/http%3A%2F%2Fwww.legrandsoir.info%2FIMG%2Farton26610.png)
L'Afrique contre les clichés -- Bertrand TAPPOLET
La Compagnie de théâtre de rue Trois Points de suspension offre un inoubliable voyage en continent africain et une exposition didactique au ton décalé agitant et subvertissant nombre de cliché...
http://www.legrandsoir.info/l-afrique-contre-les-cliches.html
Du colonialisme de conquête au néo impérialisme économique, le diptyque mis en scène par Nicolas Chapoulier est aussi documenté que le théâtre du réel enquêtant sur le génocide rwandais, Rwanda 94. Il évoque parfois la pièce sur les relations pétrolières franco-africaines, Elfe la pompe à fric imaginée par Nicolas Lambert à partir d’un procès mettant en lumière l’un des plus gros scandales de la Ve République. Plusieurs milliards du pillage des rentes pétrolières africaines, passés par les comptes en Suisse et au Luxembourg notamment, se trouvent disséqués dans un procès intenté par la compagnie pétrolière Elf qui s’est déroulé en 2003 à Paris. Nie qui tamola interroge le rôle personnel de Jacques Chirac, au cœur depuis plus de 40 ans des politiques de secret et d’impunité ainsi que ceux de Charles Pasqua et de Nicolas Sarkozy, sans oublier la gauche socialiste et François Mitterrand, qui s’inscrivent également dans les mécanismes de « la raison d’Etat ». Peu à peu, se fait jour le procès d’un système, « la Françafrique », et d’un État, la France. Mais le ton est ici résolument tragi-comique, proche de celui de l’homme de théâtre italien et Prix Nobel de littérature, Dario Fo.
A l’origine la création, il y a d’abord plusieurs séjours effectués par la compagnie principalement en Afrique subsaharienne francophone, durant lesquels elle a récolté au gré de ses rencontres objets et histoires. Le metteur en scène, Nicolas Chapoulier, explique : « On est sorti de ces voyages désillusionnées, désenchantés. Ainsi mandatés pour donner des stages d’acrobatie, notre enseignement touchant au Kenya des acrobates ayant un niveau bien plus élevé que le notre. Les investissements réalisés alors participaient à financer des actions ayant in fine peu de sens. D’où l’envie de proposer une réflexion autour du don, de l’immigration, de l’identité nationale, continentale au détour de la création du dispositif Nie qui tamola. Soit l’axe central du travail, le regard que l’on porte sur les autres. Comment l’Afrique nous voit-elle comme un Eldorado. Comme nous la considérons pauvre, victime d’elle-même, du sida et des guerres ethniques. De quelle manière ce double regard n’est-il pas aujourd’hui un mur érigé de préjugés. Nous avons ainsi créé un personnage fictif commun rendu avec la volonté de l’inscrire dans une réalité et le penser in situ, tant nous venons de la tradition du théâtre de rue créatrice de fables toujours innervées d’une part documentaire authentique. Dans ce village exposition, le public se retrouve dans l’espace mental de Daniel Meynard dans lequel il peut retrouver cet état de confusion dans lequel on peut se trouver en rentrant de voyage. Ce moment singulier où tout s’entrechoque, des les cultures aux spécificités culinaires. Partant ce spectacle tentaculaire va de la recette de cuisine à la politique internationale. »
Commenter cet article