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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Leslie François Manigat : Du génie intellectuel à la mystification politique. Par Castro Desroches*

Publié par siel sur 15 Juillet 2014, 11:27am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

« Sorbonnard duvaliériste » (c’est le professeur lui-même qui l’avoue dans son discours d’adieu comme Secrétaire Général du RDNP), l’intelligent Manigat caressait secrètement l’espoir de refaire ce que son mentor politique Papa Doc avait réalisé après 57. Se défaire, en les divisant, de ses bienfaiteurs militaires. Quatre mois après son parachutage au Palais, la saga de Manigat s’acheva dans les circonstances que l’on sait. A la suite de son alliance hasardeuse avec le Colonel Jean-Claude Paul (dont la DEA réclamait la tête pour trafic de stupéfiants) le coup de force du 20 juin 1988 permit au Général Henri Namphy de reprendre le pouvoir qu’il avait « prêté » à Manigat. Personne ne leva le petit doigt pour protester contre son éviction. Pas même l’ombre d’une petite manifestation sur la place publique. Pas même une lueur de protestation des pays amis d’Haïti. Le professeur gagna l’exil dans l’indifférence et la réprobation générales. On parle parfois de percée louverturienne de Leslie François Manigat. Il serait peut-être plus juste de parler de percée duvaliérienne ratée…

Douloureuse mémoire du massacre de la Ruelle Vaillant. Le sang des innocents lâchement versé par les « sans manmans » à la solde de Namphy et Régala. Que de sang a coulé pour satisfaire l’appétit insatiable de nos grands fauves politiques. Electeurs surpris en flagrant délit dans une école publique avec pour seule armure un bulletin de vote. Je n’ai pas la vocation d’empêcheur d’honorer en rond. Histo/rien à ma manière, je ne saurais, néanmoins, oublier les victimes anonymes qui pavèrent la voie à une présidence honteuse, pathétique et éphémère. Qui élèvera un monument à la mémoire des vaillants électeurs qui eurent l’audace de vouloir déposer un bulletin de vote en ce dimanche fatidique du 29 novembre 1987 ?

Les obsèques du Professeur Leslie Manigat ont permis de constater des détails importants sur le chemin parcouru dans la quête élusive de la démocratie en Haïti. De la « république exterminatrice » de Papa Doc à la nouvelle « république autoritaire » de Martelly, il est révolu le temps où les duvaliéristes kidnappaient, de manière spectaculaire, les cadavres de leurs adversaires présumés ou réels. Signe des temps, le rose et le blanc ont remplacé le gros bleu et le kaki. La tentation totalitaire est bel et bien vivante, mais les anciens macoutes et militaires (si vils soient-ils) se sont, tant soit peu, « civilisés ». Ils ont même appris à verser de chaudes larmes de crocodiles. Paix à leurs armes.

Alterpresse

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