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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Trois Doctorats à la source d'une réflexion.Par Max Dorismond

Publié par siel sur 17 Août 2011, 09:20am

Catégories : #CULTURE

 Ayibobo pour les familles Dorismond, Gauthier et Chavannes.
"Yo merite"
comme amait à le dire dans des occasions similaires,
le regretté artiste peintre André Pierre.

Un constat semblable peut être fait  dans les DOM et ici en France métroplitaine
Les enfants des chauffeurs de taxis, des paysans, des artisans,
remportent palme et lauriers grâce d'une part à la soclarité gratuite
et d'autre part à la possibilité de développer leurs talents
bien que comme le rappelle M. Dorismond,
n'appartenant pas "aux enfants des apparatchiks du régime."
Ochan pour tous ces jeunes Haïtiens, qui dans la diaspora,
rappellent que le peuple haïtien
est capable  d'exceller
là où on croit en lui.


 

   Par Max Dorismond mx20005@yahoo.ca
 
Souvent dans notre communauté, dans nos journaux, sur nos blogs, au téléphone, lors d'une rencontre fortuite entre camarades, les nouvelles de chez-nous n'ont jamais été écrites à l'eau de rose. Tout est sombre et catastrophique. Sans tambour, ni trompette, Haïti a perdu sa signature de `'CHÉRIE``. A part dans l'originale de la chanson,  d'Othello Bayard, (1920), tu ne verras nulle part, cet adjectif béni des poètes. Il a été banni de la mémoire collective.  Même au plus fort de la nostalgie, nous ne daignons entonner ce refrain qui avait bercé notre enfance. Haïti a été débaptisée, tant son état inspire la désillusion et l'écœurement. 
 
            Malgré tout, il persiste quelques espoirs avec la nouvelle génération née loin des rives autrefois enchanteresses de cette île des Antilles. Tirons le rideau de ce pessimisme ambiant pour braquer les projecteurs sur un plan plus joyeux, un triple évènement qui a contribué au ravissement d'une famille. En fait,  trois cousines, dont l'une d'elles, Sarah-Jane Dorismond, ma fille, deux nièces, Marlee Gauthier et Malory Chavannes, issues de ma famille de proximité de par leur mère respective, ont décroché le titre de Docteure dans le domaine médical. Sarah-Jane et Marlee sont diplômées à titre de Chirurgienne-Dentiste de l'Université de Montréal. Malory, à titre de `' Medicinae Doctor et Chirurgiae Magister `' ou Docteure en Médecine et Maître en Chirurgie de l'Université McGill.  
                                         
                                                                                       Dr Sarah-Jane Dorismond
           Depuis leur troisième année au secondaire, ces filles, de par leur performance hors norme ont été encadrées et suivies rigoureusement dans leur école respective. En fin de session, Mallory, coiffant haut-la-main tous les postulants de son secondaire, a obtenu le grand prix tant convoité du « Gouverneur Général du Canada ». Suite à son exploit, avant d'entrer au CEGEP1, une bourse d'invitation lui a été octroyée par l'Université McGill au cas où elle manifeste le désir d'y continuer ses études en anglais. Sarah-Jane, à la dernière seconde de la réception de son diplôme de Dentiste, sous les regards ébahis de la famille et de l'assistance, a vu, oh! Surprise, sur le grand écran, son nom retenu par l'Association des Cliniciens Dentaires Canadiens, à titre de récipiendaire du premier prix, en plus d'un cachet, pour ses performances en chirurgie. Elle ne s'y attendait point. Marlee, en fin d'études, a été référée et recommandée par trois Professeurs de l'Université : les Dr. Lalonde, Petick et Ghannoum en plus du Doyen de la faculté pour une bourse de perfectionnement en Chirurgie buccale et en Maxillo-facial au Canada. Je n'ai cité qu'un exploit pour chacune des filles. Les listes sont trop longues pour l'énumération. Pour Marlee seulement la liste de 16 prix et bourses du secondaire à l'Université ne laisse aucun doute sur sa capacité. Ce n'est d'ailleurs pas la raison de l'exercice. N'est pas admis qui veut dans ces disciplines extrêmement contraignantes et d'ordinaire contingentées. La fameuse `' Côte Z ``, ou la note cible fixée par les Universités Canadiennes, requiert du postulant dès le départ, qu'aucun cours du secondaire ou du CEGEP ne doive être échoué sous peine de ne pas figurer parmi les 800 inscrits pour la seule Université de Montréal, selon les assertions du Doyen. Seuls les 100 meilleurs seront acceptés.

 
                                        
                                                                                                Dr. Malory Chavannes

         Décrire les performances de ces jeunes, pérorer sur la joie des familles ou la mienne n'est pas nécessairement le but premier de cet article. La fierté y est certes, mais passons outre. A la remise des diplômes, quelques interrogations me traversèrent furtivement l'esprit, à savoir : A quel titre, ces filles, seraient-elles ainsi encadrées au pays de leur géniteur? A aucun! Point final. Tu es un individu intelligent, brillant et destiné à un bel avenir. Ne t'exhibe pas trop en Haïti. Cache ton jeu. Au contraire,  joue à l'idiot du village. Ainsi, on ne te prêtera pas des intentions présidentielles. Car ta peau ne serait même plus utile pour décorer les tambours de Baron Samedi. C'était dans l'Haïti sanguinolente de mon temps…

Tout au long de la cérémonie, avec un certain pincement au cœur, je vois défiler sous mes yeux la triste situation de 95% des étudiants de mon pays d'origine, durant les années 1960 à 2000 quant à la `'borlette``universitaire. Je circonscris ces périodes tout en voulant croire aujourd'hui, qu'avec la prolifération de nombreuses écoles et Universités en Haïti, certaines pratiques malodorantes ont changé à postériori.

En effet,  de noirs souvenirs dans les filières de ma mémoire ont titillé mon esprit face au succès de ces trois adolescentes pour un seul groupe familial. Du coin de terre d'où je viens, pareil exploit n'appartiendrait souvent qu'aux enfants des apparatchiks du régime. Voir le plus souvent, des fils-à-papa, des cancres, des attardés, des partisans du moindre effort…etc, boostés au sommet des listes d'admissions par la force des armes, la corruption, la pression ouverte ou voilée, par des promesses fallacieuses, d'où la prolifération des `'crétins-rois`` versus la fuite des cerveaux, la résultante fondamentale de la chute de l'île dans les fanges du tribalisme, de la connerie et de la `' démoncratie ``ou le pouvoir aux champions des abrutis.

A cette époque,  au terme de son secondaire, le jeune haïtien était affublé du titre pompeux de `'Philosophe''. C'était une curieuse façon de lui bander les yeux, lui plomber les dents pour l'empêcher de crier, de se révolter face à l'injustice sociale, car nul n'ignore que la violence demeure le langage de l'insatisfaction et du désespoir. En dépit de tout, les parents sont heureux de leur « Philosophe » parvenu à la fin du cycle du secondaire. Mais, certains étudiants, surtout ceux des provinces, risquaient de rester chômeurs leur vie durant. La situation financière de la plupart les empêchait de fréquenter une Université dans la capitale. La joie de la réussite obscurcie par ces nuages vint troubler le sommeil de certains pères et mères. Plusieurs ne savaient à quel saint se vouer quand sonna la cloche de l'inscription dans les facultés.

Pour voir le nom de leur jeune figurer sur la liste d'admission, il existait six possibilités : 1 – Condition essentielle : Être fils de potentat du régime. 2 – Se métamorphoser en Tonton-macoute ou Zenglendo, selon les euphémismes de l'époque, et ce,  au détriment de toute valeur morale et personnelle. 3 – Obtenir les faveurs d'un `'chef '' et être prêt à s'humilier devant lui à l'aune de ses fantasmes. 4 – Être une femme attrayante, accepter la finalité du « jwet Poin'n fè pa». 5– Avoir de bons billets verts. 6 – Prier Gran'n Sainte-Anne et espérer qu'on l'acceptât, sans le support d'un parrain, parmi les dix premiers. C'est l'unique solution des sans voix.

         En dépit de tout,  le jour convenu, on afficha la liste finale devant chaque faculté. Dans la même journée, un `'chef '' insatisfait pourrait la déchirer tout en exigeant une nouvelle, puisque son protégé ne s'y trouvait pas.  Conséquemment,  avec  100 inscrits sur la nouvelle liste,  l'un des dix premiers lauréats non pistonnés aurait été remplacé manu militari par le cancre du chef stupide. Oh misère! C'était ça Haïti. Est-elle encore à ce stade….?
 
 
 
 

                                                                                          Dr. Marlee Gauthier

                                                                                              
                                  
                      Aujourd'hui, la pratique s'est peut-être transmuée,  mais sa résu rgence n'est pas à dédaigner. Nous avons profité du momentum, afin que nul n'en oublie, pour attirer l'attention sur cet ancien ordre établi, fatale contribution au mal être du pays. La culture despotique  n'est pas à dédaigner. C'est un des corollaires  de  `' l'idiocratie ``, l'arme ultime des incultes. Et ils sont légions dans le décor.  Elle n'est pas encore trop loin l'époque où un béotien du régime se présenta à la porte du lycée et intima l'ordre au directeur de placer son poulain analphabète en première, 2em, 3èm année ou plutôt dans n'importe quelle classe pourvu qu'il y ait de la place. Si les dirigeants actuels ou futurs désirent sincèrement ériger une base éducationnelle intelligente où la chance de tout un chacun se jouerait simplement sur sa capacité d'atteindre les sommets de la pyramide de par lui même et non l'inverse, Haïti leur en saura bien gré. Mais, je doute que les champions du statut quo les laissent opérer à bon escient.

               Combien d'entre-nous,  ressassent encore les souvenirs de nombreux jeunes gens qui se sont enlevés la vie devant le vide artificiel crée par la gabegie nationale? Combien de monstres, de perturbés avaient été créés de toute pièces par notre légèreté? L'illustration de la loterie Universitaire a doté le pays d'une masse d'incompétents qui noyèrent et noient aujourd'hui encore le peu d'intelligents sous le poids du nombre. D'où, le désir farouche de plus d'un pour s'accrocher aux flancs du pouvoir, la dure concurrence et la bataille rangée entre les clans, la fausse lutte de couleur, la prolifération d'une mafia économique, la détermination à cantonner la diaspora instruite et expérimentée loin des ports d'entrée d'Haïti.
               Or, dans les pays d'accueil d'outre-mer,  ce n'est point une question  de noms, d'origine, de couleurs : noirs, blancs, jaunes, de fortune : riches ou pauvres. Non! La machine doit rouler. La freiner ou la retarder juste par débilité, c'est se tirer dans les pattes. L'humain est en transit. C'est sa capacité, sa volonté, son esprit d'abnégation qui détermineront le barreau de l'échelle sociale sur lequel il déposera les semelles de sa dernière chaussure et non son arrogance. L'heureux parcours des trois cousines  en est une preuve flagrante.
 
Max Dorismond  mx20005@yahoo.ca 
Août 2011.
 
       
 Note 1 : CEGEP : Le terme cégep est un acronyme de « collège d'enseignement général et professionnel », mais est tout de même considéré comme un mot[1]. Dans ces collèges, deux types de programmes menant au DEC sont offerts. Les programmes pré-universitaires sont d'une durée de deux ans (quatre sessions) et mènent à l'université ; les programmes techniques durent généralement trois ans (six sessions) et mènent au marché du travail et à certains programmes universitaires. En cours d'études, l'étudiant de niveau collégial se voit attribuer une cote R, calculée à partir de son rendement comparé à celui des autres étudiants de ses classes, qui déterminera sa capacité à accéder à certains programmes universitaires. Une cote R moyenne, qui permet d'accéder à la plupart des programmes, est de l'ordre de 25.

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