encore des relents enfouis,
et parfois malheureusement exprimés, d’une pensée colonialiste .
Comment se fait-il qu’il ne figure pas sur la liste des
personnalités du cimetière des Batignolles ?
C’est extrêmement surprenant et il faut continuer les recherches.
Une chose est certaine, il a eu des obsèques magnifiques avec
cinq orateurs dont un futur président de la République,
le président du Sénat et chose tout à fait extraordinaire,
le corps diplomatique étranger était représenté par Haïti.
C’est la seule fois où Haïti a représenté le corps
diplomatique mondial. L’ambassadeur d’Haïti était un ami
de Severiano, c'est-à-dire qu’on avait perçu au moment de
sa mort sa dimension africaine. La presse a rendu compte
de ces obsèques très solennelles comme un fait divers.
Son étoile avait pali, il n’était plus rien.
Il avait été quelque chose, et là, il y avait eu la conquête
de l’Afrique... Tout Français doit se pencher sur son histoire
en examinant les recoins qui peuvent être honteux
ou simplement incompris.   
Propos recueillis par Alfred Jocksan

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